« Paris est une ville suradministrée et mal administrée. Ce doit être un premier champ d'économies », assure Rachida Dati. (Anais Oudart pour « Les Echos »)

Entretien

Finances locales, plan d'économies, logement, propreté, tarifs municipaux, tourisme : la candidate LR à la Mairie de Paris dévoile dans « Les Echos » sa stratégie budgétaire pour la capitale.

Les Echos - 27 novembre 2025 - Par Isabelle Ficek, Christophe Jakubyszyn, Laurent Thévenin, Martine Robert

 

Candidate LR à la Mairie de Paris pour les municipales de mars prochain, Rachida Dati veut « stopper la spirale de la dette » dans la capitale. Si elle est élue, elle souhaite dégager sur la mandature « entre 600 millions d'euros et 1 milliard d'économies » dont « une partie ira au désendettement » et « une autre dans des mesures qui bénéficieront directement aux Parisiens, comme le renforcement des politiques de sécurité et de propreté et la remise en état de la voirie, des écoles et du parc social ».

Elle prévoit de limiter la préemption et souhaite ainsi « dégager 100 millions d'euros par an pour un grand plan de rénovation du parc social » et « réorienter une partie » du budget de préemption « pour soutenir le commerce de centre-ville et lutter contre le phénomène de commerces servant au blanchiment d'argent ». Elle propose également de « revenir sur le barème des tarifs municipaux car il y a une fuite des familles de Paris ».

En 2020, vous aviez promis une dette zéro. Est-ce toujours votre priorité si vous êtes élue en mars prochain ?

Pour être claire : la progression de la dette sera de 0. La dette de la Ville était de 1 milliard d'euros quand la gauche est arrivée au pouvoir, elle a atteint 10,6 milliards cette année en comptant les loyers capitalisés et probablement 12 milliards l'année prochaine. La Chambre régionale des comptes a posé une alerte très ferme sur cette situation.

La dette n'est pas soutenable. Sous Anne Hidalgo, la ville a été mal gérée, voire plus gérée du tout. Je vais tout reprendre en main. Je mettrai en place un grand plan de redressement pour assainir la situation et amorcer un désendettement avant la fin de la mandature.

L'an dernier, vous aviez proposé un contre-budget avec 300 millions d'euros d'économies par an. Est-ce encore votre objectif ?

C'est un objectif atteignable. Nous allons devoir agir tout de suite au regard de la gravité de la situation. Dès la première année, je compte dégager 65 millions d'euros en réduisant le train de vie de la Ville, en engageant immédiatement une remise à plat de toute l'organisation de l'administration ainsi qu'une revue des subventions, et en stoppant les projets d'investissement qui n'ont pas prouvé leur utilité.

Sur la mandature, je souhaite dégager entre 600 millions et 1 milliard d'économies. Une partie ira au désendettement. Une autre ira dans des mesures qui bénéficieront directement aux Parisiens comme le renforcement des politiques de sécurité et de propreté et la remise en état de la voirie, des écoles et du parc social.

Où voulez-vous réaliser ces économies ?

En dix ans, le coût annuel de fonctionnement de la Mairie a augmenté de 1.250 euros par habitant. Je ne sais pas si tout le monde se rend bien compte de ce que cela veut dire. Les Parisiens eux s'en rendent compte ! Paris est une ville suradministrée et mal administrée. Ce doit être un premier champ d'économies.

Ensuite, je stopperai immédiatement tous les grands projets urbains dont l'utilité publique n'est pas démontrée. Regardez le projet de Ramblas dans le 11e arrondissement. 20 millions d'euros pour un réaménagement contesté par tous les riverains ! Et des projets comme cela, il y en a partout !

Autre champ d'économies : les subventions aux associations. La Ville a distribué 1,8 milliard depuis 2020 sans la moindre évaluation. Je supprimerai toute subvention sans lien direct avec Paris ou dont l'utilité n'est pas mesurable.

Comptez-vous réduire le nombre d'agents ?

La masse salariale n'a cessé d'augmenter, avec 13.000 agents de plus depuis 2001, alors que Paris a perdu 150.000 habitants depuis 2014. Les fonctionnaires sont plus nombreux mais ils ne sont pas plus heureux. Leurs salaires n'augmentent pas et il y a un absentéisme important.

Je diminuerai les postes dans les bureaux pour mettre plus de monde sur le terrain.

Qui peut se satisfaire de la situation actuelle ? Je diminuerai les postes dans les bureaux pour mettre plus de monde sur le terrain, pour la propreté, les crèches, la sécurité. Je ne remplacerai qu'une partie des 1.500 départs à la retraite annuels et j'appliquerai les 35 heures réelles dans l'administration, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui !

Allez-vous abandonner l'objectif de 40 % de logements sociaux à Paris ?

Une ville composée uniquement de logements sociaux, ça n'existe pas ! L'objectif de 25 % fixé par la loi SRU est atteint à Paris. Je n'irai pas au-delà. L'équipe municipale actuelle fait du chiffre et parque les gens dans des conditions honteuses. C'est une fuite en avant budgétaire, mais surtout une fuite en avant dans le délabrement, l'absence d'entretien et l'insécurité que vivent les habitants au quotidien.

La Ville dépense 250 millions d'euros par an pour racheter des immeubles et les transformer en logements sociaux. Je limiterai drastiquement cette pratique de la préemption. Cela doit me permettre de dégager 100 millions d'euros par an pour un grand plan de rénovation du parc social.

Je réorienterai aussi une partie de ce budget pour soutenir le commerce de centre-ville et lutter contre le phénomène de commerces servant au blanchiment d'argent.

Souhaitez-vous la privatisation totale de la collecte des ordures ménagères ?

Je le demande avec constance depuis six ans. C'est indispensable, tout comme une meilleure coordination avec les agents de la propreté de la Ville. Là aussi, c'est le chaos. La propreté et la collecte des déchets ne sont pas coordonnées, donc la ville est toujours sale !

Pour investir, allez-vous emprunter ?

Ma première règle est de stopper la fuite en avant et la spirale de la dette. La seconde, de garantir que tout euro dépensé sera utile aux Parisiens.

Anne Hidalgo a augmenté la taxe foncière en 2023, ce que vous aviez dénoncé. Pensez-vous pouvoir la baisser ?

Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire ont alourdi la fiscalité pour les Parisiens de 600 millions d'euros par an. C'est historique ! Et pour quels résultats ?

Je ne ferai pas de hausses d'impôts !

Je ne ferai pas de hausses d'impôts ! Et ne pas augmenter les impôts, avec l'état dans lequel l'équipe municipale aura laissé les finances, c'est déjà un effort massif.

En 2020, vous souhaitiez une baisse de certains tarifs municipaux. Prévoyez-vous d'y toucher ?

D'abord, je suis contre le principe de la gratuité. Il est normal que tout le monde participe, à hauteur de ses moyens. Cela n'exclut pas d'aider des familles en difficulté qui ont du mal à payer la cantine ou un accès aux loisirs. Mais plus globalement, je veux revenir sur le barème des tarifs municipaux car il y a une fuite des familles de Paris.

« Aujourd'hui, les tarifs de beaucoup de services parisiens, comme le stationnement, sont devenus un impôt déguisé », dénonce Rachida Dati.

« Aujourd'hui, les tarifs de beaucoup de services parisiens, comme le stationnement, sont devenus un impôt déguisé », dénonce Rachida Dati.Anais Oudart pour « Les Echos »

Je veux revoir le barème des cantines et des différentes activités pour les classes moyennes qui paient déjà plein pot leur logement dans le privé mais aussi tous les tarifs municipaux. Aujourd'hui, les tarifs de beaucoup de services parisiens, comme le stationnement, sont devenus un impôt déguisé.

Comptez-vous sur de nouvelles recettes ?

Il faut faire contribuer davantage ceux qui utilisent la ville : les touristes, les grands événements. Tout ne peut pas reposer sur les habitants. Je veux mettre davantage à contribution les touristes, comme je l'ai fait comme ministre de la Culture, en obtenant que les touristes non-européens paient davantage pour l'entrée de certains musées.

Plus largement, je porterai le projet d'une taxe sur le surtourisme. Cela concerne autant les grandes métropoles que certains villages français totalement débordés par les flux touristiques.

Une enquête a été ouverte par le parquet national financier sur le voyage à Tahiti d'Anne Hidalgo. Vous-même allez être jugée en septembre 2026 pour corruption et trafic d'influence. Est-ce que cela peut polluer la campagne ?

L'argent des Parisiens doit servir aux Parisiens, pas aux élus. Je comprends que les Parisiens soient choqués par les voyages de l'équipe Hidalgo et les dérives dans les notes de frais. Il faut tout assainir.

On peut me reprocher ce qu'on veut, mais je n'ai jamais été mise en cause pour de l'argent public. Je renforcerai drastiquement le contrôle de l'usage des deniers publics.

Pouvez-vous encore longtemps être à la fois ministre de la Culture et candidate à la Mairie de Paris ?

Historiquement, les ministres ont toujours été des élus. Et un élu, il est en campagne tout le temps.

Entre les discussions budgétaires qui prennent du temps et le Parlement qui s'arrêtera fin février pour les municipales, votre réforme de l'audiovisuel public n'est-elle pas compromise ?

Il ne reste qu'une lecture et c'est un texte prioritaire pour la préservation de l'audiovisuel public. Tous les rapports parlementaires le disent et encore récemment la Cour des comptes qui recommande une réorganisation profonde !

Avant cela, la priorité reste de faire passer le budget de la Sécurité sociale (PLFSS) et celui de l'Etat. Mais même les partis du socle commun, dont LR, ont du mal. Que leur dites-vous ?

Nous avons une responsabilité collective à donner un budget pour la santé. Il y a eu beaucoup d'avancées lors des débats au Parlement, il serait incohérent de ne pas voter ce texte.

Les discussions budgétaires font craindre une hausse de la fiscalité pour les investisseurs dans l'art. Paris, quatrième place du marché de l'art au monde, peut-elle perdre des plumes ?

Ne nous tirons pas une balle dans le pied ! Paris et la France retrouvent une place majeure dans l'art contemporain, même si nos artistes restent encore trop peu visibles à l'international. L'écosystème montre aussi des fragilités. C'est pour cela que j'ai lancé un plan pour renforcer la scène française.

Evidemment, tout alourdissement de la fiscalité pesant sur les oeuvres d'art serait préjudiciable. Ces questions sont aujourd'hui dans la main des parlementaires, que j'appelle à considérer ce point.

Le tout jeune Centre national de la musique, CNM, est fragilisé par une baisse de financement. Deux poids, deux mesures par rapport au CNC, Centre national du cinéma ?

Le CNC est un modèle de financement du cinéma que le monde entier nous envie. Depuis que je suis ministre de la Culture, il y a des tentatives pour plafonner ses recettes. Je m'y suis toujours opposée. Je défends aussi le CNM ! J'ai d'ores et déjà obtenu un relèvement du plafond du CNM de 8 millions d'euros par rapport à l'année dernière.

Le patrimoine culturel national va coûter des milliards dans les années à venir faute d'un entretien régulier. Dans quel état est le patrimoine culturel de la Ville de Paris ?

Mon groupe politique a soumis en 2019 une délibération qui a permis de débloquer 42 millions d'euros pour un plan de préservation des édifices culturels de la Ville de Paris. Depuis 2013, le budget de la culture de la Ville de Paris a baissé de 25,8 %. Cela fera partie de mes priorités de remettre la culture au centre de la ville.