Politique
Paul Hatte, patron du groupe «Pour Paris» au conseil de la capitale, estime que «tout est fait pour épargner Emmanuel Grégoire et faire perdre Rachida Dati» en vue des élections municipales. Des accusations que le camp Bournazel a réfutées après la sortie de l’entretien.
Le Figaro - 3 février 2026 - Par Claire Conruyt
LE FIGARO -. Vous étiez jusqu’à présent le président de «Pour Paris», le groupe pro-Bournazel au conseil municipal de Paris, et choisissez de démissionner. Pourquoi ?
Paul HATTE-. Je démissionne, et je dissous donc le groupe «Pour Paris» au conseil de la capitale. Je lance un signal d’alarme pour les Parisiens, et notamment les Parisiens de droite : je dénonce la gauchisation de la campagne de Pierre-Yves Bournazel. J’ai conscience que ce choix est tardif mais cela fait six ans que je suis lanceur d’alerte. Je sais que ma parole est indépendante et que c’est pour cela qu’elle sera entendue. La gauchisation passe par plusieurs canaux. D’abord, il n’y a pas de volonté d’alternance dans la campagne de Pierre-Yves Bournazel. Tout a été fait non seulement pour épargner Emmanuel Grégoire mais aussi, pour faire perdre Rachida Dati et la droite à Paris. Lorsque j’ai plaidé pour la fusion entre les listes de Rachida Dati et celle d’Horizons-Renaissance à l’entre-deux tours, j’ai été intimidé par des «macronistes» de gauche dont certains figurent aujourd’hui sur la liste de Pierre-Yves Bournazel.
Vous pensez à qui ?
Ce n’est pas une question de personne. J’étais le seul visage de droite dans cet écosystème et j’ai crispé plus d’un «macroniste». Le récent départ de son directeur de campagne traduit ce malaise et l’évolution du positionnement politique qui a changé au fur et à mesure des semaines. Sur le fond, le programme est bancal. Le plan des 4 milliards d’économies annoncé est mal chiffré. Le plaidoyer pour la transparence des élus est un leurre et il n’y a pas de remise en cause de l’absence de concertation dans la méthode Hidalgo. Ils ne veulent pas l’alternance. D’ailleurs, certains membres de la liste ont déjà été élus sous la bannière socialiste dans le passé, à Paris. Beaucoup d’éléments de programme sont issus de la campagne d’Agnès Buzyn, avec comme boussole l’héritage de Bertrand Delanoë. Je fais partie des électeurs de droite qui veulent tourner la page de l’ère Chirac-Tibéri et de l’ère Delanoë-Hidalgo. J’ai des convictions sur l’innovation, sur ce que Paris doit être demain et je ne veux pas être l’objet des jeux politiciens et des arrière-pensées.
C’est-à-dire ?
Il y a très clairement un objectif affiché en interne : faire élire un maire de gauche au «troisième tour» du Conseil de Paris. Je m’explique : le dernier sondage annonçant cinq candidats au second tour, la possibilité de n’avoir aucune majorité au Conseil de Paris devient majeure. Dans ce cas de figure, certains élus du camp Bournazel se sont entendus devant mes yeux pour faire élire un maire de gauche lors de l’élection officielle du maire de Paris, une semaine après le second tour. On m’a proposé d’être adjoint de ce maire potentiel.
Vous faites donc référence à un autre candidat de gauche, et non au socialiste Emmanuel Grégoire ?
Oui. Plusieurs candidats en secret font campagne et des noms sont déjà testés auprès de certains conseillers de Paris, dont j’ai fait partie. Cela est inacceptable pour les électeurs.
Que dites-vous à Pierre-Yves Bournazel ?
Les Parisiens veulent l’alternance, tous les indicateurs le prouvent. Ne reproduisons pas les calculs qui ont fait perdre la droite à Paris depuis 2001 au nom de petits calculs politiciens consistant à sauver son poste et servir les copains.
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