Présidentielle 2027
Alors que Bruno Retailleau (LR) vient de se déclarer candidat pour 2027, la présidente d’Île-de-France, candidate à la présidentielle il y a quatre ans, appelle la droite et le centre « à la responsabilité ». Pour elle, le temps presse.
Le Parisien - 14 février 2026 - Par Marion Mourgue et Alexandre Sulzer
La défaite de 2022 paraît digérée. « Tout ce qui ne tue pas rend fort », sourit celle qui avait fait 4,78 % à la dernière présidentielle. Aujourd’hui, Valérie Pécresse, la présidente (LR) de la région Île-de-France, entend bien livrer son expérience pour éviter la victoire des extrêmes, dit-elle, dans un an. « Je suis là pour dire les choses », appuie-t-elle pour appeler à une candidature unique de la droite et du centre.
Bruno Retailleau a déclaré sa candidature à la présidentielle. Ça y est, LR a son candidat ?
VALÉRIE PÉCRESSE. Cette déclaration, c’est une clarification utile. Elle va permettre d’enclencher une réflexion indispensable sur le sujet prioritaire qui est le processus de sélection du candidat de la droite et du centre. Certes, il y a la candidature légitime de Bruno Retailleau mais il y a aussi toute une série de putatifs candidats plus ou moins déclarés. J’ai été auditionnée il y a quelques jours par la commission Larcher (qui réfléchit au mode de désignation d’un candidat LR à la présidentielle) et j’ai poussé un cri d’alarme parce que j’ai l’impression qu’aucun enseignement, ni de la primaire de 2022 ni de la campagne présidentielle qui s’en est suivie, n’a été tiré. Et je suis quand même bien placée pour en parler !
Quels sont ces enseignements ?
Il y a trois facteurs clés pour réussir la primaire. Le premier, c’est le calendrier. Imaginer faire une primaire à l’automne prochain, comme en 2022, serait une faute majeure parce qu’on ne s’improvise pas candidat à la présidentielle en trois mois. La marche est trop haute. Pour être un bon candidat, il faut à la fois avoir fait des tours de France, popularisé son projet auprès des Français, fait une tournée internationale indispensable aujourd’hui, et réconcilier autour de soi tous ses rivaux pour pouvoir cheffer. Ça prend du temps, de l’énergie. Pour tout ça, il faut au moins un an.
Soyons lucides le temps est déjà compté. Le scénario idéal, c’est donc une primaire qui s’enclenche dès le lendemain des municipales, avec une date butoir avant l’été. Le deuxième facteur, c’est qu’il faut une primaire la plus ouverte possible, car c’est ce qui donne un élan populaire. En 2022, malgré le succès d’audience des débats télévisés, elle était trop fermée (réservée aux seuls adhérents LR). Enfin, le troisième facteur, c’est de s’assurer d’avoir un espace politique.
C’est-à-dire ?
Il y a chez nos électeurs une peur des extrêmes, d’un second tour Mélenchon-RN qui conduit à un réflexe de vote utile extrêmement puissant au premier tour. Si nous arrivons divisés, si nous n’avons pas un seul candidat qui représente les valeurs de la droite et du centre, nous serons balayés, nous serons éliminés.
« Aujourd’hui, les partis de la droite et du centre sont atomisés façon puzzle et doivent se fédérer pour désigner un candidat unique »
Valérie Pécresse
Mais qui pourrait participer selon vous à cette primaire ?
Une primaire s’organise autour de deux choses. La première, c’est une charte des valeurs de la droite et du centre que les candidats signeraient et qui inclurait évidemment le refus de l’alliance avec l’extrême droite. La seconde, c’est un pacte de loyauté : tous ceux qui participent à la primaire doivent s’engager à soutenir le candidat qui gagnera. Aujourd’hui, les partis de la droite et du centre sont atomisés façon puzzle et doivent se fédérer pour désigner un candidat unique, puis, c’est important, lui confier les rênes de cette alliance.
Sarah Knafo a-t-elle vocation à participer à la primaire comme le souhaite Laurent Wauquiez ?
Elle siège au Parlement européen avec l’AfD, c’est-à-dire avec l’extrême droite allemande. C’est son choix, il faut qu’elle l’assume. Elle ne peut donc pas participer à une primaire de la droite et du centre.
En quoi une primaire clarifie-t-elle les choses alors qu’Édouard Philippe a déjà dit qu’il refusait d’y participer ?
Il y aura une pression politique forte : à un moment donné, il faut savoir si nous voulons prendre le risque de faire arriver des extrêmes au pouvoir ou si nous voulons redresser la France. Je ferai partie de ces voix qui appelleront au rassemblement le plus large possible. Quand on veut se présenter à la fonction suprême, on ne craint pas une primaire ouverte.
Cela reste bien théorique…
C’est vrai que le scénario que je propose est un scénario idéal, celui qui donne le plus de chances de victoire. Il est possible que certains refusent. Dans ce cas-là, il faut prévoir un « scénario de secours » parce qu’on ne peut pas laisser bloquer le rassemblement par les ambitions personnelles. Il faudrait alors organiser une primaire LR élargie, ouverte aux adhérents et aux sympathisants de tous les partis qui accepteront la règle du jeu, avant juin. Car pour gagner je suis convaincue qu’il faut un projet de rupture totale avec l’impuissance actuelle sur l’immigration, la montée de la violence, le déclin des services publics, la remise en ordre des comptes publics, les salaires trop bas, la politique familiale… tous les sujets que j’ai portés en 2022 et qui n’ont pas été résolus dans ce quinquennat pour rien.
Je prône un État fort recentré sur ses missions régaliennes. Et à ses côtés une République fédérale et sociale, où les politiques de la vie quotidienne seraient entièrement gérées par les régions, et la sécurité sociale par les partenaires sociaux avec une règle d’or d’interdiction des déficits. Cela supprimerait cette bureaucratie qui nous coûte si cher et cela permettrait de rendre l’argent aux Français. Ceux qui accepteront de participer à une primaire au printemps bénéficieront d’un élan électoral. Les autres pourraient être jugés sévèrement par les Français et perçus comme des diviseurs. La responsabilité doit primer sur l’ambition.
Serez-vous vous-même candidate ?
J’ai énormément appris de ma défaite. Je veux apporter cette expérience singulière à mon pays pour faire gagner une droite authentique ferme et humaniste. Mais je juge qu’aujourd’hui il serait indécent de rajouter encore de la confusion à la confusion. La priorité c’est d’avoir vite un candidat unique. Ma responsabilité, c’est de dire que les heures sont comptées.
« Si on ne se retrousse pas les manches pour porter des solutions radicalement neuves pour le pays, nous disparaîtrons »
Valérie Pécresse
Le risque d’une primaire de la droite et du centre, c’est que les Républicains n’aient pas leur propre candidat à la présidentielle. Ça serait quand même une première…
Des premières, on en a vécu d’autres ! Le macronisme a absorbé pendant dix ans une partie de la droite et de la gauche. Il nous laisse face à la montée des extrêmes, dont je pense qu’ils conduiraient la France à la faillite et au désordre. Ni Jordan Bardella, dont on connaît la fascination trumpienne et poutinienne, ni Jean-Luc Mélenchon et sa compromission avec le communautarisme et l’islamisme ne pourront défendre la France dans le monde ultraviolent d’aujourd’hui. Il est temps de nous ressaisir. Si on ne se retrousse pas les manches pour rassembler à nouveau la droite et le centre, et porter des solutions radicalement neuves pour le pays, alors oui, nous disparaîtrons.
Faudra-t-il attendre le soutien de Nicolas Sarkozy dans la campagne ?
Je ne le crois pas. Il faut tracer sa route. Et là aussi, je parle d’expérience.
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