Rachida Dati lors d'une cérémonie au musée du Quai Branly - Jacques Chirac à Paris, le 20 février 2026. - Jeanne Accorsini/SIPA

Élections Municipales

L’effondrement de Pierre-Yves Bournazel, troisième homme de cette bataille de Paris, profite à la ministre de la Culture, toujours en poste au gouvernement et en position de battre son adversaire socialiste Emmanuel Grégoire, selon un baromètre Ifop Fiducial réalisé en exclusivité pour l’Opinion et Sud Radio

L'Opinion - 22 février 2026 - Par Antoine Oberdorff

Au soir du premier tour, dimanche 15 mars, c’est une nouvelle élection qui commencera : les fusions, maintiens et désistements éventuels décideront de l’identité du prochain maire de la capitale.

Ce vendredi, la sonnerie des vacances a retenti dans les écoles parisiennes. Pendant que les rues de la capitale se vident, les candidats aux municipales essaient tant bien que mal de convaincre les derniers électeurs indécis. Tous savent qu’à la rentrée, lundi 9 mars, il sera déjà presque trop tard pour faire la différence.

Plus que jamais, le dernier baromètre Ifop-Fiducial pour l’Opinion et Sud Radio montre combien le face-à-face entre le socialiste Emmanuel Grégoire et sa rivale de droite Rachida Dati n’a pas livré son verdict. Certes, l’ex-premier adjoint d’Anne Hidalgo se maintient à 32 % des intentions de vote grâce à l’alliance inédite qu’il a passée avec les écologistes de David Belliard, mais il ne compte plus que deux longueurs d’avance sur Rachida Dati, en progression (30 %, +2 points en un mois). Point commun entre les deux favoris : plus de 80 % de leurs électeurs déclarés ne changeront plus d’avis d’ici au premier tour, le dimanche 15 mars.

Bournazel, Chikirou et Knafo, trois variables d’importance

« C’est vraiment un match à deux qui peut être troublé par les configurations de second tour », analyse le directeur général de l’Ifop, Frédéric Dabi. Quinquangulaire, quadrangulaire, triangulaire : tout est encore possible à ce stade en fonction du nombre de candidats à franchir le seuil de 10 % des voix, indispensable pour pouvoir se maintenir au second tour. Ils sont désormais trois à flirter avec la ligne de flottaison : Pierre-Yves Bournazel, la tête de liste Horizons, soutenu par Gabriel Attal, qui recule à 12 % des intentions de vote (–2 sur un mois) ; l’insoumise Sophia Chikirou créditée de 11 % et la zemmouriste en manteau jaune, Sarah Knafo, passée de 8 % à 11 % en quelques semaines grâce à l’effondrement de Thierry Mariani (RN) relégué à 4 %.

Prendront-ils le toboggan en étant aspirés vers le bas par le vote utile ou monteront-ils, au contraire, dans l’ascenseur qui leur permettra de jouer les faiseurs de roi dans l’entre-deux-tours ? Bien malin est celui qui peut prédire leur score. En 2020, la star des mathématiques Cédric Villani, candidat dissident de LREM, s’était écroulé à 7,88 % des voix après avoir pointé à 15 % des intentions de vote. Le même phénomène pourrait se produire avec les arbitres de 2026, Pierre-Yves Bournazel, Sophia Chikirou et Sarah Knafo. « Ça peut finir à 8 comme à 14 % », concède Frédéric Dabi. Le sondeur note, par ailleurs, qu’il n’y a « pas d’effet Quentin » sur la candidate de LFI : « La réaction médiatique a, semble-t-il, devancé celle des Français. Ils ont une lecture émotionnelle et anxiogène de ce qui s’est passé à Lyon, mais ne sanctionnent pas jusqu’ici LFI pour sa proximité revendiquée avec la Jeune Garde. »

sondge dati 1Avantage Dati au second tour

Autre enseignement majeur de ce sondage : au second tour, le désir d’alternance bénéficie à Rachida Dati, gagnante dans la plupart des configurations. Même dans l’hypothèse d’une triangulaire où Pierre-Yves Bournazel se maintiendrait, la maire LR du VIIe arrondissement l’emporterait in extremis avec 43 % des voix, contre 42 % pour le socialiste Emmanuel Grégoire. En immobilisant 15 % des voix, le candidat d’Edouard Philippe serait accusé d’avoir pris le risque que Paris reste à gauche pour six années supplémentaires.

Mais le pire scénario pour la coalition socialo-écologiste reste celui dans lequel l’insoumise Sophia Chikirou se maintiendrait au second tour, en gelant un précieux réservoir de voix de 11 %. Dans ce cas de triangulaire, Rachida Dati serait élue maire de Paris avec 49 % des suffrages. En admettant même que Sarah Knafo se joigne à la partie, cette quadrangulaire serait également perdante pour Emmanuel Grégoire qui resterait scotché aux grilles de l’Hôtel de Ville avec 36 % des voix contre 42 % pour Rachida Dati.

Seule une quinquangulaire pourrait encore permettre à Emmanuel Grégoire de s’installer dans le siège d’Anne Hidalgo en mars prochain. Rachida Dati serait alors lestée de deux poids au second tour : Pierre-Yves Bournazel d’un côté (11 %) et Sarah Knafo de l’autre (13 %). En d’autres termes, seule la dispersion des voix à droite peut faire échec à l’alternance voulue par une majorité de Parisiens. Suspense garanti, donc. « En 2020, à la même époque, se souvient Frédéric Dabi, il n’y avait plus de doute sur la victoire d’Anne Hidalgo. » A moins d’un mois du scrutin, Paris n’a pas encore choisi son prochain maire.

sondage dati 2(*) L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 991 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1 072 personnes, représentatif de la population parisienne âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par arrondissement. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 16 au 19 février 2026.