Jean-Pierre Rivère, ancien président de l'OGCN, et Eric Ciotti, à Nice, le 15 décembre 2025. Claire Gaby pour « Le Monde »

Élections Municipales

L’homme d’affaires et président du club de football de l’OGC Nice a créé la surprise en se mettant au service d’Eric Ciotti, candidat UDR-RN à la mairie de Nice.

Le Monde - 01 mars 2026 - Par Alexandre Lemarié et Vanessa Schneider

 

Confortablement installé dans ses bureaux luxueux donnant sur la promenade des Anglais, Jean-Pierre Rivère, 68 ans, ne voit pas trop pourquoi son ralliement à Eric Ciotti (UDR-RN) fait tant parler : « Je peux me regarder dans une glace, je ne trahis pas mes idées, je suis un homme de droite modérée. » L’homme d’affaires et surtout président du club de football de l’OGC Nice est incontestablement la plus belle prise de guerre du prétendant à la mairie.

L’annonce, le 6 octobre 2025, de son entrée en politique sous la bannière du candidat d’extrême droite pour les élections municipales des 15 et 22 mars a provoqué un petit séisme dans la ville. Jusqu’à récemment, Rivère était plutôt considéré comme un proche du maire Christian Estrosi (Horizons). Il l’avait soutenu lors des municipales, en 2014, soulignant que ce dernier « avait le respect de la parole donnée ». A l’époque, le président de l’OGC Nice semblait à mille lieues de s’engager dans une campagne électorale, assurant « ne pas avoir une excellente image des hommes politiques ».

Dans les locaux de sa société immobilière haut de gamme avec une vue de carte postale sur la mer, il confirme d’ailleurs : « Je n’aime pas la politique, mais j’aime les projets. » S’il s’est décidé à s’engager, c’est pour Nice, répète-t-il, « une belle vitrine dont l’arrière-boutique l’est moins. Cette ville doit être un modèle d’éthique et de transparence, or je ne partage pas la façon dont elle a été gérée, je n’en dirai pas plus… »

Jean-Pierre Rivère n’est guère plus loquace sur son choix en faveur Eric Ciotti, « un homme intelligent, qui a une parole et qui écoute », un « ami qui a su me convaincre ». Pour le reste, il s’en tient aux éléments de langage préconisés dans les rangs du prétendant au fauteuil de maire : « La liste d’Eric Ciotti n’est pas une liste Rassemblement national (RN), elle est composée essentiellement de gens de la société civile. » A l’annonce de son ralliement, la porte-parole du groupe RN à l’Assemblée nationale, Laure Lavalette, ne s’y était pourtant pas trompée, en parlant d’un « immense espoir [qui] se lève en Provence-Alpes-Côte d’Azur ».

Propulsé premier adjoint en cas de victoire

Jean-Pierre Rivère avait quitté la présidence de l’OGC Nice le 20 août 2025, après quatorze années à la tête de l’équipe azuréenne. A l’été 2011, alors que le club était en grande difficulté sportive et financière, ce self-made-man, qui a fait fortune dans l’immobilier, avait déboursé près de 12 millions d’euros pour devenir l’actionnaire majoritaire du club. Sous sa présidence, l’OGC Nice, longtemps abonné à la lutte pour le maintien en Ligue 1, a basculé dans une autre dimension. Ces quinze dernières années, il a le plus souvent joué les premiers rôles en championnat et participé sept fois à la Coupe d’Europe. En août, Rivère avait assuré avoir « besoin de faire d’autres projets, et d’avoir un peu de temps pour cela », avant d’évoquer une idée de film avec sa nouvelle compagne Zara Boutayeb, qui se présente comme ex-mannequin et que Rivère définit comme « artiste ».

Parfois, les mouvements politiques tiennent à peu de chose et c’est justement sur une « question artistique » que la rupture avec Christian Estrosi semble s’être faite. Zara Boutayeb n’aurait pas apprécié le refus du maire d’exposer une sculpture qu’elle a conçue en bonne place lors de la 3e Conférence des Nations unies sur l’océan, qui s’est tenue à Nice en juin 2025. « Pas du tout, elle n’en a pas été vexée, c’est une combattante ! », s’exclame Jean-Pierre Rivère, à l’aise dans ses baskets et son jean serré.

Qu’importent les raisons, Eric Ciotti était si heureux d’accueillir cette figure populaire sur la liste qu’il l’a immédiatement propulsé premier adjoint en cas de victoire. Mais à la veille de Noël, nouveau rebondissement : alors que l’OGC Nice se retrouve englué dans une grave crise, en raison d’une série de mauvais résultats, le club annonce, le 19 décembre, le retour de Jean-Pierre Rivère à sa tête.

Le camp Estrosi a immédiatement sauté sur l’occasion pour dénoncer un conflit d’intérêts, dénonçant la double, voire triple casquette du colistier d’Eric Ciotti, à la fois président de l’OGC Nice, entrepreneur et candidat aux municipales. Un cumul problématique aux yeux de Marc Concas, adjoint au maire délégué aux finances et avocat au barreau de Nice, qui pointe alors la possible inéligibilité de M. Rivère. Le 19 janvier, ce dernier renonce finalement à se présenter, reconnaissant qu’il existe « un petit risque juridique ».

Pas démonté par ce fiasco, Eric Ciotti décide alors de le nommer coprésident de son comité de soutien et promet qu’il sera son « conseiller spécial » à la mairie et à la métropole, s’il l’emporte. C’est finalement sa compagne Zara Boutayeb qui se retrouve à sa place sur la liste, présentée comme future déléguée aux droits des femmes. « Nous sommes un couple fusionnel », sourit Jean-Pierre Rivère.