Municipales à Paris
Rachida Dati (LR) veut lancer des projets d’architecture pour rendre les portes de Paris plus accueillantes. Et exhorte les électeurs de droite à ne pas se disperser. Entretien.
Le Parisien - 28 février 2026 -
À l’entrée de son QG de campagne, près de 10 000 grandes affiches avec le portrait de Rachida Dati viennent d’être livrées. Déjà prêts à faire le tour des arrondissements parisiens, les colleurs de ces posters se succèdent pour les récupérer.
À deux semaines du premier tour des élections municipales, à l’issue très incertaine à Paris, la candidate de la droite, soutenue par une partie de la macronie, abat ses dernières cartes. Et donne quelques coups de griffe à ses adversaires.
À deux semaines du premier tour des élections municipales, la campagne est de plus en plus tendue. Pierre-Yves Bournazel (Horizons-Renaissance) a annoncé qu’il ne s’allierait pas avec vous. Vous y croyez encore ?
RACHIDA DATI. Les Parisiens veulent l’alternance. Paris doit redevenir une ville propre, sûre, belle, dans laquelle les familles ont envie de s’ancrer et que le monde entier rêve de visiter. L’unique enjeu est donc de permettre cette alternance. Cela ne peut pas se faire par des aventures solitaires.
Dans son livre, Pierre-Yves Bournazel a parlé « d’ivresse narcissique » vous concernant. Vous avez répondu qu’il incarnait la droite la plus bête du monde. Difficile d’imaginer une éventuelle alliance après ça…
Je m’adresse aux électeurs qui veulent le changement. Paris est à gauche depuis 25 ans. Si nous voulons gagner, il faut une dynamique sur ma candidature dès le premier tour, car je suis la seule à pouvoir battre la gauche.

Devient-il votre adversaire ?
C’est lui qui se positionne comme un adversaire. Mon seul adversaire, c’est Emmanuel Grégoire et tous les héritiers d’Anne Hidalgo. Pour tourner la page, les Parisiens doivent se mobiliser sur ma candidature dès le 1er tour.
En revanche, Sarah Knafo (Reconquête) promet de vous tendre la main après le premier tour. Vous refusez toute alliance avec elle ?
Je le redis, toute dispersion des voix au premier tour conduira à la reconduction de l’équipe Grégoire-Hidalgo, en pire. J’en appelle à la responsabilité des électeurs qui veulent le changement.
« Je veux remettre le beau partout dans Paris »
Vous appelez des candidats à se démettre, mais vous avez aussi déclaré que votre liste ne changerait pas entre les deux tours. Vous leur tendez la main désormais ?
Ma liste est déjà une liste de rassemblement qui compte de nombreux élus expérimentés et ancrés.
Certains vous trouvent moins offensive qu’avant, avez-vous changé ?
Combative, je le suis par nature, depuis que je suis née. Sinon, croyez-le bien, je ne serais pas où je suis aujourd’hui. Mais, contrairement à la gauche, je n’ai jamais opposé les Parisiens les uns aux autres. Je ne suis pas dans l’invective, j’essaie de réconcilier. Ce qui me permet de faire une campagne de terrain dans le XVIIe comme dans le VIIe arrondissement, dans le parc social comme dans les secteurs plus privilégiés.
Vous venez de quitter le ministère de la Culture. Cela vous a donné des idées pour Paris ?
L’un des enjeux majeurs de Paris, c’est d’assurer son rayonnement international artistique et touristique, tout en permettant à ses habitants d’y vivre. C’est une question qui se pose dans toutes les grandes villes du monde ayant un patrimoine historique exceptionnel. Sous la mandature d’Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire, et c’est inédit, les Parisiens se sont révoltés contre une majorité qui a méthodiquement dégradé Paris en faisant disparaître le mobilier urbain historique et en laissant la saleté prospérer. Pour la première fois dans son histoire, cette ville s’est enlaidie. Je rappelle qu’Emmanuel Grégoire était en charge de l’urbanisme, il en est donc le premier responsable.
Que proposez-vous à la place ?
Je veux remettre le beau partout. Tous les projets publics d’aménagement répondront à des critères esthétiques, avec des matériaux et du mobilier s’inscrivant dans la tradition parisienne, comme les bancs Davioud, les fontaines Wallace et les candélabres. Je veux aussi que la première image, quand on arrive dans Paris, soit une image de beauté. Aujourd’hui, les portes de la capitale sont à l’abandon, livrées à des squats et trafics en tout genre. Les zones de non-droit ont progressé. C’est une réalité sur laquelle la gauche parisienne n’a pas seulement fermé les yeux, elle l’a encouragée. Je veux reconquérir ces territoires pour les Parisiens et pour l’image de Paris. Je lancerai, dès mon arrivée, un concours international d’architecture pour les dix portes les plus dégradées.
À quoi cela pourrait ressembler ?
Nous avons travaillé avec des architectes à de premières esquisses pour donner une idée de ce que pourraient devenir ces portes. Paris a toujours été une source d’inspiration pour toutes les grandes métropoles. Je veux que le génie créatif s’exprime dans des quartiers aujourd’hui délaissés, que les Parisiens pourront se réapproprier. Ce seront des projets qui auront en outre une utilité publique : couverture du périphérique, équipements publics, sportifs et culturels. Tous intégreront une dimension écologique, avec de la végétalisation et des panneaux solaires.

Un mandat suffira-t-il ?
Les concours seront lancés et les calendriers tenus. Je démarrerai par les portes les plus dégradées.
Cela va-t-il coûter cher aux Parisiens ?
Sous la forme de partenariats public-privé, ces projets peuvent être financés sans aucun argent public.
« Je souhaite qu’il n’y ait plus aucun angle mort d’insécurité à Paris. Avec 8 000 caméras, nous couvrirons toutes les rues. »
Vous avez aussi un projet pour la culture dans Paris…
Ce que sont devenues les trois anciennes mairies de Paris Centre, qui n’ont plus d’utilité administrative, est inacceptable, alors que ce sont des lieux patrimoniaux exceptionnels. Je souhaite transformer celle du Ier arrondissement en lieu d’accueil international pour des artistes, qui pourront y séjourner un an et mettre au point des projets créatifs ambitieux. Ce sera un lieu de rayonnement pour la capitale des arts et de l’innovation artistique. Nous avons aussi des écoles et des collèges qui vont se vider, du fait de la démographie. En concertation avec les habitants des quartiers, nous les transformerons en résidences pour les artistes, les étudiants, les chercheurs, et en logements privés.
Vous voulez installer à Paris 8 000 caméras, soit presque une par rue. Que dites-vous aux Parisiens qui craignent une surveillance généralisée ?
Vous comprenez bien que la délinquance et la criminalité se déplacent là où il n’y a pas de caméras. Je souhaite qu’il n’y ait plus aucun angle mort d’insécurité à Paris. Avec 8 000 caméras, nous couvrirons toutes les rues. Elles seront reliées à des centres de supervision, un par arrondissement. Partout où la vidéoprotection est déployée, elle est efficace contre la délinquance.
Vous voulez aussi expulser les « fauteurs de troubles » du parc social. Comment ?
Le logement social est un droit pour ceux qui en ont besoin. Mais cela entraîne aussi des devoirs. Au troisième rappel à l’ordre — pour trafic, nuisances sonores, dégradation, etc. —, les fauteurs de troubles seront expulsés. Une partie du parc sera réservée aux policiers municipaux, qui convertiront en heures sur le terrain les heures qu’ils perdent dans les transports. Je souhaite faire de même pour les aides-soignantes, les professeurs des écoles, tous ceux qui se lèvent tôt et se dévouent pour assurer les services publics aux citoyens.

Des logements sociaux dont vous dites qu’ils sont en mauvais état…
Ils sont soit dégradés, soit insalubres. Je rencontre tous les jours des locataires qui payent leurs loyers et leurs charges, et attendent des travaux depuis des années. C’est d’autant plus choquant qu’un scandale de détournement de fonds chez Paris Habitat a été révélé dans votre journal. Ian Brossat, ex-adjoint au logement, avait été alerté de ces malversations et n’a rien fait ! Ma priorité sera la rénovation du parc social pour que les locataires soient logés dignement. Pour cela, j’arrêterai d’acheter à prix d’or du logement privé pour en faire du logement social pas entretenu. Ma priorité sera de rénover et sécuriser l’ensemble du parc social.
Pierre-Yves Bournazel ou Sarah Knafo veulent vendre une partie des logements sociaux pour résorber la dette. Et vous ?
Les logements sociaux sont tellement dégradés que personne n’a envie de les acheter. Une fois qu’ils auront été rénovés, les seuls logements que je vendrai seront en accession sociale à la propriété pour les locataires qui y vivent. Mon objectif est que la classe moyenne qui travaille reste à Paris.
« Certains cyclistes sont devenus sans foi ni loi, y compris entre eux. Il y aura des contrôles et des sanctions. »
Vous prévoyez jusqu’à un milliard d’euros d’économies sur le budget. Ce sera suffisant pour diminuer la dette (près de 10 milliards d’euros en 2026) ?
Je veux garantir que chaque euro dépensé soit un euro utile pour les Parisiens. Avec ce principe, nous allons déjà faire beaucoup d’économies. Les impôts n’augmenteront pas et la réduction des dépenses sera substantielle à tous les niveaux.
La crise du logement fait rage à Paris. Reviendrez-vous sur l’encadrement des loyers ?
Nous assouplirons l’encadrement des loyers pour les propriétaires qui remettent sur le marché des logements vacants ou qui ont entrepris des travaux coûteux de rénovation énergétique bénéficiant à leurs futurs locataires. Les locataires qui ont un bail en cours ne seront pas impactés.
Le sujet de la mobilité est aussi au cœur de la campagne car les Parisiens n’ont pas envie de renoncer au vélo. Que proposez-vous ?
La clé est la coexistence apaisée de tous les usages. Le piéton ne peut pas être l’usager le moins protégé de la voie publique. Je suis favorable au vélo. Je poursuivrai des aménagements, de manière raisonnée, là où ils font défaut, notamment sur l’axe nord-sud. Mais force est de constater que certains cyclistes sont devenus sans foi ni loi, y compris entre eux. Il y aura donc des contrôles et des sanctions contre tous ceux qui ne respectent pas le Code de la route et mettent les autres en danger, en particulier les piétons. Le stationnement des deux-roues motorisés sera gratuit et les automobilistes parisiens bénéficieront d’un tarif résidentiel unique, partout dans Paris.
Vos opposants vous attaquent sur votre calendrier judiciaire (Rachida Dati sera jugée pour corruption et trafic d’influence en septembre). Que leur répondez-vous ?
Je suis très sereine. Personne ne connaît le fond du dossier, qui est aujourd’hui instrumentalisé par mes opposants, en piétinant tous les principes élémentaires du droit.
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