Tribune
Dans une tribune collective, une vingtaine d'économistes et de chefs d'entreprise lance un appel solennel au Premier ministre : sans sursaut budgétaire immédiat, c'est la souveraineté du pays qui est en jeu.
Les Echos - 16 septembre 2026 - Par Tribune Collective
Il y a dans l'histoire d'un pays des moments où il ne peut plus se bercer d'illusions - ou se mentir à lui-même. La France vit l'un de ces moments. Notre situation budgétaire n'est plus préoccupante, elle devient dangereuse.
Notre système de retraite vacille. Depuis le Covid, notre déficit public campe résolument au-dessus de 5 % du PIB, sans qu'aucun gouvernement ne soit parvenu à l'endiguer. Notre dette ne cesse de gonfler - et avec elle notre dépendance aux marchés. Chaque tension sur l'OAT (qui atteint des sommets inédits depuis 2008), chaque soubresaut politique, chaque crise extérieure se traduit désormais en milliards d'intérêts supplémentaires, prélevés sur les Français avant même que le premier euro de dépense utile ne soit engagé.
Cette situation budgétaire a, et c'est le plus grave, des conséquences économiques, sociales et politiques. Elle étouffe nos entreprises d'impôts et contraint leur compétitivité. Elle écrase les salaires et assèche dès lors les perspectives sociales. Elle nourrit l'inquiétude, parfois la colère - d'autant qu'elle ne se traduit pas par des services publics correspondant au niveau d'effort consenti. Quelles seront nos capacités d'action dans la prochaine crise géopolitique ou sociale ?
La France ne décide plus de son destin
Disons les choses clairement : un grand pays qui emprunte pour payer les seuls intérêts de ses engagements n'est plus tout à fait souverain. Il ne décide plus de son destin, il le négocie avec ses créanciers. Cet abandon de souveraineté, silencieux mais réel, est indigne de la France. Il n'est que la conséquence arithmétique de nos renoncements collectifs.
Or, le monde n'attend pas. Il se fait chaque jour brutal, plus rapide, et donc plus incertain. La course technologique s'accélère, la guerre est revenue sur notre continent. Nos compétiteurs investissent massivement dans la défense, dans l'intelligence artificielle, dans les industries du futur.
Un pays paralysé par un déficit de 5 % ne peut pas suivre cette cadence. Il subit. Nous ne pouvons pas accepter que la France aborde la décennie décisive les mains liées dans le dos, incapable de financer les investissements dont dépendent sa sécurité et sa prospérité. Nous ne pouvons accepter de saborder notre puissance au point que nous compromettons les choix que pourraient faire nos enfants.
VIDEO - Pourquoi la dette devient un vrai problème
Une responsabilité démocratique avant 2027
Dans huit mois s'ouvrira un nouveau quinquennat. Quel que soit le visage du nouvel exécutif, il devra répondre à ces urgences. Il ne pourra pas se permettre de consacrer son temps, son énergie et son crédit politique à ramener péniblement notre déficit dans la zone que nos voisins européens ont déjà atteinte par leurs efforts. L'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Suède et la Grèce ont déjà fait le chemin. Nous restons les derniers de la classe, et nous en pâtissons.
Transmettre au prochain président de la République et au prochain Parlement des comptes assainis n'est pas un geste partisan, mais un devoir d'Etat. C'est offrir à la France la liberté de choisir, plutôt que l'obligation de réparer. C'est une responsabilité démocratique, pour que les préférences exprimées par les Français dans les urnes en 2027 puissent réellement se traduire politiquement.
"Un homme d'Etat se reconnaît à ceci : il préfère l'intérêt du pays à sa propre carrière. Imitez-le, présentez un budget global contraint mais juste."
C'est pourquoi nous vous le proposons : soyez, Monsieur le Premier ministre, notre Raymond Poincaré, notre Michel Debré, notre Jacques Delors ou notre Pierre Mendès France (pour ne prendre que des exemples datés). Souvenez-vous de ces responsables politiques qui ont accepté de sacrifier leur capital politique pour faire voter des réformes et rétablir les comptes du pays, parce qu'ils défendaient une haute conception de l'Etat et une vision ambitieuse de l'action publique.
Voyez aussi, autour de nous, ces leaders politiques qui ont su faire des réformes : Helmut Kohl en Allemagne, Mario Monti en Italie. Et d'autres encore. Des décideurs qui avaient compris qu'un homme d'Etat se reconnaît à ceci : il préfère l'intérêt du pays à sa propre carrière. Imitez-le, présentez un budget global contraint mais juste.
Réalisez les arbitrages courageux sur la dépense publique qui ont trop été différés, en faisant fi des calculs électoraux et de la dictature des sondages. Engagez enfin la France sur la voie de l'équilibre budgétaire et de la prospérité économique, mais sans augmentation de la fiscalité, car notre pays détient déjà le record des prélèvements obligatoires et que ce levier-là est épuisé.
Chaque économie assumée aujourd'hui, c'est une marge de manoeuvre rendue demain à ceux qui auront la charge de réarmer, d'innover, de reconstruire.
Nous ne vous promettons pas la popularité. Les réformes courageuses ne se font jamais sous les applaudissements.
L'opinion vous le reprochera, l'opposition s'en saisira, votre avenir politique en pâtira probablement. Mais la France, elle, s'en souviendra. L'histoire vous saluera.
Erwann Tison est économiste, directeur des études de l'Institut de l'entreprise.
Erwan Le Noan est fondateur d'Aka Strategy et directeur de l'Iref.
Flora Donsimoni est directrice générale de l'Institut de l'entreprise.
Aurélien Véron est conseiller de Paris.
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Laurent Cappelletti est économiste, professeur au CNAM.
Victor Fouquet est fiscaliste.
Pierre Bentata est économiste.
Nathalie Janson est présidente de GL et professeur associée à Neoma BS.
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Robin Rivaton est économiste, PDG de Stonal.
Christian Saint-Etienne est économiste, professeur au CNAM.
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François-Xavier Oliveau est essayiste et dirigeant d'entreprise.
Léonidas Kalogeropoulos est PDG de Médiation et Arguments.
Jean-Pascal Beaufret est ancien haut fonctionnaire.
Denis Ferrand est économiste.
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