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Municipales

De la publication des résultats du premier tour, dimanche 20 heures, à la clôture des candidatures, mardi 18 heures, les états-majors des partis politiques vont vivre 46 heures intenses. Fusions, retraits, alliances : il va falloir choisir et convaincre les candidats sur le terrain d’appliquer la consigne

L'Opinion - 12 mars 2026 - Par  Dinah Cohen,  Matthieu Deprieck,  Antoine Oberdorff, Christine Ollivier, journalistes du service politique

 

Près de 35 000 communes vont se choisir un maire les 15 et 22 mars. 81% des Français interrogés par Verian pour l’Opinion et la Fondation Jean-Jaurès déclarent vouloir voter aux élections municipales.

20h01, dimanche, neuf communes sur dix connaîtront leur maire. Pour les autres, les municipales débuteront par un sprint. Mardi, à 18 heures, tous les candidats auront déposé leur liste en préfecture. Fusions, retraits, alliances. Avec la droite, la gauche, les extrêmes. Il faudra décider de tout en 46 heures. Et le faire accepter par les prétendants sur le terrain.

Un classique des scrutins à deux tours. Mais, pour ces municipales 2026, l’obstacle à franchir sera plus haut. En 2020, sur les soixante communes les plus peuplées de France, trente-sept étaient concernées par des triangulaires, ou plus. En 2026, vingt-quatre de ces soixante communes ont fait l’objet d’un sondage. Dans quinze d’entre elles, il y aura plus de candidats en capacité de se maintenir qu’en 2020. A Poitiers, ils seraient six. Les municipales goûtent aux joies de la fragmentation politique déjà éprouvée par les députés.

Dans ce paysage, bon courage aux responsables politiques invités sur les plateaux dimanche soir. « Et à Marseille, vous ralliez qui ? » « Et à Dijon ? » « Parlons un peu de Strasbourg... » Avant que Sébastien Lecornu n’interdise à son gouvernement de participer à la soirée électorale du premier tour, sa porte-parole, Maud Bregeon, avait trouvé une parade : se rendre le plus tôt possible en plateau pour parler dans le brouillard et éviter les questions pièges.

Dimanche soir, ce sera premier arrivé, premier servi. Cela permettra de donner le ton de la campagne d’entre-deux-tours. Le 7 juillet 2024, au soir du second tour des législatives, Jean-Luc Mélenchon prend tout le monde de vitesse. 20 heures n’est passé que d’une minute quand le leader insoumis proclame que le Nouveau Front populaire gouvernera pour appliquer « tout son programme et rien que son programme ».

Même stratégie cette année ? Jean-Luc Mélenchon a déjà prévu de répéter sa proposition de « fusions techniques » au PS : des listes d’union dans lesquelles les insoumis seront représentés proportionnellement à leur score, tout en restant dans la future opposition municipale. La direction du PS n’a pour l’instant pas prévu de donner de consigne, si ce n’est celle – classique – de se désister au profit de la liste arrivée en tête, partout où l’extrême droite menace de l’emporter. Comme toujours, le bureau national du PS se tiendra le dimanche à 18 heures.

Pièges

Dans cette course aux plateaux, Gabriel Attal jettera sept proches pour marteler la ligne désormais assumée du « ni-ni » ; ni RN, ni LFI. De Prisca Thévenot à Charles Rodwell, en passant par Paul Midy, Pieyre-Alexandre Anglade, Marie Lebec, Marc Ferracci et Patrick Vignal, tous dénonceront par avance les « alliances douteuses », des socialistes avec LFI, et des Républicains avec le RN.

Plus que tout scrutin à deux tours, les municipales sont un cas complexe à gérer pour les états-majors. Les pièges sont partout. A Toulouse par exemple. Les 20 % promis au candidat LFI seront indispensables aux socialistes pour emporter la ville. Même situation à Limoges. A Avignon, le maintien de l’insoumise Mathilde Louvain pourrait faire basculer une ville détenue par le PS depuis 2014. « Il faut admettre l’idée qu’il pourra y avoir des sacrifices », prévient l’ex-sénateur PS, David Assouline, pour qui cette clarification sera gage de crédibilité à la présidentielle.

Des « sacrifices » qu’il faudra faire avaler aux candidats. A Lyon, où Jean-Michel Aulas est donné favori face au maire écologiste Grégory Doucet, la gauche pourrait être tentée de sauver des mairies d’arrondissement en s’alliant à LFI. La députée Sandrine Runel, cheffe de file du PS à Lyon, a testé cette hypothèse auprès des membres de son courant. « Non, mais vous avez perdu, tu n’as pas compris ? Vous voulez le déshonneur en plus de la défaite ? », lui a rétorqué un anti-LFI, canal historique.

Pour ne pas être pris par le temps, Renaissance a cherché à écrire un maximum de scénarii à l’avance selon les configurations probables de chaque ville. Ses cadres souhaiteraient voir la situation déminée dès lundi matin. Des référents régionaux seront chargés dans la nuit, de faire remonter les situations locales à Franck Riester et Gabriel Attal. Un bureau exécutif est également prévu.

Dossiers sensibles

Le parti aura peu de têtes de listes à gérer, mais quelques dossiers sensibles. A Annecy, Antoine Armand devra adapter sa stratégie en fonction de sa position, devant ou derrière l’ancien maire LR, Jean-Luc Rigault, parti en dissidence. A Bordeaux, Thomas Cazenave aura à convaincre le candidat indépendant de droite, Philippe Dessertine, de rejoindre son alliance du « socle commun » contre le maire écologiste Pierre Hurmic. A Besançon, les macronistes pourraient jouer les intermédiaires entre Horizons et LR pour tenter de battre la gauche.

Les Philippistes aussi seront sur le pont. Mardi, Edouard Philippe a consacré un bureau politique entier à l’organisation de cette soirée. Depuis Le Havre, où l’édile est donné en difficulté, il réunira les siens à plusieurs reprises en visio.

Le cas de Paris sera particulièrement sensible. Un maintien du secrétaire général d’Horizons, Pierre-Yves Bournazel, viendrait obérer les chances de Rachida Dati. Les Philippistes soupçonnent toujours Gabriel Attal de plaider pour ce scénario dans le seul but d’affaiblir leur chef. A Renaissance, on assure que le parti ne sera pas « proactif » dimanche soir. Porte-parole de la campagne, la macroniste Marlène Schiappa est tout de même attendue dès 21 heures sur TF1.

Les Républicains ne chômeront pas non plus dimanche et lundi. Bruno Retailleau s’exprimera dès 20h45 depuis le siège du parti. Nîmes, dernière ville de plus de 150 000 habitants encore tenue par la droite, les concerne en premier lieu. Représentés par Franck Proust, LR, alliés à Horizons, s’agacent de la concurrence d’un candidat Renaissance en mesure lui aussi de se qualifier au second tour. « A Nîmes, c’est Renaissance qui a pris une responsabilité très lourde », accuse déjà un responsable LR.

Et que dire de Marseille ? Martine Vassal va vivre 46 heures très longues. Donnée loin derrière Benoît Payan (PS) et Franck Allisio (RN), la candidate a déjà reçu une offre d’« union » de ce dernier. L’intéressée a refusé, mais peut s’attendre à une pression forte pour acter l’« union des droites ».

Cas épineux

Au fil de la soirée, les responsables du « socle commun » se parleront à distance. Il y aura « bien sûr des contacts » en fonction des cas, confirme Bruno Retailleau, en évoquant notamment les villes de Paris et Nîmes. Le président des Républicains fait toutefois le pari que les cas épineux seront peu nombreux.

Nombreux ou pas, ils mobiliseront les compétences en relations humaines des directions des partis. Commander le retrait d’un camarade, c’est lui demander de tirer un trait sur l’ambition d’une vie. Le sénateur PS du Nord Patrick Kanner se souvient du coup de fil de Manuel Valls reçu au soir du premier tour des régionales 2015 : le RN peut remporter les Hauts-de-France, il faut s’effacer au profit de Xavier Bertrand. « C’était un drame absolu pour notre tête de liste Pierre de Saintignon, le rêve d’une vie qui se brisait, il fallait aller vite. La pression de l’exécutif était forte », raconte le chef des sénateurs PS.

La force ne suffit pas en pareille occasion. Il faut aussi faire preuve d’inventivité. 2015, toujours. La direction du PS appelle son candidat en Paca, Christophe Castaner, à se retirer au profit de Christian Estrosi pour faire barrage à Marion Maréchal. « Je ne le ferai jamais, c’est faire disparaître le socialisme en PACA », répond l’intéressé à Jean-Christophe Cambadélis. Manuel Valls et François Hollande appellent. Un Président et son Premier ministre ne suffisent pas. « Camba » trouve la parade à quelques minutes du dépôt des listes : « Dis que le national te l’a imposé par un acte d’autorité. »

Eventail des galères

Dans l’éventail des galères, il y a aussi le scénario du forcené. En 2015, dans la région Grand Est, le socialiste Jean-Pierre Masseret brave la consigne de son parti et dépose sa liste pour le second tour lundi en fin d’après-midi alors que les responsables du PS défilent encore dans les médias pour le mettre sous pression.

L’entourage de Gabriel Attal assure que de telles têtes brûlées ont été écartées dès l’investiture et qu’il n’y aura aucun problème de fusions problématiques. Comment s’en assurer alors que les partis manquent de petites mains et de muscles pour imposer leur loi aux candidats ?

Une ancienne participante aux discussions d’entre-deux tours des municipales 2020 livre quelques conseils à ses successeurs : aller très vite, être vigilants, bien organisés mais pas trop nombreux. Ah, un détail : pour appeler les candidats, mieux vaut avoir un bon réseau 4G. Ça vous paraît évident ? En 2020, le siège de La République en marche était si mal couvert que les macronistes avaient songé à louer une salle à l’extérieur.