Bruno Retailleau au siège du parti LR à Paris, le 25 mars 2026. Paul DELORT/Le Figaro Magazine

Politique

Primaire, union des droites, critiques internes... Alors que les adhérents seront consultés le 18 avril pour définir le mode de désignation du candidat LR à la présidentielle, le chef de la droite défend sa stratégie avec conviction.

Le Figaro - 26 mars 2026 - Par Claire Conruyt, Emmanuel Galiero et Marie-Cécile Renault

 

LE FIGARO. - Mardi soir, le Bureau politique consacré à la primaire LR a abouti à un vote et suscité de vives critiques. N’est-ce pas un frein à votre candidature présidentielle ?

Bruno RETAILLEAU. – D’abord, les critiques ont été marginales : le bureau politique a adopté à la quasi-unanimité le choix de consulter les adhérents. Pour les rares récriminations, elles étaient motivées par des ambitions personnelles. LR ne doit pas retomber dans ses mauvaises habitudes : la désignation du candidat ne peut pas résulter d’arrangements entre chapeaux à plumes. L’opacité, c’est terminé. J’ai comme seules exigences la transparence et la démocratie. C’est l’engagement que j’avais pris devant les militants et que j’ai fait inscrire dans nos statuts.

David Lisnard a qualifié de “truqué” le vote qui valide cette consultation des militants. Que lui répondez-vous ?

La décision de David Lisnard est tout sauf une surprise. Visiblement, il a trouvé le prétexte pour justifier une aventure personnelle qu’il nourrit depuis longtemps. Je le regrette car je pense que nous avons beaucoup de convictions en commun. Tout a été fait dans les règles. Un comité de travail, sous la houlette de Gérard Larcher, a auditionné ceux qui avaient un avis sur le mode de désignation du candidat LR : Laurent Wauquiez, Jean-François Copé, Michel Barnier, et David Lisnard qui avait d’ailleurs reconnu qu’il appartenait à chaque parti de désigner son candidat. Trois questions seront soumises à nos adhérents, le 18 avril prochain : souhaitez-vous une primaire interne ; une primaire un peu plus ouverte avec la possibilité pour les sympathisants de voter (et non pas seulement les adhérents) ; ou bien, que le président du parti soit le candidat des Républicains ?

Qui imagine Xavier Bertrand soutenir Éric Zemmour ? Ou qui me voit faire campagne pour Gabriel Attal ? Soyons sérieux. Arrêtons de prendre les électeurs pour des imbéciles

Bruno Retailleau

Parmi ces trois options, laquelle a votre préférence ?

Celle que les adhérents, qui ont toujours raison, choisiront. On ne peut pas déplorer l’abstention, la fatigue démocratique, et ne jamais consulter les gens. Ce sera aussi le cœur de mon projet pour le pays.

Certains ne voient pas comment vous pourriez concilier vos deux ambitions de président LR et de candidat à la présidentielle…

Sérieusement ? Est-ce qu’on reproche à Jordan Bardella ou à Édouard Philippe d’avoir des ambitions présidentielles tout en présidant leur formation politique ? C’est d’ailleurs le rôle des partis. Je n’ai pas été élu à 75% par les militants pour jouer aux boules.

Quid de l’hypothèse d’une seconde primaire élargie à la droite et au centre, comme cela a été évoqué ?

Je ne consacrerai pas une minute de mon temps, de mon énergie, à essayer d’échafauder des mécanismes auxquels plus personne ne comprend rien. Il y a autant de formes de primaires que de défenseurs de la primaire. Qui imagine Xavier Bertrand soutenir Éric Zemmour ? Ou qui me voit faire campagne pour Gabriel Attal ? Soyons sérieux. Arrêtons de prendre les électeurs pour des imbéciles. Plutôt que d’essayer de construire des usines à gaz, moi je trace ma route, car je veux que LR ait un candidat pour 2027.

Un large rassemblement n’est-il pas la condition pour gagner ?

Bien sûr. Mais une candidature unique ne peut être que l’aboutissement d’une dynamique, et non pas le produit d’une synthèse molle. Il faut une rupture radicale. Car le bilan du macronisme est désastreux. Désastreux sur le plan économique avec un endettement pharaonique et un appauvrissement des Français. Désastreux sur le plan régalien. Emmanuel Macron n’a jamais voulu assumer la fermeté, ni migratoire, ni sécuritaire et encore moins vis-à-vis de l’entrisme islamiste. Enfin, désastreux sur le plan politique. Emmanuel Macron a voulu faire table rase des partis traditionnels, mais au prix du renforcement des deux ailes radicales. Jamais le Rassemblement national n’aura connu des scores aussi élevés dans les enquêtes d’opinion qu’à la fin de ce quinquennat. Je ne laisserai pas à Jordan Bardella le monopole de la rupture. Car j’en suis convaincu : un candidat macroniste ne pourra pas être élu président de la République.

Vous pensez à Édouard Philippe ?

J’attends ses propositions. Mais je pense que tôt ou tard, Édouard Philippe sera rattrapé par le bilan d’Emmanuel Macron. Avec Michel Barnier, je ne suis pas devenu ministre d’un gouvernement macroniste mais un ministre de l’Intérieur en cohabitation. Que ce soit sur l’Algérie, sur l’immigration et sur tant d’autres sujets, j’étais en désaccord avec le président de la République. Je suis entré au gouvernement pour faire barrage à la gauche et j’en suis sorti lorsque j’ai constaté que Sébastien Lecornu allait céder aux injonctions d’Olivier Faure, dont on a vu le comportement scandaleux vis-à-vis de LFI. Je viens d’apprendre que le gouvernement hésitait à inscrire la proposition de loi portant sur la rétention des étrangers dangereux, portée par Michel Barnier, au motif que cela pourrait heurter la gauche. Franchement, quel manque de courage ! Il s’agit de la sécurité des Français ; je rappelle que Philippine a été tuée par un étranger dangereux. Et le gouvernement craint les socialistes, alliés de LFI ? Je suis convaincu que les Français ne se laisseront plus berner par le "en même temps". C’est la leçon des élections municipales : le macronisme a échoué à s’implanter en France. Nous sommes au bout d’un cycle. Les Français veulent rompre avec les vieilles habitudes et nos réponses ne peuvent pas passer par des rustines et du rafistolage. Il ne faut pas affadir nos idées dans une soupière d’eau tiède. Ma ligne est celle d’une radicalité raisonnable. Radicale parce qu’il faut une rupture profonde avec le macronisme, et raisonnable parce que pour présider un grand pays, il faut du sérieux et non pas les recettes démagogiques du Rassemblement national.

Je ne bouge pas d’un iota sur l’union des droites. Je n’y ai jamais cru, je n’y crois pas et je n’y croirai jamais. Les jeux d’appareil et la tambouille politicienne ne font pas partie de mon logiciel

Bruno Retailleau

Aux yeux de Laurent Wauquiez, votre stratégie risque d’entraîner la mort des LR. A-t-il raison ?

Ce qui risque d’entraîner la mort de LR, ce serait l’absence de notre parti à la présidentielle. C’est une attitude défaitiste. Ceux qui parient sur l’échec des Républicains pour faire oublier leur propre défaite personnelle ne sont pas à la hauteur du moment. Ce sont les mêmes qui disaient que ma déclaration de candidature allait nous fragiliser pendant les municipales. Or, jamais nos résultats n’ont été aussi bons : nous sommes la première force politique locale française. La droite a gagné et le pays n’est ni à gauche, ni macroniste. Renaissance ne remporte qu’une vingtaine de communes. Quant à la gauche, nous avons très largement contribué à sa défaite en étant les premiers à dénoncer les accords de la honte, avant même le premier tour. Il est vrai que le combat a été plus dur dans les grandes métropoles, et notamment à Paris où le terrain était particulièrement difficile . La campagne puis le retrait de Pierre-Yves Bournazel ont accentué les divisions.

Deux stratégies s’affrontent en vue de 2027 : l’union de la droite et du centre et l’union des droites. Laquelle a votre préférence ?

Je ne bouge pas d’un iota sur l’union des droites. Je n’y ai jamais cru, je n’y crois pas et je n’y croirai jamais. Les jeux d’appareil et la tambouille politicienne ne font pas partie de mon logiciel. Moi je crois à la majorité nationale et je m’adresse à tous les électeurs. Ceux qui ont été déçus par Emmanuel Macron, ceux qui se sont tournés vers le RN, ceux qui ont voté pour Robert Menard à Béziers comme ceux qui ont voté pour Jean-Luc Moudenc à Toulouse.

Entre LFI et le RN, quel est le plus grand danger à vos yeux ?

Très clairement : la France Insoumise. Le RN est un adversaire, mais LFI est un ennemi, car LFI se présente comme un ennemi de la France. À Toulouse, Jean-Luc Mélenchon a dit : « Nous sommes à l’heure de la nouvelle civilisation, nous sommes la nouvelle France, le pays est à nous, à vous de vous l’approprier ». M. Mélenchon n’improvise pas, cette phrase est le condensé d’une stratégie mûrement réfléchie : la nouvelle France, c’est la fin de la France et la perspective d’un pays miné par la sécession et plongé dans la violence. Moi je crois en la permanence de la nation. L’un des piliers de mon projet politique, c’est la fierté française et le respect de notre identité profonde. Je serai le défenseur de nos modes de vie, de notre culture et de notre civilisation. Dans les jours à venir, je vais lancer un observatoire des municipalités LFI pour ne rien leur céder sur leur politique de subventions clientélistes, leur connivence avec l’islam politique, leur complaisance avec la violence, et l’entrisme idéologique dans le périscolaire et les bibliothèques. S’agissant du RN, c’est un parti social étatiste. Les tracts de ses candidats aux municipales étaient de gauche sur le plan économique : toujours plus d’argent public, de logements sociaux, etc. Un parti qui s’oppose à la réforme des retraites, à celle de l’assurance chômage, à une activité de contrepartie pour toucher le RSA, et qui vote en vingt-quatre heures trente-quatre milliards d’euros d’impôts, c’est un parti qui sera incapable de redresser la France car il précipitera notre pays dans le gouffre budgétaire.

Jordan Bardella a récemment de nouveau déjeuné avec Nicolas Sarkozy. Ce genre de rapprochement affaiblit-il LR ?

Chacun déjeune avec qui il veut.

Jordan Bardella a également fait le pari que vous finirez par rallier Édouard Philippe ?

Il avait aussi pris le pari qu’il serait à Matignon, après la dissolution. À sa place, j’arrêterais de parier.

L’implantation du RN dans le sud-est de la France préfigure-t-elle un développement national du parti à la flamme ?

Sur certains territoires, il prospère et sur d’autres, il atteint très vite son plafond de verre. Au global, nous totalisons 5,4 millions de voix au 1er tour, contre 1,2 million pour le RN. Il n’y a donc pas de fatalité. Et quand on a un bon projet, de bons candidats et que l’on reste fidèle à sa ligne, on fait reculer les démagogues. Je veux d’ailleurs rendre hommage à notre commission d’investiture, présidée par Roger Karoutchi, qui a su faire les bons choix. À droite, on voit monter une nouvelle génération prometteuse, souvent formée dans l’adversité. Une génération exigeante et arrimée. Je suis très fier d’elle, et c’est celle qui constituera le premier cercle de notre combat présidentiel.

Quelle est la principale différence entre cette génération et l’ancienne ?

Elle est parfois beaucoup plus libre face au conformisme, et beaucoup plus résiliente face à la police de la pensée.

Au moment d’engager LR vers la bataille présidentielle, que dites-vous à l’ensemble des chapeaux à plumes et autres barons de la droite ?

L’intervention de François Baroin mardi soir a été remarquable, de fidélité à notre famille politique et de combativité pour défendre une candidature LR de rupture à la présidentielle. C’est une voix qui compte beaucoup pour moi, et qui devra compter dans l’élection présidentielle. Pour le reste, nous appartenons tous à la même famille politique et comme moi, ils aiment la France. Notre famille politique a un destin particulier : le général de Gaulle a relevé la France à deux reprises. Chacun doit prendre conscience, au-delà de ses ambitions personnelles, du moment dramatique que vit notre pays. Et chacun doit se persuader que la victoire est à notre portée, pour peu que nous sachions faire preuve d’audace et d’unité.