Tribune
La taxe Zucman, le débat budgétaire à l'Assemblée, la percée de LFI dans les conseils municipaux : les partisans de la libre entreprise encaissent les coups sans vraiment riposter. L'économiste Nicolas Bouzou, directeur du cabinet Asterès, lance un appel urgent aux dirigeants d'entreprises à sortir de leur réserve avant que 2027 ne tourne au cauchemar fiscal.
Les Echos - 25 mars 2026 - Par Nicolas Bouzou*
Il est temps d'acter l'échec de la pédagogie économique dans notre pays. Depuis moins d'un an, nous, partisans de la libre entreprise, nous avons dû mener un combat épuisant contre la taxe Zucman, consacrant plusieurs semaines à répondre, en défensive, à des arguments relevant de pures fake news (« plus on est riche moins on paie d'impôts », « les riches cachent leur argent dans des holdings », « le capital est peu taxé en France »…).
Nous avons également assisté à un consternant débat budgétaire à l'Assemblée Nationale où 90 % des propositions des parlementaires ont consisté à alourdir la charge fiscale. Ce débat a débouché sur le renouvellement de la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, cet outil devenant le principal instrument du bouclage budgétaire, sans que la moindre réflexion sur son impact n'ait été menée.
Enfin, nous avons assisté à l'entrée de la France insoumise avec son programme de ressentiment social dans de nombreux conseils municipaux. Les défenseurs de la libre entreprise, dont l'auteur de ces lignes, se sont retrouvés, dans le débat public, à quelques-uns face à des adversaires nombreux et organisés.
Les patrons trop peu nombreux à s'exprimer
Dans ce combat, les dirigeants d'entreprises ont manqué. Certes, quelques personnalités courageuses, comme Alexandre Bompard,Nicolas Dufourcq ou Pierre Gattaz, ont élevé la voix. Certes, les grands patrons s'expriment avec clarté et pédagogie dans les nombreuses commissions d'enquêtes dans lesquelles ils sont convoqués. Certes, des représentations comme la CPME et le Medef de la Haute-Garonne ont appelé, la semaine dernière, à voter pour Jean-Luc Moudenc à Toulouse contre la liste LFI-PS-écologistes.
Mais, globalement, les dirigeants d'entreprises sont trop peu nombreux à s'exprimer, et ils arrivent dans le débat au dernier moment.
Quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c'est que, aimés ou pas,
les grands patrons sont crédibles et écoutés.
On m'oppose que le rôle des chefs d'entreprise n'est pas d'entrer dans le débat public. C'est vrai de façon générale mais ça ne l'est pas, justement, quand c'est l'entreprise elle-même qui est attaquée.
Quand un universitaire qui n'a jamais travaillé en entreprise propose, sur les principales antennes du pays, que l'Etat prélève 2 % du patrimoine professionnel des personnes qui réussissent le mieux en France, qui mieux que les personnes concernées peuvent expliquer les enjeux de cette folie ?
On m'oppose aussi que les Français n'apprécient pas les dirigeants d'entreprises, notamment les « grands patrons ». Cela demande à être vérifié. Quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c'est que, aimés ou pas, les grands patrons sont crédibles et écoutés. Quand Bernard Arnault (PDG de LVMH, propriétaire des Echos, NDLR) s'exprime pour critiquer une proposition économique, cela fait bouger le débat public. Peu de personnalités politiques ou d'intellectuels peuvent en dire autant.
Faire sans relâche la pédagogie
Si les dirigeants d'entreprises n'acceptent pas l'idée de sortir du bois, la campagne présidentielle de 2027 sera terrible. L'entreprise ne sera pas considérée autrement que comme un coffre-fort ouvert dans lequel on peut puiser à loisir pour financer les mesures les plus démagogiques. Les dirigeants d'entreprises doivent donc s'exprimer davantage dans les médias.
Leurs représentants, en particulier le Medef et la CPME, doivent faire sans relâche la pédagogie d'idées simples mais peu comprises chez nos concitoyens : ce sont les entreprises qui créent des emplois, il n'y a pas de salaire sans capital, le dividende rémunère le risque, il n'y a pas de Sécurité sociale durable sans des entreprises fortes…
Passer à l'offensive
Enfin, tous les défenseurs de la libre entreprise doivent passer à l'offensive programmatique et cesser d'avoir peur de leurs propres idées. Proposons des mesures audacieuses comme la suppression de la fiscalité sur les dividendes (financée par une baisse des aides aux entreprises) ou un acte de déréglementation dans l'esprit de Jacques Rueff au moment du retour du général de Gaulle en 1958. Nos idées gagneront si nous en sommes fiers et si nous sommes nombreux à être courageux.
Nicolas Bouzou
*Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, et directeur du cabinet de conseil Asterès. Il est l'auteur de « L'éternel sursaut » (XO Editions).
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