Gabriel Attal en entretien avec « Le Point » à Paris, le 10 avril 2026. MARC CHAUMEIL/MARC CHAUMEIL/DIVERGENCE POUR « LE POINT »

Entretien

À un an de l’élection présidentielle, l’ancien Premier ministre publie « En homme libre », à la fois bilan du macronisme, récit intime et vision pour 2027.

Le Point - 15 avril 2026 - Propos recueillis par Hadrien Brachet et Mathilde Siraud

 

Gabriel Attal sera candidat à la présidentielle. Son livre En homme libre (Éditions de l’Observatoire), dont nous publions des extraits en exclusivité, constitue le point de départ de sa campagne. C’est donc un ancien Premier ministre qui brûle de se lancer dans la bataille que nous retrouvons le vendredi 10 avril, dans le patio du siège de son parti, Renaissance – bientôt QG de campagne.

Le verbe est travaillé, la posture se veut plus grave et habitée : le trentenaire veut montrer qu’après avoir gouverné et tout vécu en accéléré au sommet de l’État, de Bercy à Matignon en passant par l’Éducation nationale, il se sent désormais prêt à présider la France. À plusieurs reprises, il se surprend à nous répondre comme s’il se trouvait déjà aux portes de l’Élysée. Celui qu’Emmanuel Macron avait qualifié de « petit frère » s’y voit 

Son ouvrage se présente à la fois comme une déclaration d’amour aux Français, un bilan de son expérience du pouvoir, un récit intime et un manifeste pour 2027. On y découvre un homme pressé, de son temps, soucieux de plaire, qui lâche ses coups contre la droite et la gauche, dresse l’inventaire du macronisme. Tantôt grisé par sa propre ascension, tantôt saisi par les maux de notre société, de l’entrisme islamiste au harcèlement scolaire.

Au fil des pages, Gabriel Attal se livre aussi sans filtre sur sa famille recomposée, son père décédé il y a dix ans, son couple avec Stéphane Séjourné, son désir d’enfant. Un témoignage éclairant d’un jour nouveau son parcours et sa personnalité, son positionnement mais aussi son rapport contrarié à Emmanuel Macron, qui l’a fait grandir mais avec qui les ponts sont coupés. À ce titre, sa narration de la dissolution fera parler. Cette nuit du 9 juin, retiré dans la chapelle du château de Souzy-la-Briche (Essonne), résidence des Premiers ministres, Gabriel Attal a songé à tout arrêter. Dix-huit mois plus tard, le voilà prêt à tenter l’aventure de sa vie, à défendre un projet de « nouvelle République », le « fondement d’un nouveau rêve français ».

Gabriel Attal en entretien avec « Le Point » à Paris, le 10 avril 2026. MARC CHAUMEIL/MARC CHAUMEIL/DIVERGENCE POUR « LE POINT »

Le Point : Ce livre est-il celui d’un candidat à la présidentielle ?

Gabriel Attal : C’est celui d’un homme libre. L’exercice du pouvoir m’a changé. Et depuis que j’ai quitté Matignon, j’ai ressenti le besoin d’écrire ; pour raconter ce que j’ai vécu, ce que j’ai vu, sur le pouvoir, sur notre pays, ses atouts, ses blocages. Avec ce livre, je veux parler au cœur des Français et repartir à leur rencontre. J’y affirme mes convictions et un projet sur lesquels je veux les convaincre. C’est une étape supplémentaire avant d’aller plus loin.

Êtes-vous prêt à être président de la République ?

Ce n’est pas une petite affaire que de se présenter à la présidentielle. Je ne serai jamais dans une candidature de manœuvre ou du quart d’heure de gloire. Il y a deux ans, je n’aurais d’ailleurs sans doute pas pu répondre à cette question. Depuis, j’ai réfléchi. J’ai eu l’expérience de gouverner le pays, je pense aujourd’hui savoir comment il faut le présider. J’ai les idées claires pour la France.

Il faut changer radicalement notre façon d’exercer le pouvoir.

C’est-à-dire ?

Au niveau national, j’ai vu ce qui ne fonctionnait pas, et j’en ai tiré des enseignements. Le premier, c’est l’entrave du pouvoir, notamment par nos finances publiques. Un gouvernement n’est plus libre quand ses choix sont entravés par la situation budgétaire. Le deuxième, c’est que notre démocratie s’est muée en « vétocratie ». Vous avez toujours, partout, quelqu’un en situation de s’opposer, de bloquer un projet. Le troisième, c’est qu’il faut changer radicalement notre façon d’exercer le pouvoir, mieux le partager pour être plus efficace. Au niveau international, le contexte a profondément changé. Ces derniers mois m’ont aussi permis de repenser une doctrine d’influence de la France en Europe et à l’international.

Lever les blocages, partager le pouvoir… C’était le diagnostic d’Emmanuel Macron en 2017 !

Nous avons beaucoup agi ces dix dernières années. Mais il est vrai que le partage du pouvoir est l’une des promesses les plus déçues du macronisme. En 2017, une grande partie des Français ont été enthousiasmés par l’idée que tout le monde pourrait participer à la transformation du pays. Ça n’a pas été le cas : ils ont perçu une gestion finalement assez classique et trop verticale du pouvoir.

Votre proposition de permettre de travailler le 1er mai dans certains commerces a suscité une levée de boucliers de la part des organisations syndicales et de la gauche. Le premier ministre vous a désavoué. C’est un échec ?

C’est l’exemple parfait de tout ce qu’il faut changer dans notre pays. Une absurdité technocratique qui permet aux McDonald’s de travailler le 1er mai mais pas à nos artisans fleuristes et boulangers, une procédure parlementaire qui ne permet plus d’avancer notamment à cause de l’obstruction de LFI, et pour finir, des manœuvres politiciennes venues de la gauche, qui instrumentalise le sujet pour des intérêts partisans. Je suis sidéré d’un tel gâchis. Ce sujet dit aussi beaucoup du rapport au travail de certains, qui sont restés enfermés dans une logique passéiste. Oui, il faut protéger les salariés, et on était d’ailleurs loin de la casse sociale sur ce sujet ! Globalement, la protection doit toujours aller de pair avec la liberté. Je défends un droit au travail pour ceux qui voudraient faire plus et en sont empêchés. Les artisans évidemment mais je pense aussi aux temps partiels subis, aux seniors qui veulent rester sur le marché et aux jeunes qui peinent à y entrer.

Est-ce que vous demandez la convocation d’une commission mixte paritaire pour permettre l’examen du texte ?

Il faut sortir par le haut de cette situation. Le gouvernement s’est engagé à ce que le problème soit réglé d’ici au 1er mai 2027, il faut que cet engagement soit tenu. En attendant, pour le 1er mai 2026, personne ne comprendrait que les artisans concernés soient sanctionnés : il faut de la tolérance pour cette année et ne pas sanctionner les artisans concernés qui souhaiteraient ouvrir leurs commerces le 1er mai.

Vous décrivez dans le livre une France plus unie qu’on pourrait le croire, mais qui doute. Difficile de tracer un cap dans ce clair-obscur…

Les Français doutent d’eux-mêmes et de leur pays, mais ils sont aussi capables du meilleur, de se rassembler. C’est cela, la beauté de notre peuple. Mais pour le réconcilier, il faut leur permettre de renouer avec un sentiment d’élévation, d’ascension. Sur le plan individuel, en leur permettant de vivre mieux de leur travail et d’avoir la certitude que leurs enfants en auront un. Sur le plan collectif, en faisant en sorte que la France progresse à nouveau. Je suis convaincu que nous pouvons grimper dans le trio de tête des pays européens dans le classement Pisa en dix ans, redevenir le pays le plus prospère d’Europe et conduire de grands projets – l’avion bas carbone, l’ordinateur quantique…

Gabriel Attal en entretien avec les journalistes du « Point » Mathilde Siraud et Hadrien Brachet, le 10 avril 2026. MARC CHAUMEIL/MARC CHAUMEIL/DIVERGENCE POUR « LE POINT »

Jean-Luc Mélenchon parle de « nouvelle France », Jordan Bardella d’un risque de « disparition de la France ». Et vous ?

Moi, je parle de la France. Je l’aime comme elle est. Je veux la faire grandir et progresser, pas la changer pour revenir à un passé fantasmé, ou pour la projeter vers un futur qui ne lui ressemble pas. Ce qui m’importe, c’est surtout d’identifier pourquoi ces thèses prospèrent et de chercher à y répondre, par exemple ce concept de « nouvelle France ». Jean-Luc Mélenchon développe cette idée pour mieux attester la thèse du grand remplacement portée par le RN. Et le RN, en déployant ses thèses anti-immigration, qui s’attaquent même aux Français binationaux, vient renforcer les discours de Jean-Luc Mélenchon sur le péril fasciste. Nous devons briser cette tenaille. La solution réside dans un projet d’espoir qui montre que l’élévation est possible pour tous, quelles que soient la couleur de peau, les origines sociales, territoriales.

On ne gagnera pas en 2027 en photocopiant 2017. J’ai aussi de vraies différences avec la ligne du président.

On en revient au projet d’Emmanuel Macron sur l’émancipation. Donc, vous reprenez la même démarche ?

La liberté est pour moi la valeur la plus importante. Quand Emmanuel Macron a créé son parti, il a fait souffler un vent de liberté à la fois économique et sociétal. Mais on ne gagnera pas en 2027 en photocopiant 2017. J’ai aussi de vraies différences avec la ligne du président, que je me suis forgées par l’exercice du pouvoir.

Sur le régalien notamment ?

Oui. Dans le macronisme des origines, il y avait l’idée que quand l’économie va, tout va. Et, donc, que sur les questions de sécurité et d’immigration, il y avait moins besoin d’agir – parce que le fait d’avoir tous un travail permettrait aux Français de bien vivre ensemble. C’est important, mais ça ne suffit pas. Quand l’économie va, tout ne va pas. Les questions régaliennes sont au moins aussi importantes que les enjeux économiques, sur lesquels nous avons eu des résultats.

La méthode du « en même temps » est-elle encore valable ?

Je crois au dépassement des clivages. C’était vrai en 2017 avec Emmanuel Macron, ça l’est encore plus au vu de l’ampleur des défis : le retour de la guerre en Europe et du protectionnisme, l’intelligence artificielle, le dérèglement climatique. Ce ne sont pas des défis de droite ou de gauche, ce sont des défis français, de notre époque. Le retour des vieux clivages créerait plus de divisions que de solutions. D’autant que, aujourd’hui, la droite n’est plus de droite et la gauche n’est plus de gauche. La droite devait être le parti qui défend l’entreprise et la compétitivité – récemment, quand ils ont eu les manettes, ils ont augmenté les impôts. La gauche devait lutter contre les discriminations – elle est aujourd’hui soumise à Jean-Luc Mélenchon, qui carbure à l’ethnicisation du débat. En revanche, le « en même temps » est devenu une forme d’effacement. Sur beaucoup de sujets, en particulier la sécurité et l’autorité, il ne peut pas y avoir de « en même temps ».

Il faut privilégier l’immigration de travail à celle du regroupement familial.

Sur l’immigration, vous défendez une « préférence travail ». Est-ce réaliste quand on n’arrive déjà pas à maîtriser les flux ?

Il faut privilégier l’immigration de travail à celle du regroupement familial. Je propose de se doter désormais de règles claires : définition des besoins par les partenaires sociaux, quotas votés au Parlement, système de permis à points pour savoir qui rentre. Sur la question des reconduites à la frontière, le pays avec lequel on a le plus de mal, c’est l’Algérie. Je plaide – sans coup de menton – pour une remise à plat complète de notre relation. C’est pour ça que j’ai appelé à revenir sur l’accord de 1968. J’appartiens à une génération qui n’a connu ni la colonisation ni la décolonisation. Et je pense qu’on doit assumer une diplomatie qui place nos intérêts en première ligne.

Je plaide pour sortir du “tout-à-27”
et assumer une Europe des géométries variables.

Que manque-t-il à l’Europe ?

La conscience de sa puissance, les réformes, notamment institutionnelles, pour s’affirmer. Le constat est largement partagé sur le risque de vassalisation, notamment dans la guerre technologique entre les États-Unis et la Chine. Les solutions sont identifiées – dans le rapport Draghi, le rapport Letta. Mais c’est toujours la vitesse d’exécution qui pèche. Sur certains sujets, c’est à cause de nos procédures. Un exemple : la Commission européenne a annoncé en septembre une clause de sauvegarde sur l’acier. C’est vital pour notre industrie. Elle n’entrera en vigueur que prochainement. En Chine ou aux États-Unis, il faut une semaine pour cela. Sur d’autres sujets, nous n’avançons pas faute d’unanimité. Je plaide donc pour sortir du « tout-à-27 » et assumer une Europe des géométries variables.

Gabriel Attal en entretien avec « Le Point », le 10 avril 2026. MARC CHAUMEIL/MARC CHAUMEIL/DIVERGENCE POUR « LE POINT »

Faut-il modifier la Constitution ?

Oui. Le rôle institutionnel du président n’est pas de s’immiscer dans tout, mais de rendre possible ce qui est nécessaire. C’est vrai dans notre rapport aux institutions européennes. C’est vrai pour adapter notre Constitution aux enjeux de notre époque, je pense notamment à la pratique du pouvoir ou aux sujets régaliens. Et c’est vrai enfin pour notre organisation administrative et territoriale. Si on veut être plus efficace, il faudra cesser de vouloir concentrer tous les pouvoirs et faire confiance aux territoires. Et insuffler un vent de liberté et de simplification pour notre organisation administrative.

Sur les finances publiques, le futur président sera contraint de prendre des décisions courageuses...

2027, c’est l’heure des choix. Est-ce qu’on croit qu’une vie meilleure est encore possible ? Si oui, on doit prendre les décisions qui s’imposent. Il faudra alors faire sauter un tabou français : 60 % de la dépense publique sont des dépenses sociales, essentiellement de retraite. Il faudra assumer des réformes difficiles, qui, si elles sont expliquées, nous permettront de rétablir nos comptes et d’investir à nouveau dans notre avenir, notamment dans l’éducation et l’innovation.

La retraite à 67 ans, ça ne sauvera pas le modèle !

Faut-il revoir notre modèle social ?

Je suis attaché à notre modèle. Mais il a été fondé dans une France qui a radicalement changé. La population active diminue et on vit de plus en plus longtemps. Nous vivons une crise de modèle où des Français qui travaillent ont le sentiment de financer un système qui bénéficie à d’autres qui ne travaillent pas. La réponse ne peut pas passer uniquement par des réformes paramétriques. C’est pour ça que je ne propose pas la retraite à 67 ans : ça ne sauvera pas le modèle ! Au contraire, en plus de créer de la désespérance face à une mesure perçue comme brutale, c’est inefficace. Le décalage de deux ans dans la dernière réforme n’augmentera l’âge de départ effectif moyen des Français que de six mois. Je propose un nouveau modèle libre, universel et productif, avec de la capitalisation.

Vous voulez « offrir davantage de droits et de libertés ». Lesquels ?

Je travaille sur des sujets comme la question des mères célibataires, la santé environnementale ou notre rapport au travail. C’est un impensé majeur de la politique alors que c’est la question la plus centrale : on doit innover. Je ne suis pas pour la réduction du temps de travail mais pour l’adapter : pouvoir travailler beaucoup plus à certains moments, et un peu moins à d’autres, en fonction des aléas de la vie. Les arrêts de travail explosent, notamment chez les jeunes. On ne peut pas faire comme si de rien n’était.

Sur le plan sociétal, vous êtes favorable à la gestation pour autrui ?

On ne doit s’interdire aucun débat. La GPA est déjà une réalité puisque ceux qui en ont les moyens y ont recours à l’étranger, deux tiers d’entre eux étant des couples hétérosexuels. Je souhaite qu’on puisse avoir une réflexion pour sortir de l’hypocrisie.

Vous évoquez vos racines juives héritées de votre père, et chrétiennes orthodoxes du côté de votre mère. Avez-vous souffert de l’antisémitisme ?

J’ai été victime d’antisémitisme depuis que je me suis engagé en politique. J’ai la chance – contrairement à ma sœur – de ne pas en avoir été victime quand j’étais adolescent. J’ai reçu des courriers, des messages sur les réseaux sociaux avec des relents antisémites. Et c’est aussi ce qui m’a permis de confirmer ce que m’avait dit mon père : « Tu as beau ne pas être juif par ta mère, tu te sentiras toujours juif parce que tu subiras comme eux l’antisémitisme toute ta vie. »

Qu’il y ait eu un avant et un après dans ma relation avec le président du fait de la dissolution, c’est un fait.

Vous consacrez plusieurs pages à la dissolution. Avez-vous été dupé par le président ?

J’ai voulu raconter factuellement cet épisode. J’ai été aux premières loges de cet événement historique. J’en ai été un témoin, comme tous les Français. C’est à chaque lecteur de se forger une opinion sur la question que vous posez. Qu’il y ait eu un avant et un après dans ma relation avec le président du fait de la dissolution, c’est un fait.

Vous assumez d’avoir mal vécu cet épisode ?

Je crois que 70 millions de Français ont mal vécu la dissolution, moi compris. Le choc de cette annonce, je l’ai moins vécu pour moi-même – j’avais décidé de proposer ma démission au président du fait du mauvais résultat aux européennes – que pour les ravages que j’anticipais pour le pays à la suite de cette décision.

Où en est votre relation avec le président ?

J’ai du respect et de la reconnaissance pour le président, à la fois pour l’homme – qui m’a permis de servir mon pays et avec qui j’ai porté des projets – et pour la fonction, qui doit être protégée – je n’ai ainsi jamais appelé à sa démission.

Est-ce un atout ou un handicap d’être considéré comme le « bébé Macron » ?

Je ne prendrai jamais les Français pour des imbéciles. J’ai été élu député en accompagnant le président, j’ai été ministre dans ses gouvernements, il m’a nommé Premier ministre. Je l’assume et je suis comptable de ce que j’ai fait dans mes fonctions, les réussites comme les échecs. C’est aussi à travers cette expérience que j’ai appris comment faire mieux, et que les Français ont pu mesurer que je suis différent du président, sur le fond et probablement aussi dans la personnalité.

En 2027, tous ceux qui ont participé à l’aventure macroniste ne seront-ils pas disqualifiés d’office ?

Je crois au contraire que la ligne que je défends, celle d’une reprise de contrôle de notre destin par le progrès et notre influence en Europe, est la plus à même d’empêcher la vassalisation de la France sur tous les sujets – économiques, technologiques, industriels, culturels. Ce sont ceux qui proposent des chemins de repli, de rétrécissement, qui seront disqualifiés.

Avec Édouard Philippe lors d’un meeting de Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons à la mairie de Paris, au Cirque d’hiver, le 10 février 2026. ELODIE GREGOIRE/ÉLODIE GREGOIRE POUR « LE POINT »

Pour atteindre le second tour, il faudra limiter le nombre de candidatures… Avec Édouard Philippe, comment vous départager ?

Il y a besoin d’une vraie campagne, puis d’un vrai rassemblement. On a vu en 2022 ce que donnait l’absence de campagne ! Il faut un vrai temps d’affirmation pour laisser un choix aux Français entre des lignes différentes tout au long de l’année 2026, jusqu’au début de 2027. Ensuite, il faudra un vrai rassemblement. Nous nous parlons avec Édouard Philippe, nous en sommes tous les deux conscients. C’est pour cela que j’ai proposé la mise en place d’un comité de liaison.

Ce « comité de liaison » qui exclut LR…

Par souci de cohérence, il inclut les partis avec lesquels nous avons gouverné entre 2017 et 2024, c’est-à-dire Renaissance, le MoDem, Horizons et l’UDI. Pour ce qui est de LR, il leur revient d’abord de clarifier leur ligne politique. Nous partageons beaucoup de choses avec des personnalités comme Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Jean-François Copé ou Gérard Larcher. En revanche, je n’ai pas compris si Bruno Retailleau souhaitait travailler avec nous ou avec l’extrême droite.

Il y a une dizaine de candidats mais les Français ne voient rien venir : ni projet, ni ambition, ni enthousiasme.

Vous le trouvez trop ambigu vis-à-vis du Rassemblement national ?

Sur l’Europe, l’État de droit, l’écologie, j’ai des divergences profondes avec Bruno Retailleau. Et on a vu à l’occasion des municipales que la ligne de LR était floue vis-à-vis du RN, lorsqu’il s’agissait de battre l’extrême droite à Nice, par exemple.

Pour le rassemblement, quelle méthode préconisez-vous ? Une primaire ? Les sondages ?

Les deux sont possibles. Je suis ouvert à toutes les possibilités.

Édouard Philippe n’est-il pas le mieux placé aujourd’hui ?

Je respecte Édouard Philippe. Les sondages auront du sens quand chacun aura affirmé sa ligne, son projet, et fait campagne pour convaincre. Or, à ce stade, il y a une dizaine de candidats mais les Français ne voient rien venir : ni projet, ni ambition, ni enthousiasme. Avec Renaissance, nous avons travaillé à un projet. Tout démarre maintenant.

Appelleriez-vous, comme en 2024, à faire barrage au RN, quitte à voter LFI ?

J’explique dans le livre ce qui a conduit à ce choix, dont je montre par ailleurs qu’il a été partagé par à peu près toutes les personnalités du bloc central, y compris celles qui le rejettent a posteriori. Mon objectif restera toujours de battre les extrêmes. J’ai toujours assumé de les mettre sur le même plan : ils ont une identité différente, mais ce sont deux dangers pour la France. Aujourd’hui, au regard de ce qui s’est passé depuis deux ans, il est impossible d’appeler à voter pour LFI.

Incluez-vous Raphaël Glucksmann dans un potentiel rassemblement ?

Il y a des Français attachés, comme moi, au projet européen et à la défense de la démocratie, qui ont voté pour Raphaël Glucksmann et pas pour nous aux européennes. Pour la présidentielle, tout dépendra des projets. Pour l’instant, le préprojet présidentiel présenté par Raphaël Glucksmann semblait être, notamment sur les questions régaliennes ou économiques, un copier-coller du programme du NFP, par exemple en proposant une hausse massive des impôts ou l’abrogation des lois antisquats. Je rencontre tous les jours des Français de gauche attachés à l’ordre et à la liberté économique.

Vous évoquez dans le livre votre compagnon. Est-ce un passage obligé de parler de son couple pour conquérir le pouvoir ?

Quand vous n’en parlez pas vous-même, les autres en parlent à votre place. Je ne suis ni dans la mise en scène de mon couple, ni dans le fait de cacher qui je suis.

Quelle est la critique qui vous fait le plus mal ? 

Certaines sont injustes. Celle de privilégier la communication au fond, par exemple. J’espère avoir démontré l’inverse dans cet échange.