Entretien
À huit mois de la présidentielle, l’ancien chef de l’État fait un nouveau pas vers la candidature, à travers un livre-programme. Retraites, impôts, compétitivité, immigration… Il s’explique.
Le Point - 26 août 2026 - Propos recueillis par Hadrien Brachet et Clément Pétreault
Un retour à l’Assemblée, une association de financement, une réunion estivale avec ses soutiens au Sénat et désormais… un livre. En publiant Unir, ouvrage programmatique de 304 pages (Robert Laffont)*, accompagné de plus de 80 propositions sur les retraites, l’écologie, l’immigration ou le travail, François Hollande fait un pas important vers une candidature en 2027. « Notre devoir c’est d’être prêts », avance, à bon entendeur, l’ancien chef de l’État, qui prendra sa décision définitive « en décembre ». « Si la situation l’exige » et qu’un « rassemblement » est possible, « j’en tirerai les conclusions », confie-t-il au Point depuis ses bureaux parisiens de la rue de Rivoli, tout juste de retour de vacances.
Pas question en revanche de passer par la case de la primaire socialiste d’octobre, dont « la date choisie n’est pas la bonne ». « La plus grande urgence n’est plus simplement de rassembler les socialistes, ou la gauche, mais d’unir les Français », assume le Corrézien. Comme un avertissement à Raphaël Glucksmann, qui a, contrairement à lui, fait le choix d’y participer.
Au fil des pages d’Unir, dont Le Point publie des extraits exclusifs, le député Hollande dévoile d’ailleurs la coloration d’une potentielle campagne, à mi-chemin entre gauche et centre. D’un côté, « quotas sociaux dans l’enseignement privé », « mise à contribution des patrimoines supérieurs à 10 millions d’euros » et « tarification sociale sur l’eau ». De l’autre : retraite à 63 ans et allongement de la durée de cotisation, refus de la taxe Zucman, resserrement des règles du regroupement familial, « écologie productive » par opposition à la « décroissance ». « Nous ne sommes plus dans l’affrontement classique entre la droite et la gauche », assume François Hollande.
Le Point : Trois cents pages sur la France et ce à quoi elle pourrait ressembler en 2032, plus de quatre-vingts propositions… Soyons clairs : c’est un livre de candidature ?
François Hollande : C’est un livre qui prépare la présidentielle de 2027. Notre devoir, c’est d’être prêts. Jamais, depuis le début de la Ve République, l’enjeu n’a été aussi lourd pour la France, l’Europe et le monde. Notre pays fait face à des divisions qui l’inquiètent, à des désordres dans la gestion de l’État qui le découragent et à un déclassement qui nourrit en son sein le populisme. Je veux montrer qu’il y a un chemin, celui du rassemblement sur l’essentiel. Nous ne sommes plus dans l’affrontement classique entre la droite et la gauche. L’une et l’autre sortent abîmées après dix ans d’une politique qui les a fracturées au bénéfice des extrêmes. Ce qui compte en 2027, c’est la capacité de réunir les Français autour d’un projet sur l’avenir de leur nation.
Qu’est-ce qui, dans ce livre, n’aurait pas pu être écrit par le François Hollande de 2012 ?
Le monde n’a que peu à voir avec ce qu’il était lorsque je suis entré à l’Élysée. Certes, les puissances entretenaient déjà des conflits latents, une tourmente financière s’était abattue sur nos économies, le terrorisme islamiste commettait des crimes abominables. Mais aujourd’hui, la planète est déchirée par des guerres interminables et effroyables. Notre principal allié est devenu un concurrent, pour ne pas dire un adversaire. La Chine accède au rang de superpuissance. Les catastrophes climatiques se multiplient sous nos yeux et menacent la vie sur Terre, l’intelligence artificielle et les algorithmes bouleversent nos emplois et nos comportements.
Quant aux dettes, elles s’accumulent à mesure que les inégalités s’amplifient. Je ne présente donc pas un programme qui serait celui de 2012 en mieux. Mes valeurs n’ont pas varié, simplement, les conditions de l’exercice politique ont profondément changé, les épreuves exigent des transformations courageuses car la pérennité de notre démocratie n’est plus assurée.
Et vous, vous avez changé ?
Je ne vais pas vous faire le coup du « Vous savez, j’ai changé », même si la fonction vous élève. J’ai, sûrement, l’expérience du pouvoir, mais surtout celle d’avoir, depuis 2017, sillonné la France, et ce que j’ai vu de la société française m’amène à avoir une approche différente de la manière de présider et des choix à faire.
"Des erreurs, bien sûr que j’en ai commis."
Vous dites avoir beaucoup « appris » au cours de ces dix dernières années. Vous reconnaissez des « erreurs » durant votre mandat. Lesquelles ?
Des erreurs, bien sûr que j’en ai commis. Il y a ce qui relève de la méthode : comment on commence un mandat, comment on explique les décisions, comment on perd peu à peu le contact avec le pays. Et puis il y a eu des erreurs dans le choix des personnes (rires). J’ai aussi trop pensé que les résultats économiques finiraient par produire d’eux-mêmes des effets politiques et sociaux. Mais on apprend de ses erreurs comme de ses réussites.
Ai-je eu tort de soutenir les entreprises pour créer des emplois, de rétablir les comptes publics dans la justice fiscale et d’affronter avec la COP21 la question climatique ? Sur le plan international, j’assume les choix cruciaux que j’ai faits pour notre sécurité et notre défense, face au terrorisme. En Afrique, comme au Levant, sans oublier la lucidité dont j’ai fait preuve à l’égard de la Russie de Poutine.
Quelle a été la décision la plus difficile de votre quinquennat ?
Envoyer des soldats dans des opérations militaires périlleuses. C’est la responsabilité majeure du président. Je suggère de ne pas l’oublier dans la préparation du scrutin qui vient. Être président, ce n’est pas simplement réussir à se faire élire, c’est décider de la vie, de la mort, d’engager ou non un conflit, de livrer ou non des armes, de rompre ou pas avec tel ou tel dirigeant du monde, et de disposer de la force de dissuasion nucléaire.
L’Europe doit-elle apprendre à faire sans les États-Unis ?
Aujourd’hui, ce n’est plus sans, c’est déjà contre, si l’on songe que Donald Trump a refusé de protéger l’Ukraine, qu’il a engagé une guerre avec l’Iran au risque de paralyser le monde entier et qu’il inflige à l’Europe des droits de douane pour contrarier nos exportations. Ça vaut aussi pour le Canada, l’Australie et même la Corée du Sud, puisqu’il confesse des indulgences à l’égard du voisin qui menace avec ses armes nucléaires ce pays libre.
Barack Obama n’avait pas compris que la non-intervention en Syrie pouvait avoir des conséquences au-delà même du Moyen-Orient, notamment en Ukraine, mais il n’avait jamais adopté une attitude hostile à l’égard de l’Europe. Faisons de l’éloignement de « l’allié » américain une opportunité, à condition que l’Europe sache se défendre par elle-même et acquière son autonomie stratégique. D’où la nécessité pour le prochain président de retisser le lien aujourd’hui distendu avec l’Allemagne.
"Emmanuel Macron pensait évoluer dans un monde douillet et rationnel."
Vous racontez dans le livre que vous vous êtes amusé à demander à l’intelligence artificielle de faire le bilan de votre quinquennat. Nous nous sommes livrés au même exercice avec Grok, l’IA d’Elon Musk, réputée peu flagorneuse. Son verdict : l’héritage de François Hollande serait « plus macronien que socialiste »…
Cette IA a dû être victime d’une ingérence de LFI ! Je ne suis pas sûr que l’algorithme d’Elon Musk connaisse bien le socialisme… Si cela avait été le cas, il en aurait conclu que la social-démocratie, c’est l’acceptation de la réalité pour la transformer. Emmanuel Macron, pendant dix ans, n’a que peu transformé, et s’est trop souvent écarté de la réalité. Il pensait évoluer dans un monde douillet et rationnel, il était bercé par l’illusion que le charme et la séduction pouvaient opérer sur les autocrates. Or, on ne peut convaincre que par le rapport de force.

Avec Julie Gayet, qu’il accompagnait au Festival du film francophone d’Angoulême, le 24 août 2026. ELODIE GREGOIRE/ÉLODIE GREGOIRE POUR « LE POINT »
Vous appelez de vos vœux une « nouvelle gauche ». Qu’est-ce qui ne va pas dans la gauche actuelle ?
La gauche sociale-démocrate ne croit pas suffisamment en elle-même. Ce n’est pas nouveau : le PS a toujours entretenu un rapport ambigu au pouvoir, qui consiste à vouloir y accéder tout en ayant peur de l’exercer. Il doit assumer son rôle de force de gouvernement et son hégémonie sur le reste de la gauche.
Hélas, le Parti socialiste a pris une position plutôt secondaire ces dernières années, laissant place à une radicalité qui lui barre la route. Tout le monde sait que Jean-Luc Mélenchon est hors d’état d’accéder à l’Élysée. Lorsqu’il range la droite et le centre dans le camp des alliés de l’extrême droite, il confirme que sa logique est celle de l’échec et que son pari est celui de l’affrontement attendu entre « eux et nous », laissant croire qu’il n’y aurait rien entre LFI et le RN. Eh bien si : il y a le peuple français !
Vous de nouveau président, vous ne revenez pas à la retraite à 62 ans ?
Non. Au 1er janvier 2028, l’âge légal sera aux alentours de 63 ans. Il faudra partir de là, puis allonger les durées de cotisation au fur et à mesure de l’évolution de l’espérance de vie et des déséquilibres démographiques, à travers un mécanisme d’ajustement à la main des partenaires sociaux. Un consensus commence aussi à s’établir sur l’introduction d’une part de capitalisation. Mais ce régime additionnel ne produira pas ses effets avant une, voire deux décennies. Quant aux règles d’indexation des retraites, elles devront également être revues.
Vous êtes donc d’accord avec Sébastien Lecornu, qui envisage de désindexer certaines pensions de retraite !
Si j’avais utilisé durant mon mandat la méthode actuelle du gouvernement, qui consiste à annoncer des mesures pour les retirer ensuite, j’aurais été mis au pilori ! Si un effort est réclamé à une catégorie de la population, il doit s’inscrire dans un schéma d’ensemble destiné à rétablir sur plusieurs années les comptes publics et dans lequel les plus fortunés sont sollicités et certains abus corrigés, sans oublier les superprofits des entreprises. C’est à cette condition que la désindexation partielle des retraites peut être envisagée au-delà d’un certain seuil de revenus.
"il faut rapprocher le salaire net du brut. Je propose donc une baisse des cotisations salariales."
Vous insistez sur la nécessité de revaloriser le travail. Pouvez-vous nous expliquer le mécanisme que vous imaginez ?
L’allègement des cotisations patronales a été engagé pendant mon mandat. Il a été consenti aux entreprises pour améliorer leur compétitivité et créer des emplois. Désormais, pour que les salariés bénéficient davantage de leur travail, il faut rapprocher le salaire net du brut. Je propose donc une baisse des cotisations salariales, financée par une contribution qui toucherait une partie des grosses successions et par un mouvement sur les taux de la TVA.
En quoi est-ce différent de la TVA sociale de Nicolas Sarkozy ?
Contrairement à la TVA dite improprement « sociale », il ne s’agit pas de réduire les cotisations des entreprises mais celles des salariés. Par ailleurs, je ne propose pas un relèvement général de la TVA. Le taux normal de 20 % passerait progressivement à 24 %, c’est-à-dire la moyenne européenne, mais sur l’énergie, y compris les carburants, et les produits de première nécessité, notamment alimentaires, le taux réduit de TVA à 5,5 % serait ramené à 0 %. Ce serait un soutien significatif à la consommation des couches populaires et moyennes.
"Je ne suis pas libéral. […] Mais je ne suis pas pour un État mal géré !"
Dans votre livre, vous assumez la politique de l’offre menée pendant votre quinquennat, vous parlez de compétitivité des entreprises, vous refusez le « relèvement » massif du smic ou la taxe Zucman. Êtes-vous devenu un libéral de gauche ?
Non. Je ne suis pas libéral. L’État a un rôle à jouer, en particulier pour la transition écologique ou l’investissement dans les nouvelles technologies. Mais je ne suis pas pour un État mal géré ! Je ne sais pas ce que proposeront les différents candidats, mais le premier programme, avant de décider de toute dépense nouvelle, doit être de dire comment nous allons sortir de l’endettement public et comment nous allons changer le fonctionnement et l’organisation des grands services publics si essentiels, comme l’éducation et l’hôpital.
Le « Mon ennemi, c’est le monde de la finance », vous le referiez ?
Je l’exprimerais d’une manière différente. Notre ennemi actuel est bien plus dangereux. Regardez les milliards de dollars que les Gafam lèvent ou ce dont est capable Elon Musk pour capter nos données… En 2012, après la crise des subprimes, il nous fallait des règles pour maîtriser les désordres de la finance ; aujourd’hui, nous devons nous armer juridiquement et économiquement face aux géants de la tech…
Pour revenir dans la course, il faudrait quasiment un plan Marshall de l’IA et de la technologie en France et en Europe. Sommes-nous vraiment outillés ?
L’objectif, c’est de lever des capitaux au niveau européen. Notre épargne ne doit plus aller aux États-Unis ou ailleurs, mais être mise au service de notre mutation technologique et énergétique, comme le préconisait le rapport Draghi. Reste à l’Europe de montrer qu’elle est capable de se doter des instruments de la puissance, notamment avec l’IA, et d’une capacité d’investissement dans les infrastructures pour nous adapter au réchauffement climatique et en atténuer les effets.
Vous défendez une « écologie productive ». C’est l’antithèse de la décroissance ?
L’écologie politique s’est rendu un mauvais service à elle-même en laissant penser qu’elle impliquait une décroissance. Au contraire, le règlement de la question climatique est un levier d’activités et d’emplois. Tout ce que nous allons gagner en économisant de l’énergie fossile nous rendra beaucoup plus compétitifs à moyen terme, dans une sobriété consentie, au moment où les États-Unis vont prendre du retard en matière d’énergies renouvelables et d’innovations technologiques. D’où la nécessité d’une planification écologique pour sortir le plus vite possible du carbone, avec une électrification massive des usages et une isolation de nos logements au nom de l’« habitabilité ».
Vous expliquez qu’il manque un véhicule électrique emblématique et populaire. Vous ferez la nouvelle 2 CV ?
Plutôt la nouvelle R5 ! Car si la place de la voiture diminue dans les villes, elle reste le moyen de déplacement le plus commun. Je préconise une action publique d’envergure afin qu’il y ait, sur une large série, des subventions pour faire baisser à moins de 10 000 euros l’achat d’un véhicule électrique, notamment à destination des usagers pour lesquels le véhicule est un bien essentiel. C’est à la fois un enjeu de pouvoir d’achat, d’écologie, d’industrie mais aussi d’indépendance. Ce sera la marque d’un progrès pour tous !
Sur le nucléaire, vous avez nettement changé d’avis, non ?
En 2012, après Fukushima, le nucléaire représentait 70 % de la production d’électricité. Il fallait diversifier, avec davantage d’énergies renouvelables. Mais, à l’avenir, la part du nucléaire restera à un niveau plus élevé que celui que j’avais prévu, notamment avec le lancement de nouveaux EPR, mais surtout avec la prolongation de nos centrales. Un large consensus prévaut désormais sur le mix énergétique. Il n’y a que LFI qui propose la sortie du nucléaire et va jusqu’à souhaiter la réouverture du Nord Stream avec la Russie ! Allez comprendre !
L’inverse de la fermeture de Fessenheim, donc…
La fermeture de Fessenheim, qui est d’ailleurs intervenue après mon mandat, va contribuer à des recherches particulièrement utiles pour le démantèlement des plus vieilles centrales dans le monde.

François Hollande en entretien avec « Le Point » dans ses bureaux de la rue de Rivoli, à Paris, le 24 août 2026. ELODIE GREGOIRE/ÉLODIE GREGOIRE POUR « LE POINT »
Vous consacrez un passage à « la gauche et l’ordre », aux antipodes de certains discours sur « la police [qui] tue ». Ne vous sentez-vous pas un peu seul à gauche ?
Il y a, dans la société, une aspiration non pas à un ordre brutal ou à une dérive autoritaire sans limites, mais à des règles et à leur respect. La gauche doit épouser cette demande et assurer la protection des plus exposés à l’insécurité, notamment dans les quartiers populaires. Le souvenir du rapport des Français à la police au moment des attentats reste gravé dans ma mémoire.
Depuis, le lien de confiance s’est dégradé. Je le déplore. La relation entre ceux qui représentent la rigueur de la loi et ceux qui ont à la connaître est indispensable à la cohésion du pays. Et, à cet égard, la lutte contre le narcotrafic est centrale. Il détruit la vie en commun et enrôle des mineurs pour la commission d’actes odieux. Les trafics de stupéfiants sont même utilisés par des puissances étrangères pour nous atteindre directement. En ce sens, le combat contre ces mafias est une question de défense nationale.
"L’immigration subie ne peut être acceptée. Elle doit être voulue."
Sur l’immigration, vous proposez de « resserrer » les règles du regroupement familial ou de fixer, via le Parlement, les volumes d’immigration de travail. C’est l’immigration choisie ?
L’immigration subie ne peut être acceptée. Elle doit être voulue, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Compte tenu de nos perspectives démographiques, il sera nécessaire d’évaluer chaque année le besoin de travailleurs supplémentaires, occasionnels ou durables.
Sur le regroupement familial, c’est un droit reconnu mais dont les conditions doivent être resserrées, notamment sur la connaissance de notre langue et le respect de la liberté des femmes. Il y a également des abus sur certains mariages à l’étranger avec des mineurs contre lesquels nous devons lutter. Concernant l’immigration clandestine, il faut exercer une pression par tous les moyens sur les pays qui n’acceptent pas le retour de leurs ressortissants.
Vous évoquez la commission parlementaire sur l’audiovisuel public. Vous président, vous pérennisez le budget de 3,9 milliards d’euros annuels ?
Oui. Je regrette que la redevance ait été supprimée. C’était un mécanisme qui assurait son indépendance. Nous avons besoin d’un audiovisuel public fort. Après, doit-il rester immuable ? Sûrement pas ! Des regroupements peuvent-ils se faire ? Je n’y suis pas défavorable. Par ailleurs, l’audiovisuel public doit continuer de disposer de ressources qui ne soient pas seulement celles de l’État, comme la publicité. Enfin, le pluralisme dans les médias doit être garanti et l’autorité de régulation doit élargir son contrôle sur les plateformes.
Le PS organise une primaire en octobre. Y participerez-vous ?
Non. J’ai toujours été réservé à l’égard des primaires. Même quand j’en suis sorti vainqueur. Elles divisent plus qu’elles ne rassemblent, elles supposent d’être préparées très en amont pour avoir une participation la plus large possible. Trois millions de citoyens s’étaient déplacés en 2011. Combien seront-ils cette fois-ci ? Dix fois moins serait déjà un succès. Enfin, la date choisie n’est pas la bonne. Je respecte néanmoins celles et ceux qui s’y engagent. Ce n’est pas mon choix.
Justement, quand prendrez-vous votre décision sur votre candidature ?
En décembre. C’est là qu’arrivera le moment décisif pour une candidature. La décantation s’opérera à droite comme à gauche. La cristallisation viendra, ensuite, en février ou en mars. Jamais je n’avais connu cette espèce de précipitation avec des candidats sans projet autre que leur prétention. C’est long, une campagne présidentielle. Les sondages d’aujourd’hui n’indiquent pas le vote de demain.
"Si la situation l’exige et […] qu’un rassemblement est possible […], j’en tirerai les conclusions."
Mais vous êtes prêt à être à nouveau président ?
Ma vie dépend-elle de l’élection présidentielle ? Non. J’ai déjà exercé cette fonction et, d’une certaine façon, j’ai accompli mon destin. Je vis sereinement sans le pouvoir. Mais je mesure la gravité de la situation. Si la situation l’exige et que j’ai la conviction, au mois de décembre, qu’un rassemblement est possible et que je peux en être l’expression, j’en tirerai les conclusions. Si, en revanche, une candidature proche de ma sensibilité s’est imposée avec une perspective de victoire, pourquoi viendrais-je troubler la donne ? Mais il faudra qu’on m’en fasse la démonstration.
Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy ont tous les deux échoué à revenir à l’Élysée. Êtes-vous meilleur qu’eux ?
Les conditions sont différentes. S’ils n’ont pas réussi, c’est qu’ils voulaient simplement recommencer. Or, si un ancien président peut imaginer le redevenir, c’est pour inventer et lever une espérance. Pas pour prendre une revanche ou tenter un recours. Il s’agit de donner la dernière partie de sa vie à la France, pour conjurer les risques d’une bascule dangereuse et ouvrir une nouvelle étape dans la construction de la nation.
À ce stade, Raphaël Glucksmann est-il le candidat naturel de la social-démocratie ? Qu’est-ce qui vous différencie de lui ?
Raphaël Glucksmann a pris des positions claires sur le monde tel qu’il est et sur ce que doit être le mariage de la social-démocratie et de l’écologie. Il est sans ambiguïté sur LFI. Il a décidé, peut-être parce qu’il n’est pas dans la même situation que moi, de participer à une primaire. Or la plus grande urgence n’est plus simplement de rassembler les socialistes ou la gauche, mais d’unir les Français.
La bonne question, c’est : comment faire pour être élu président de la République ? La réponse ne tient pas dans des formules partisanes ou des arrangements tactiques. Nous ne pouvons plus rester dans les configurations précédentes. Il s’agit d’aller chercher tous les électeurs pour les convaincre d’un avenir possible pour leur pays. Pour l’instant, ils sont loin, très loin.
La Nupes ou le NFP ont donné l’impression d’alliances cacophoniques et contre nature. Vous engagez-vous à ne plus jamais faire d’alliance avec LFI ?
LFI s’est mis délibérément dans la position d’empêcher l’union de la gauche et, par ses excès, elle a contribué à diviser encore davantage la nation. Aucune alliance avec ce parti n’est donc possible, ce qui ne doit pas nous empêcher de nous adresser à ses électeurs.
Vous voulez dire que Jean-Luc Mélenchon s’est exclu de l’arc républicain ?
Il a eu des positions qui l’ont éloigné de l’arc républicain, notamment sur l’antisémitisme. Mais le problème n’est plus Jean-Luc Mélenchon ! La bataille, ce n’est pas d’être le premier d’une gauche qui représente à peine 30 % des électeurs, c’est de former une coalition des bonnes volontés, une forme d’« union sacrée » des citoyens pour la démocratie. C’est la condition pour gagner et pour gouverner. Car la fonction présidentielle va exiger de la hauteur pour offrir une vision et du compromis pour assurer la stabilité.
L’hebdomadaire allemand Die Zeit a consacré un article à la présidentielle française, qui relève sur la ligne de départ « un nombre étonnamment élevé d’anciens responsables gouvernementaux », qu’il qualifie de « has been » et qui « ne se prévalent que d’une seule chose, leur expérience ». Pourquoi vouloir y retourner ?
Y retourner ? Je n’en suis jamais sorti ! Je suis totalement libre. Je ne confonds pas l’expérience et la répétition. D’où le renouvellement indispensable des propositions au regard des défis qui nous attendent. Qui avons-nous aujourd’hui comme candidats ? Il y a ceux de la file d’attente, qui l’ont déjà été trois fois et qui se disent que la quatrième sera la bonne, que ce sera leur tour.
Et puis il y a les candidats du galop d’essai, qui pensent déjà à la prochaine fois. Enfin, il y a ceux qui disent « J’ai gouverné mais je ne suis responsable de rien ». À chacun de montrer qu’il a des solutions. Mais l’élection de 2027 va bien au-delà de la France, elle va engager le sort de l’Europe et déterminer pour longtemps notre influence et même notre identité dans le monde.
Le RN a-t-il changé depuis la première accession du FN au second tour en 2002 ?
En 2002, Jean-Marie Le Pen ne voulait pas gagner. Aujourd’hui, Marine Le Pen peut gagner. Ça change tout. Et elle n’est pas Giorgia Meloni, laquelle gouverne avec la droite classique et en bonne élève de l’Europe. L’extrême droite aurait, en cas de victoire, les mains libres et détacherait progressivement la France de l’Europe en en contestant les valeurs comme les traités. C’est le calcul de Vladimir Poutine et de Donald Trump. Le profil de ceux qui attendent son avènement devrait ouvrir les yeux des plus crédules.
* Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche, de François Hollande (Robert Laffont, 304 p., 31 €). Parution le 3 septembre 2026.
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