Politique
Crise agricole, retraites, budget 2027, impôts, présidentielle… Les vérités de Sébastien Lecornu pour la rentrée. Le Premier ministre revient sur les crises de l’été, dévoile ses premières pistes pour le budget et assure qu’il ne sera pas candidat en 2027.
Le Parisien - 29 août 2026 - Par Olivier Beaumont, Nicolas Charbonneau, Marion Mourgue, Thomas Soulié, Alison Tassin et Vincent Vérier
Après un été chargé sur le front des incendies et des multiples crises, Sébastien Lecornu attaque cette rentrée avec l’ambition de parvenir à faire adopter un budget cet automne. En exclusivité pour le Parisien, il dévoile ses premiers arbitrages, avec la promesse de ne pas augmenter les impôts. Et assurer une bonne fois pour toutes qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle.
Les Français ont vécu un été inédit et éreintant. Entre la canicule, les écoles mal équipées, les incendies, la situation économique inquiétante… La France est-elle en déclin ?
La rengaine du déclin, c’est aussi celle de la facilité, celle de ne pas voir les bouleversements du monde. La France est le pays le plus attractif d’Europe depuis des années. Son armée est forte, appuyée sur une industrie de défense remarquable, qui en fait le deuxième exportateur mondial. Elle est en pointe sur des secteurs ultra-innovants, comme l’ordinateur quantique ou le nucléaire. Je pourrais continuer. Le monde est en profonde mutation. Mais ce n’est pas la France seule, c’est tout le continent européen qui est cerné par les crises. Mais tout cela, on ne l’a pas découvert cet été. Même s’il est vrai que, d’habitude, c’était plutôt une crise après l’autre. Désormais, elles se cumulent et cela constitue un énorme défi pour l’État et les pouvoirs publics locaux. Le gouvernement est devenu un gouvernement de gestion de crises permanentes ces dernières semaines…
Lors de votre déplacement en Gironde début août, des habitants vous ont hué. Vous l’analysez comme une marque de défiance ?
Quand des Français ont tout perdu, il est normal qu’il y ait des cris de détresse. Gouverner, c’est s’exposer à l’émotion. Il ne faut pas faire de politique si on a peur de cela. Notre ligne a été de sauver des vies, il n’y a eu aucun mort civil. 200 000 personnes ont été évacuées sans dommage, ni panique. Les réseaux sociaux ont bien sûr débordé d’arguments paresseux de politiciens, alimentés par la France insoumise, qui n’ont jamais rien géré de leur vie et qui ont fait la leçon aux pompiers et aux agents de l’État… Les mêmes étaient déjà médecins pendant le Covid. Mais, quand on revient après coup sur ces incendies, l’État a tenu, y compris grâce à son échelon local. Certes, notre État fonctionne sans doute mieux face à une crise qu’en temps normal, où il est obligé de supprimer ses lenteurs.
Au-delà des Insoumis, beaucoup de Français se sont demandé pourquoi on n’avait pas assez de Canadairs…
Car personne ne leur parle assez des 9 feux sur 10 qui sont arrêtés dès leur départ avec succès… Merci à nos pompiers. Ce méga feu, auto-alimenté par son intensité, ce qui est inédit en France, a été très vite hors de contrôle et un Canadair de plus n’aurait hélas rien changé. Le vrai sujet, c’est la prévention, le débroussaillage et la manière de construire au milieu de ces forêts. Et les comportements individuels, car 9 feux sur 10 sont d’origine humaine, et la moitié de ceux-là sont criminels ! Malheureusement, le risque zéro incendie n’existe pas, surtout avec une sécheresse historique. Dire le contraire serait mentir. Enfin, heureusement que la flotte de Canadairs et plus généralement les moyens aériens ont été doublés sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron. Les faits sont têtus. Maintenant, il faut toutefois tirer les leçons de chaque crise.
Les crises de l'été
Cet été encore, les prix du carburant sont repartis à la hausse. Allez-vous prolonger les aides ?
Je souhaite prolonger ces aides. Les ministres vont relancer la concertation avec les filières. Parce que vous voyez bien que la géopolitique va continuer à s’inviter dans la vie du pays. Il faut donc qu’on continue de marcher sur nos deux jambes : l’accompagnement des filières impactées et des travailleurs les plus modestes, tout en déployant le plan électrification, qui est un vrai succès. Je l’avais lancé avant, comme la Programmation pluriannuelle de l’énergie, heureusement.

Vous allez cramer la caisse à force de prolonger ces aides…
Non, évidemment que ça coûte de l’argent, mais nos mesures sont ciblées et viennent accompagner l’activité économique. Bref, ceux qui participent à la croissance. Si vous n’aidez pas un pêcheur, son bateau ne prend pas la mer et il n’y a plus de pêche ! On n’a pas fait n’importe quoi, et on ne fera pas n’importe quoi. Le FMI l’a lui-même relevé.
Vous allez également aider des agriculteurs, touchés par ces hausses de carburant, mais aussi et surtout par la sécheresse. Il y a urgence ?
L’agriculture, c’est mon dossier numéro un de la rentrée. Il faut agir et vite. La situation est très grave, parce que l’intensité de la sécheresse, mais aussi sa précocité, ont impacté les rendements de la plupart des filières. 90 départements sont touchés par des effondrements de production, c’est du jamais-vu depuis 30 ans. Heureusement que la loi agricole a été votée car elle offre des solutions de moyen terme. J’ai demandé aux ministres concernés de se hâter en prenant les décrets d’application. L’urgence est maintenant de prendre des mesures de court terme.
Lesquelles ?
Il faut deux plans pour les agriculteurs : un plan de soutien et de sauvetage pour passer l’hiver, puis un plan de relance pour 2027. La ministre Annie Genevard a démarré les consultations, je vais m’y impliquer à ses côtés. On va faire du sur-mesure. Ces dispositions seront dans le budget 2027.
BUDGET
L’Insee a dévoilé vendredi ses chiffres de la croissance pour 2026. Ils sont très mauvais. Dans ce contexte, comment allez-vous bâtir votre budget 2027 ?
D’abord, ce budget ne sera pas le remake de celui de l’année dernière. En 2025, le désordre était surtout franco-français. Cette année, avec la guerre en Iran, le prix de l’énergie, la hausse des marchés obligataires, il est surtout international. Il appartient donc à la classe politique française de ne pas rajouter un désordre domestique au désordre international. La conjugaison des deux nous mettrait dans une situation gravissime.
Vous visez ceux qui ne veulent pas adopter de budget pour 2027 ?
Oui. Je le dis clairement : le petit jeu politique s’arrête là où commence le risque financier. On peut discuter de tout, sauf de cela. Car pendant que les responsables politiques font leurs calculs, les marchés financiers font les leurs. Et, dans une crise financière, le calendrier financier finit toujours par dévorer le calendrier politique…
Comment éviter cette dérive ?
Nous sommes dans une démocratie. Il faut respecter l’élection présidentielle. Cela impose d’abord au gouvernement de se tenir à distance des affrontements partisans, d’être disponible pour le compromis. Cela impose aussi de bâtir un budget différent, avec des mesures, pour beaucoup, réversibles, par la nouvelle majorité qui sortira des urnes. Autrement dit, ce budget, en pratique, pourra n’être qu’un budget de premier semestre. Mais dans tous les cas, il faut un budget.
Et dans le cas contraire ?
Il n’y a pas d’autres choix. Certains pourront toujours dire que la situation financière de la France est de la faute des sortants. Mais les candidats à la présidentielle seront les premières victimes de l’absence de budget. Leurs programmes pourraient être disqualifiés avant même l’élection, sous la pression des taux d’intérêt, des marchés et de l’opinion. Le réel va vite rattraper tout le monde ! Prenez l’agriculture : soit il y a un budget et un plan de sauvegarde pourra être mis en œuvre. Même chose pour les aides post-incendies en Gironde et dans les Landes, ou pour les aides carburants : toute mesure discrétionnaire tombe au 1er janvier. Ce n’est ni du chantage, ni une posture. Cela s’impose à moi comme aux candidats, c’est le fonctionnement normal d’une démocratie.
Cela signifie que vous préparez un budget « petit bras » ?
Je ne vais pas raconter d’histoires. Si j’avais une majorité absolue, je viserais le scénario idéal avec de grandes réformes sur l’Assurance maladie, les retraites ou encore l’organisation territoriale. Mais je l’exclus donc, faute de majorité. Ne faisons pas semblant, même si certains sur ma droite m’ont parfois poussé à le faire, nous n’avons pas de temps à perdre. L’autre scénario serait de laisser filer. Après tout, le gouvernement ne sera plus là dans quelques mois. Mais, ne rien faire serait irresponsable, criminel même pour le pays. Cela reviendrait à organiser nous-même un déclin irréversible. Je pourrais aussi proposer du sang et des larmes, le musée des horreurs, fait de rabots aveugles, pour redresser le déficit d’un coup. Je trouve cela nul, pour être direct. Nul socialement, nul économiquement, nul politiquement. Cela abîme la croissance et détériore ce qui fonctionne dans l’État. Son seul avantage, c’est qu’il protège cyniquement le gouvernement : il peut dire si vous ne prenez pas cette copie et qu’il y a une crise, ce sera votre faute. C’est une posture de Ponce Pilate. Je la refuse.
Que proposez-vous alors ?
Une quatrième voie. Prioriser certaines dépenses, en protéger d’autres, et faire des choix. Préférer cinquante petites décisions efficaces et intelligentes, à trois ou quatre grandes spectaculaires, mais impossibles à faire voter. C’est un chemin étroit, mais c’est le seul réaliste. Il faudra prendre des mesures difficiles. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a encore le choix de ne pas prendre des mesures brutales, comme une augmentation de la TVA. Si on rate cet automne budgétaire, la prochaine équipe, quelle qu’elle soit, n’aura peut-être plus ce choix. Elle devra prendre des mesures qui ne seront pas difficiles, mais brutales. Et le vrai courage, ce n’est pas de couper très fort. C’est de réformer assez tôt pour ne jamais avoir à couper très fort.
Concrètement cela donne quoi ?
Je proposerai aux formations politiques plusieurs grandes orientations : l’État portera l’essentiel de l’effort. Les dépenses de l’État continueront d’augmenter, mais moins que l’inflation. Pour les collectivités locales, je proposerai que leurs dépenses de fonctionnement progressent au rythme de l’inflation : ni plus, ni moins. C’est juste. Quant aux dépenses sociales, elles seront mécaniquement au-dessus de l’inflation, notamment à cause du vieillissement de la population.

Fiscalité et réduction de la dépense
Vous excluez donc toute hausse d’impôts ?
Oui. La réduction de la dépense va être absolument prioritaire pour permettre la stabilité fiscale. D’abord parce que la croissance est fragile et qu’un choc fiscal pourrait la casser. Ensuite, il y a une présidentielle, ce n’est pas à ce gouvernement de toucher aux grands leviers fiscaux, c’est aux Français d’en décider. Enfin, nos problèmes sont d’abord des problèmes de dépenses. Toute la fiscalité du monde ne les réglera pas, cela serait toujours insuffisant. C’est une manie française, on commence toujours par dire qu’on va taxer les plus riches, et à la fin, ce sont les classes moyennes qui paient !
Alors quels ministères vont voir leurs dépenses réduites ?
Je vais d’abord vous dire ceux qui vont voir leur budget préservé, même augmenté, pour mieux comprendre tout ce qui va diminuer. Car j’assume des choix. Ma priorité est d’abord de ne pas toucher à l’État régalien. Pour les Armées, 6,4 milliards d’euros de plus l’année prochaine. Pour la Justice, on continue la hausse avec 400 millions d’euros en plus pour l’année prochaine. Ils serviront notamment à la pénitentiaire et au rattrapage numérique. Et les crédits du ministère de l’Intérieur augmenteront quant à eux de 600 millions d’euros.
Ce seront les seuls ministères préservés ?
Non. Il y en a d’autres pour lesquels il me semble invraisemblable de sacrifier l’avenir. Évidemment, l’Éducation nationale, avec une augmentation de 800 millions d’euros de son budget, quand bien même les effectifs d’élèves diminuent pour des raisons démographiques. Également la Recherche, avec 500 millions en plus. Et bien évidemment l’Écologie, avec 1,1 milliard d’euros, pour renforcer le soutien aux énergies renouvelables et au Fonds vert, comme le demandaient notamment la gauche et le socle commun. Ensuite, deux autres politiques publiques seront préservées de toute baisse, pour des raisons de stabilité. Je pense par exemple au logement social et à l’apprentissage.
Donc tous les autres vont devoir se serrer la ceinture ?
Oui. Il y aura des choix politiques qui ne seront pas forcément ministériels, mais avec des approches plus sociales. Pour l’Assurance maladie, donc le ministère de la Santé, cela augmentera, mais il y aura des efforts de bonne gestion à faire. Mais sans brutalité, ni caricature. Pas d’économies par exemple sur la Complémentaire santé solidaire (ex CMU-complémentaire), qui concerne 18 millions de Français. Je n’envisage pas non plus de gel du RSA, car c’est un minimum de survie. Pareil pour les petites retraites. J’assume une ligne de gaulliste social. Concernant les arrêts maladie en revanche, tout le monde ne peut que constater les abus qui explosent ces dernières années. J’entends lancer une vraie réforme, avec les partenaires sociaux, sur ce sujet.
C’est-à-dire ?
La progression des arrêts maladie est non seulement préoccupante pour les comptes publics, mais aussi préoccupante pour l’ambiance dans les administrations et les entreprises. Trop d’abus abîme l’accompagnement des arrêts de travail de ceux qui sont vraiment malades. Il est donc impensable qu’il n’y ait pas un débat sur les arrêts maladie, sans stigmatiser ceux qui ont de vraies raisons d’être arrêtés bien évidemment.
L’impôt sur les sociétés, vous le baissez ou vous le stabilisez ?
On n’y touche pas. Il a baissé ces dernières années, pour revenir à un taux plus conforme à la moyenne européenne. C’est ce qui a permis la création de 2 millions d’emplois. On l’oublie, mais jamais il n’y a eu autant d’actifs au travail en France.
Et la surtaxe sur les très grandes entreprises, elle sera reconduite ?
Reproduire cette surtaxe à l’identique enverrait un très mauvais signal aux investisseurs internationaux. Je vais donc rouvrir les discussions avec tout le monde. C’était un impôt exceptionnel, il doit donc rester exceptionnel.
À combien fixez-vous votre objectif d’économies à faire ?
Cela dépendra des discussions que je vais débuter, mais aussi de la cible de croissance espérée pour l’année prochaine. La stabilité fiscale n’est pas l’absence de politique budgétaire, elle nous oblige au contraire à en avoir une…
Retraites, franchises médicales
Toutes ces propositions sont déjà définitivement actées ?
Non, tout cela est un point de départ dans les consultations que je vais ouvrir avec les formations politiques. Et une fois que le projet de loi de finances sera présenté, cela n’empêchera pas ensuite les évolutions au Parlement. J’avance avec méthode. En essayant de bâtir un budget qui soit réversible pour la nouvelle équipe qui arrivera au pouvoir après nous. Car j’ai la lucidité de considérer qu’il ne vivra pas toute l’année 2027.
Vous redoutez des débats tendus ?
Je ne suis pas naïf. Une campagne électorale consiste parfois à promettre tout, à tout le monde. Mais j’ai la faiblesse de penser que la situation est suffisamment grave pour que les Français se rendent assez vite compte de « qui veut raser gratis » ou pas. Quand j’entends Jean-Luc Mélenchon parler de brûler la dette, tout le monde voit bien que ça n’est pas sérieux. En réalité, c’est surtout dangereux.
Sur la désindexation des pensions de retraite et le remboursement de certains médicaments, on a entendu beaucoup de choses cet été…
Parfois tout et son contraire, en effet. Je vais ouvrir la discussion avec les parlementaires. Mais je prends un exemple : pourquoi, par manque de courage, devrions-nous continuer à rembourser des médicaments qui sont devenus moins efficaces scientifiquement au risque de retarder le remboursement de molécules nouvelles sur le marché ? Je veux une Sécurité sociale de progrès. Avec la ministre Stéphanie Rist, nous inscrirons une règle d’or dans le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, qui remet la science au cœur de l’arbitrage : lorsqu’un nouveau médicament apporte un progrès médical majeur, il est normal qu’il soit remboursé. À l’inverse, lorsqu’un traitement ancien est dépassé et n’apporte qu’un bénéfice thérapeutique faible, voire quasi nul, on doit se poser la question du maintien de son remboursement. C’est une réforme.
Et les retraites ?
J’exclus de désindexer les petites retraites. Pour le reste, c’est une discussion à avoir avec les différentes formations politiques. Certains préfèrent, je le sais, toucher à l’abattement fiscal de 10 % pour frais professionnels. Il peut y avoir débat entre ces deux approches. En tout cas, on a besoin de pouvoir financer notre branche autonomie. Dans une société qui vieillit et dans laquelle les soins coûtent de plus en plus cher pour nos anciens, comment financer ? Et comment les pensions de retraite de nos aînés pourraient être mises à contribution pour le soin des plus âgés ? Je n’ai rien tranché. Mais je pose le sujet sur la table. Car on ne peut pas demander uniquement à ceux qui travaillent de payer tous les effets du vieillissement de la population. C’est un beau débat de société, pas que budgétaire…
Avant 2027-2028, est-ce que vous allez arriver à un déficit au-dessous des 5 % ou pas ? Est-ce que vous êtes encore confiant malgré les mauvais chiffres de la croissance dévoilés vendredi ?
D’abord, l’agence de notation Fitch a maintenu vendredi la note souveraine de la France au niveau A +, avec perspective stable. Mais soyons lucides : le blocus du détroit d’Ormuz a tué toute perspective des 5 % dès le premier jour de la guerre. Nous avons pris dans la foulée des mesures nouvelles de freinage de la dépense pour 6 milliards d’euros. Mais une chose est certaine : l’absence de budget l’an prochain mettrait définitivement fin aux espoirs de déficit à 3 % pour 2029.

Le risque de censure
LFI a déjà annoncé son intention de vous censurer sur le budget 2027. Olivier Faure (PS), avec qui vous aviez obtenu un accord de non-censure, ne voit aucun compromis possible et prévoit aussi une censure. C’est déjà fichu ?
Mon sort personnel m’importe peu. Je me suis préparé depuis le premier jour à être censuré. Par définition, je n’ai pas de majorité absolue. Ce qui est grave, et absurde même, à quelques mois de la présidentielle, ce serait qu’il n’y ait pas de budget.
Vous préparez vos valises ?
Je l’ai déjà fait une fois, de moi-même (peu de temps après sa première nomination). Je suis un gaulliste, quand les conditions ne sont plus remplies pour assumer sa fonction, je remets ma démission. J’ai ressenti beaucoup de bonheur à être ministre des Armées. La notion de bonheur est moins nette ici à Matignon (sourire)… Je suis honoré de pouvoir servir mon pays comme Premier ministre. Dans quelques jours, ça fera un an. Chaque jour qui passe, je fais tout pour qu’il n’y ait pas plus de désordre dans le pays. Mais si je ne suis plus Premier ministre car censuré, je reprendrai ma liberté.
Beaucoup de cyberattaques ont eu lieu à Bercy, au ministère de l’Éducation nationale. Est-ce qu’on est protégé désormais ?
Vous pouvez mettre la porte blindée la plus solide, avec trois points de fermeture, si la clé est sous le paillasson et que vous l’avez dit à tous vos voisins, par définition, les gens rentrent ! Car c’est cela qui s’est produit, par manque d’hygiène numérique… Mais il faut éclaircir pourquoi on ne s’en est pas rendu compte plus vite. Plusieurs enquêtes sont en cours, et elles avancent vite.
Y aura-t-il des sanctions ?
J’ai demandé aux ministres des enquêtes administratives.
De plus en plus de ministres s’engagent derrière des candidats alors que vous leur avez demandé de se tenir loin de 2027. C’est le cas de Gérald Darmanin qui invite ce dimanche Édouard Philippe à sa rentrée politique. Ils peuvent rester ministres ?
Je n’ai jamais dit que le gouvernement était neutre, ce n’est pas un gouvernement technique ! Moi-même, je suis un élu. Les ministres ont bien le droit de dire du bien d’un candidat à la présidentielle. Par contre, je ne veux pas que de dire du bien de l’un conduise à dire du mal des autres. Le gouvernement doit être un facteur d’apaisement. Je leur demande de se tenir loin de la campagne active et des affaires partisanes.
En même temps, quand vous recadrez vos adversaires à l’Assemblée, c’est une forme d’engagement ?
À chaque fois, ils franchissent toujours la même ligne rouge : ils s’en prennent toujours à l’État, en le confondant avec le gouvernement. Comme chef de l’administration, mon rôle est de protéger l’État et le travail de ses agents. La violence des caricatures fait un mal fou au rapport que les Français ont avec leur État.
Est-ce que vous diriez comme Bruno Retailleau que LFI, ce sont des « collabos » ?
Le mot est chargé de quelque chose de particulier dans notre histoire. Mais parfois, vu leur comportement, on peut dire que la France n’a pas besoin d’adversaires extérieurs…
Est-ce que votre décision est claire, vous ne serez pas candidat en 2027 ?
Je ne sais pas dans quelle langue il faut que je le dise ! Le gouvernement est un gouvernement de mission, pas un gouvernement en campagne : comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle. Je ne me mêle pas de la campagne présidentielle, et je demande donc aux candidats à la présidentielle de ne pas entraver davantage l’action du gouvernement, au service de l’intérêt général.
Aucun soutien jusqu’au mois d’avril, de votre part ?
Ma priorité, c’est de m’opposer au désordre et de donner un budget à la France.
Est-ce que les sondages présidentiels vous inquiètent ?
Prudence avec les sondages. En revanche, il ne faudrait pas que l’on ait à la fin plus de candidats que d’électeurs…
Est-ce que vous envisagez un remaniement avant les discussions budgétaires ?
Non.
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