Éditorial
Il y a urgence. Baisser les dépenses, et même les impôts, plutôt que de laisser filer un peu plus encore les déficits serait le début du courage.
FigaroVox - 31 août 2026 - Par Vincent Trémolet de Villers*
Et si le premier ministre « le plus faible » de la Ve République décidait de passer en force ? Sébastien Lecornu s’en défendra mordicus, mais les Français ont appris à le connaître, ils savent que le chef du gouvernement applique à merveille l’adage nietzschéen : « Tout esprit profond avance masqué. »
Mettons les choses à plat. Le moment politique est de plus en plus brownien. À la fragmentation structurelle de l’Assemblée s’ajoute une compétition présidentielle qui désoriente un peu plus encore des stratégies déjà confuses. S’appuyer sur le PS ? Après l’abandon des retraites, il faudrait s’incliner devant la divine taxe Zucman : impensable ! Consolider le bloc central et les LR ? Cela voudrait dire embarquer trois candidats à l’élection présidentielle dans le dernier exercice budgétaire de dix ans de macronisme. Comment Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Retailleau peuvent-ils rompre avec le pouvoir en place tout en soutenant un budget de résignation ? Amadouer LFI ? On ne change pas une grimace en sourire. Désarmer le RN ? Marine Le Pen comme dernière béquille du macronisme, on a le droit d’en douter.
Sortir de la stabilité ruineuse
La situation économique est tout aussi chaotique. La dette obèse bouche l’horizon. Les taux qui grimpent interdisent la stratégie de l’an passé, celle de la stabilité ruineuse. Les caisses vides obligent ceux qui nous gouvernent à entamer le début du redressement. Il y a urgence. Baisser les dépenses, et même (rêvons un peu) les impôts, plutôt que de laisser filer un peu plus encore les déficits serait le début du courage. Personne n’en voudra, mais Matignon peut activer le précieux mécanisme des ordonnances. Un budget vertueux adopté qui provoquerait immédiatement une motion de censure. Démission du premier ministre, puis Sébastien Lecornu reconduit jusqu’à l’élection présidentielle.
Inconvénients : cris de LFI, postures d’indignations dans tous les camps, emphase sémantique, micro-crise politique, crispation sociale.
Avantages : le président de la République fait oublier ses renoncements de l’an passé, le premier ministre fait mentir ceux qui pensent qu’enfumage et bidouillage sont les deux mamelles du lecornisme et, surtout, la France a, enfin, petit miracle, un bon budget.
*Vincent Tremolet de Villers
Directeur adjoint de la rédaction
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