Christelle Thieffinne, présidente de la CFE-CGC. - Photo par ROMEO BOETZLE / AFP

Emploi

La patronne de la CFE-CGC refuse qu'on fasse "en permanence les poches" des cadres en taxant davantage les héritages

BFMBusiness - 10 septembre 2026 - Par Marine Cardot

 

La nouvelle présidente de la CFE-CGC Christelle Thieffinne s'oppose à l'idée de soumettre les primes d'intéressement et de participation à cotisations. Elle refuse aussi une hausse de la fiscalité sur l'héritage, contrairement à son homologue de la CFDT.

Elle vient d'arriver en fonction. Pour l'une de ses premières prises de parole en tant que nouvelle présidente de la CFE-CGC, Christelle Thieffinne a alerté sur le tassement des salaires. Arrivée à la tête du syndicat des cadres en juin, elle regrette que la rémunération des salariés de l'encadrement ne progresse pas.

"Avec les augmentations liées à l'inflation et la hausse du Smic, on assiste à un tassement des salaires. J'assume de dire qu'il faut des hausses de salaire pour tout le monde", a-t-elle déclaré lors d'une rencontre organisée par l'Ajis (association des journalistes de l'information sociale) mercredi 9 septembre.

Elle a également évoqué le partage de la valeur, et s'est vivement opposée à l'idée d'une taxation des primes d'intéressement ou de participation. "Quand l'entreprise fonctionne bien et dégage des bénéfices, c'est normal qu'il y ait un partage avec les salariés", estime Christelle Thieffinne.

Cette proposition de taxer les primes d'intéressement a été révélée par les Échos. Interrogé sur le sujet, le ministre de l'Économie a déclaré qu'elle faisait partie des pistes examinées par le gouvernement (parmi d'autres) pour dégager des recettes pour le budget 2027. Mais un peu plus tard, le Premier ministre Sébastien Lecornu a nié en affirmant que l'idée n'avait jamais été sur la table.

"On leur fait les poches en permanence"

Pour Christelle Thieffinne, cela revient dans tous les cas "à toujours taper sur les mêmes". De même la patronne de la CFE-CGC s'oppose fermement à une hausse de la taxation sur l'héritage, contrairement à son homologue de la CFDT Marylise Léon.

"C'est trop facile de s'attaquer à cette population. Derrière, c'est un salarié qui s'achète un pavillon en banlieue avec le travail qu'il a réalisé. Ce qu'on constate c’est qu'on va aller taxer la première ligne. On va aller faire payer des gens (les cadres) qui contribuent beaucoup au financement du modèle social, et c’est normal mais par contre (il ne faut pas) s'attaquer à ceux qui contribuent fortement", s'indigne Christelle Thieffinne.

"On leur fait les poches en permanence, on leur retire des droits."

De son côté, Marylise Léon avait défendu la semaine dernière une taxation des héritages dès le premier euro avec une progressivité du taux. "C'est un sujet sensible et qui fait l'objet d’énormément de fantasmes. Actuellement très peu de gens savent que seuls 15% des héritages en ligne directe (parent-enfant) sont taxés", expliquait la secrétaire générale de la CFDT.

"Or c'est un sujet très important parce que 9.000 milliards d'euros seront transmis d'ici 2040. C’est vécu comme une injustice de taxer ce qui a été mis de côté", reconnaît volontiers la syndicaliste.

"Sauf que l’héritage, c'est ce qu’il y a de plus injuste. On veut aider nos jeunes mais l'âge moyen auquel on hérite c'est 59 ans... Et puis une société dans laquelle la seule perspective pour les jeunes c'est d'hériter, moi je ne trouve pas ça souhaitable."

TVA sociale hors made in France

Alors sans taxer ni l'héritage, ni les primes d'intéressement, et pour continuer à financer le modèle social, Christelle Thieffinne a une idée. Elle souhaite que l'assurance-chômage et la retraite continuent d'être financées par les cotisations sur le salaire.

Mais elle estime que pour financer les autres branches de la Sécu, notamment les dépenses de santé, une taxe sur la consommation pourrait être mise en place, mais uniquement sur les produits qui ne sont pas fabriqués en France. Une sorte de TVA sociale hors made in France. "C'est uen forme de protectionnisme économique qui doit favoriser le modèle productif français", explique-t-elle tout en reconnaissant que la mesure "doit être travaillée techniquement".