Entretien
Dans « Cœur et courage » (Éditions du Rocher), la numéro deux du parti de Horizons revient sur la réduction drastique des dépenses engagée à la tête de sa région. Elle prône les mêmes recettes à l'échelle du pays.
Le JDD - 19 septembre 2026 - Propos recueillis par Victor-Isaac Anne
Le JDD. Vous avez débuté votre carrière aux côtés de Bruno Retailleau, vous la poursuivez auprès d’Édouard Philippe. Pourquoi le second ferait-il un meilleur candidat que le premier ?
Christelle Morançais. Édouard Philippe est, pour moi, un grand rassembleur. C’est même dans sa nature profonde. Son combat, c’est l’union et sa méthode, le rassemblement. Bruno Retailleau porte des idées fortes sur le travail, la fiscalité ou l’immigration, qui ont toute leur place dans cette ambition. Mais je crois sincèrement qu’Édouard Philippe a cette capacité particulière à faire travailler ensemble des sensibilités qui, aujourd’hui, se regardent en chiens de faïence. La division est facile. L’union est toujours un combat. Et je suis persuadée qu’Édouard Philippe parviendra à réaliser ce rassemblement.
Édouard Philippe a beau être en tête des sondages à droite et au centre, il peine à susciter l’enthousiasme…
La France est dans un état d’épuisement démocratique et cette fin de quinquennat est, pour moi, crépusculaire. Dans ce contexte, les offres démagogiques surfent sur la colère qui les nourrit. Édouard Philippe, lui, mène le combat le plus exigeant : celui de la vérité. Il n’existe pas de recette miracle et un pays ne se redresse pas à coups de menton ou de slogans. Il est trop honnête pour faire semblant. Il ne promettra jamais aux Français ce qu’il ne sait pas pouvoir tenir. Je suis convaincue qu’il n’y a pas de grande victoire sans grande adversité. Et l’adversité ne lui fait pas peur, bien au contraire.
Intuitivement, vous semblez plus proche de David Lisnard que du maire du Havre.
David Lisnard porte une voix utile et singulière que je respecte. Mais je ne veux pas me mettre dans une case. Je suis une femme de droite, libérale, d’une droite moderne et pro-européenne. Mais je ne pars pas d’une idéologie. Je pars d’un constat et des résultats. Le constat, c’est que le système est à bout de souffle. Nous sommes endettés, suradministrés, et pour quels résultats, franchement ?
« Que peut-on raisonnablement attendre d’un gouvernement qui a sacrifié la réforme des retraites ? »
À la région, j’ai refusé cet immobilisme et ce déclinisme. J’ai épluché mon budget ligne à ligne et fait des choix tranchés pour en finir avec le saupoudrage et l’argent magique. Ma conviction, c’est qu’il faut moins d’impôts, moins de charges, moins de normes, pour plus de liberté. Ce n’est pas de l’idéologie, c’est du réalisme.
Qu’attendez-vous du prochain budget dans une Assemblée toujours aussi fracturée ?
Que peut-on raisonnablement attendre d’un gouvernement qui a été capable de sacrifier la réforme des retraites pour se maintenir aux affaires ? Pour ma part, je n’en attends malheureusement rien. Le spectacle auquel nous avons assisté l’année dernière m’afflige. Il est pourtant grand temps d’agir, il y a urgence. Mais avec une Assemblée dans cette situation et une élection présidentielle qui approche, je ne sais pas quelle sera la teneur des débats. Quand on est capable de sacrifier la réforme des retraites et d’augmenter les impôts… Le vrai rendez-vous pour les finances du pays, à mes yeux, c’est la présidentielle.
Les retraités doivent-ils être mis à contribution ?
Plus personne ne doit cracher au bassinet : ni les retraités, ni les entreprises, ni les salariés, ni les particuliers, ni les jeunes, ni les propriétaires. Le ras-le-bol fiscal est à son paroxysme. La France n’a pas un problème de recettes. J’insiste là-dessus. Elle croule sous les taxes, les impôts et les prélèvements. Elle a un problème de dépenses publiques, qui sont inefficaces, asphyxient notre économie et nous interdisent d’investir là où nous le devrions. Pour moi, il faut censurer toute hausse d’impôts et exiger que les efforts portent exclusivement sur les dépenses. Il y a de quoi faire.
Votre politique de réduction des dépenses publiques à la région s’est heurtée à une violente opposition. Faudra-t-il en passer par là à l’échelle nationale ?
Je suis intimement convaincue que cette opposition, aussi bruyante soit-elle, reste minoritaire. J’ai fait réaliser un sondage auprès de la population de ma région : 80 % des personnes interrogées comprennent les choix budgétaires que j’ai faits. Parce que c’est ce que fait n’importe quel chef d’entreprise ou n’importe quelle famille : quand vous avez 100 et que, du jour au lendemain, vous n’avez plus que 50, vous ne continuez pas à dépenser 100.
« La France dispose d’énormes gisements d’économies »
Personne ne peut croire qu’avec un tel niveau de dépenses publiques, la France ne dispose pas d’énormes gisements d’économies. Il faut avoir le courage de s’y atteler et de tenir bon quand le gros temps se lève. Mais il faut aussi donner du sens à ces efforts. Il ne faut pas se comporter en comptable, mais en responsable politique. Du sang et des larmes ne feront jamais un projet. Pourquoi baisser les dépenses ? Pour libérer l’économie, rapprocher le salaire net du brut, mieux éduquer, mieux former, mieux nous défendre et investir dans l’avenir.
C’est mon triptyque : dire la vérité, donner du sens et avoir le courage de faire. Il y aura des oppositions très fortes, j’en ai fait l’expérience et elles continuent. Mais je pense qu’une majorité de Français peut comprendre cet effort. Il y a une différence fondamentale entre l’effort et le sacrifice : l’effort grandit, le sacrifice retranche.
La crise des Gilets jaunes reste associée au passage d’Édouard Philippe à Matignon. Ne craignez-vous qu’une résurgence du mouvement ne fragilise sa campagne présidentielle ?
Il ne faut jamais craindre son peuple. La colère qui s’exprime contre la vie chère est légitime tant qu’elle s’exprime pacifiquement. Mais je crois qu’à la différence de 2018, on ne fera pas rentrer les gens chez eux avec des chèques. Il faudra beaucoup plus : un profond changement de politique, de culture même. Je pense que l’État maternel, c’est fini. Il faut créer autre chose, fondé sur la liberté, la confiance, l’initiative et les territoires. Pour moi, il faut tout changer. Il faut faire un reset complet.
Cœur et courage, Christelle Morançais, Éditions du Rocher, 184 pages, 18,90 euros.
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