Santé

L'ancien Premier ministre a été auditionné mercredi par la mission d'information de l'Assemblée nationale sur "l'impact, gestion et conséquences dans toutes ses dimensions de l’épidémie de Coronavirus-Covid 19". Edouard Philippe s'est dit "serein" face à l'enquête menée par la Cour de justice de la République sur la gestion de la crise sanitaire, tout en mettant en garde face aux éventuels effets pervers d'un "risque pénal" immédiat pesant sur les décideurs publics.

LCP - 21 octobre 2020 - Par Soizic Bonvarlet, Maxence Kagni et Jason Wiels

L'essentiel

  • Après de nombreuses auditions donc celles de l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn ou l'épidémiologiste Didier Raoult, c'était au tour d'Édouard Philippe d'être auditionné par la commission d'enquête sur "l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l’épidémie de la Covid-19".
  • L'ancien Premier ministre a estimé que l'action de l'exécutif avait "sauvé beaucoup de vies". Il a également démenti toute discorde avec Emmanuel Macron lors de la crise.
  • Dans le cadre de l'information judiciaire ouverte en juillet par la Cour de justice de la République (CJR), le domicile d'Édouard Philippe a été perquisitionné le 15 octobre. L'ancien Premier ministre a affiché une "sérénité complète" face aux investigations.

Les moments clés

Le gouvernement a-t-il réagi vite et bien ?

Pour Édouard Philippe, "le travail d'analyse à chaud" qu'effectue la commission d'enquête est "très difficile mais particulièrement nécessaire", alors même que la crise épidémique connaît un regain en France et en Europe depuis septembre. Anticipant les critiques, l'ancien Premier ministre l'assure d'emblée : son gouvernement a été réactif dès le début de l'apparition, en Chine, de la Covid-19.

Cependant, face à un virus encore mal connu, Édouard Philippe reconnaît avoir fait avec les connaissances et les méthodes qui existaient à ce moment-là :

On a fait face en s'appuyant sur une préparation, une programmation, une planification qui avaient été, pour l'essentiel, pensées pour autre chose que le coronavirus que nous avons rencontré. Édouard Philippe, le 21 octobre 2020

L'ancien locataire de Matignon prend aussi la peine de rappeler sa position face à la crise épidémique : oui, il occupait une place centrale, non, il n'avait pas connaissance de tout. "Matignon n'est pas un ministère, l'information arrive au fur et à mesure que les ministres la font remonter, explique-t-ilÉnormément de choses ne remontent pas au niveau du Premier ministre."

Redevenu maire du Havre, Édouard Philippe tient en tout cas à défendre son bilan de chef du gouvernement face à la première vague du virus et estime "qu'on a sauvé beaucoup de vie".

"Des débats" mais pas de dissension avec Emmanuel Macron

Interrogé par le rapporteur de la commission, Éric Ciotti (LR), sur une éventuelle divergence d'appréciation entre Emmanuel Macron et lui sur la date du déconfinement, Édouard Philippe dément :

Il précise cependant que l'exécutif a été, jusqu'au 11 mai, date du déconfinement, "sur un chemin de crête" pendant des semaines : "Confiner trop longtemps, c'est provoquer l'effondrement du pays. Déconfiner trop vite, c'est provoquer un redémarrage de l'épidémie", rappelle-t-il comme pour justifier le difficile équilibre à trouver pour trancher en faveur de l'intérêt général.

Masques : "des erreurs dans la communication"

Comme durant la plupart des auditions de la commission d’enquête, la question du stock de masques a fait l’objet de nombreuses interrogations de la part des députés. Et ce sont en particulier les déclarations du gouvernement sur l’intérêt sanitaire du port du masque qui ont refait surface. "J’ai fait des erreurs dans la communication", concède Edouard Philippe à ce sujet. "J'ai dit à un 13 heures de TF1 que le port du masque en population générale n'avait aucun sens. Pourquoi est-ce que je l'ai dit ? Parce qu'on me l'avait dit, parce que des médecins me l’avaient dit, parce que c'était la doctrine". L’ancien Premier ministre assume ainsi ses propos, tout en reconnaissant "un porte-à-faux".

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Sur la pénurie de masques durant les premières semaines de la crise sanitaire, l’actuel maire du Havre n’hésite pas à faire part de ses interrogations : "Est-ce que si nous avions eu beaucoup de masques, en février, nous aurions pu éviter le confinement complet ? Je ne sais pas (...) Dès lors qu'on a des masques, arrive-t-on à juguler l'épidémie ? Ça m'a l'air plus compliqué que ça".

Le maintien du premier tour des municipales, la "moins mauvaise des décisions"

Sur la convocation des électeurs aux urnes le 15 mars, et ce alors que décision avait été prise la veille au soir de fermer les bars et lieux de restauration, ce qui a pu être perçu comme de l’incohérence, le maire du Havre déclare : "certains m'ont dit, si les élections ne se tiennent pas, c'est la guerre". Il pointe les blocages institutionnels et réglementaires à faire passer, dans l’urgence, une mesure de report, avant d’ajouter, à propos du maintien : "je crois que c’était la moins mauvaise des décisions qu’on pouvait prendre, et de loin".

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Au sujet de la candidature d’Agnès Buzyn à Paris, l’ancien Premier ministre n’hésite pas à approuver, y compris a posteriori, la décision de celle qui avait été sa ministre de la Santé, en déclarant : "je ne critiquerai jamais personne du fait d'une candidature à une élection".

Perquisition : "Sérénité complète"

L'ancien Premier ministre évoque la question "délicate" de la responsabilité des décideurs politiques en temps de crise sanitaire : "Comment est-ce qu'on gère une crise sanitaire avec des échelons de décision très dispersés (...) quand vous avez immédiatement le risque pénal sur le dos ?", demande Édouard Philippe aux députés.

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"Je suis le moins bien placé pour en parler", reconnaît l'ancien Premier ministre, dont le domicile a été perquisitionné le jeudi 15 octobre dans le cadre de l'enquête de la Cour de justice de la République sur la gestion de la crise.

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À tel point qu'il range dans la case des choses qui ont mal fonctionné la tournure du "débat public autour des questions médicales". "C'est un échec collectif dont le gouvernement doit probablement prendre sa part", confesse-t-il, sans savoir comment y remédier. Malgré la "remise en cause systématique des expertises légitimes", le Premier ministre assure avoir "essayé de s'appuyer sur la science".

Pas de visites dans les Ehpad : "J'assume"

Édouard Philippe évoque également le cas des 700.000 personnes âgées résidentes d'Ehpad. L'ancien Premier ministre nie toute "consigne" limitant leur accès aux services de réanimation, tout en reconnaissant une perte de chance les concernant : "Elles ont eu, je le crains, moins facilement accès aux services de réanimation", estime-t-il.

Regrettant un phénomène de "glissement" chez certains résidents, Édouard Philippe dit "assumer" le fait d'avoir interdit, au plus fort de la crise, les visites dans les Ehpad. "Face à la marée qui arrivait, pouvait-on ne pas prendre cette décision ? Je ne crois pas". Une mesure prise toutefois "la mort dans l'âme", selon les mots de l'ancien Premier ministre.

 
 

 

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