Société civile

La France reste un pays plus égalitaire que beaucoup d’autres, pourtant les Français sont mécontents. Ce paradoxe tient à ce que notre système de redistribution pénalise les classes moyennes, souligne le chef d’entreprise.

 

Le Figaro.fr - 12 décembre 2018 - par Denis Olivennes

Dans les enquêtes internationales, les Français apparaissent parmi les peuples les plus malheureux et les plus pessimistes du monde développé.

Pourtant, notre pays a un niveau de vie médian par habitant extrêmement élevé : la France est sur la deuxième marche du podium des vingt-huit pays de l’Union européenne, seulement devancée par le Luxembourg.

Pourtant, nous sommes l’un des pays les plus égalitaires du monde développé : la France se place dans le premier tiers des vingt-huit pays de l’Union européenne du point de vue de la faiblesse de l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Et ce niveau est à peu près le même qu’il y a vingt ans.

Pourtant, notre pays a toujours maintenu une dynamique positive du pouvoir d’achat. Le revenu disponible brut des ménages n’a connu que trois baisses annuelles depuis soixante ans. Depuis 1970, le niveau de vie moyen des 10 % de ménages les plus pauvres, par exemple, a progressé de près de 20 % en euros constants.

Pourtant, nous avons le plus faible taux de ménages pauvres d’Europe, seulement devancés par le Danemark et la République tchèque.

Pourtant, les entreprises et les riches sont plus fortement mis à contribution que dans la plupart des pays, contrairement à l’idée communément répandue qu’ils seraient exonérés d’efforts. Les 1 % des ménages les plus riches paient 25 % du total de l’imposition directe sur le revenu. De même, la France est le pays européen qui impose le plus le capital, même après la transformation de l’ISF, très loin devant les no 2 ou 3 que sont la Belgique et le Danemark. Enfin, les entreprises françaises sont les plus taxées d’Europe, là aussi très au-dessus de la moyenne de la zone euro.

Alors, pourquoi un tel bien-être dans les statistiques et un tel mal de vivre dans les faits ?

Comment parvenons-nous à être le champion du monde de la dépense publique (57 % du PIB) et des prélèvements obligatoires (47 % du PIB) et, en même temps, le pays dont les citoyens sont les plus insatisfaits de leurs services publics et finalement de leur système social ?

Cela tient notamment à trois traits de notre modèle, d’ailleurs liés entre eux et qui, s’ils ne sont pas modifiés, continueront d’engendrer cette morosité sourde jalonnée de crises sociales violentes.

Notre système est essentiellement centré sur la taxation des revenus du travail : 52 % en France, contre 39 % en moyenne dans l’Union européenne. Cela nourrit fortement la colère de la France qui travaille.

C’est un système de redistribution qui pénalise les classes moyennes. Si les ménages modestes paient en prélèvements bien moins qu’ils ne reçoivent en allocations, les classes moyennes « inférieures » paient autant qu’elles reçoivent et les classes moyennes « supérieures » sont mises à contribution comme les hauts revenus. Rien de tel en Suède par exemple, ni même au Royaume-Uni, où l’effort demandé est d’autant plus important que vos revenus sont élevés. Cela vient de ce que notre système social est « assurantiel » et non pas progressif : les prestations (maladie, chômage, retraite) sont fonction de ce que vous avez cotisé.

Enfin, dernier sujet, le poids écrasant de nos dépenses sociales. Si nous avions le même niveau que la moyenne des pays européens, nous libérerions 100 milliards d’euros que nous pourrions allouer à des baisses d’impôts ou à la hausse d’autres dépenses. À titre d’exemple, le budget de la sécurité intérieure, y compris la police, c’est 12 milliards, celui de la justice 8, celui de l’enseignement supérieur 24, etc. Et les prestations sociales progressent plus vite que la dépense publique en général. Cela veut dire qu’une part toujours plus grande de nos dépenses est dédiée à la protection sociale (notamment aux retraites), au détriment des autres services publics (l’éducation, la justice, la police, les transports). Voilà pourquoi on dépense toujours plus pour satisfaire toujours moins.

Les Français qui n'aiment pas les réformes, voudront-ils de cette révolution ?

Le grand « blues » de la France qui travaille, c’est cela : depuis des décennies, les classes moyennes sont massivement taxées, faiblement aidées socialement et de moins en moins bien servies par les administrations. Elles ne jouissent ni de l’« assistance » dont bénéficient les plus modestes ni de la richesse dont profitent les plus hauts revenus, et les services publics mis à leur disposition se dégradent.

Au-delà des mesures d’urgence annoncées par le président de la République lundi soir, repenser le contrat social, c’est remettre les classes moyennes au cœur des enjeux publics. Et le paradoxe, c’est que, pour cela, il ne faudrait pas faire moins mais plus de macronisme. Basculer plus vite le financement de la protection sociale des cotisations vers la CSG (quitte à exonérer davantage de petits retraités). Plafonner à un certain niveau les allocations maladie, retraite et chômage, en laissant prendre le relais par des complémentaires privées pour les plus hauts revenus. Accroître fortement les incitations à travailler plus et à travailler plus longtemps. Augmenter la productivité de l’État et des collectivités locales. Ainsi pourrait-on limiter les dépenses sociales sans réduire la protection des ménages les plus modestes, ponctionner moins les classes moyennes et allouer plus de moyens au service public.

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