Roux de Bezieux

Fiscalité

Le président du Medef est favorable à la taxe carbone, mais sa mise en place doit se faire en prenant en compte la réalité des Francais. Il est « dubitatif » sur la méthode du gouvernement : « Attention à ne pas retomber dans le piège des Grenelles successifs »

L'Opinion.fr - 25 novembre 2018, par Fanny Guinochet - Crédit Photo © Sipa Press

Le numéro un du Medef est invité, mardi, par Emmanuel Macron à une grande réunion sur la transition écologique.

Le mouvement des Gilets jaunes se poursuit. Craignez-vous les impacts sur l’économie ?

Ils se mesurent déjà, hélas, et c’est très inquiétant. Partout sur le territoire, nous constatons des problèmes d’approvisionnement suite à des blocages et des entraves à la circulation. C’est d’autant plus inquiétant que nous entrons dans la cruciale période de Noël, durant laquelle les résultats de l’année se font pour de nombreuses entreprises. Le Medef demande au gouvernement de réactiver rapidement la cellule de continuité économique qui pourra prendre des mesures en faveur des entreprises touchées par la situation. Les scènes de violence samedi, sur les Champs Elysées, sont désastreuses pour l’attractivité de la France. S’ajoute à cela, le cas de la Réunion où l’ordre public est clairement perturbé.

Le Président doit prendre la parole mardi. Qu’attendez-vous de cette déclaration ?

Je suis très préoccupé de la fracture qui apparaît dans ce pays : certains parlent de la fin du monde, quand d’autres répondent par la fin de mois. Je suis dubitatif sur la méthode du gouvernement qui prévoit d’organiser une grande réunion parisienne alors que le mouvement des Gilets jaunes dépasse le modèle des corps intermédiaires. Attention à ne pas retomber dans le piège des Grenelles successifs, qui peuvent contribuer à donner le sentiment que les prises de décisions sont éloignées des Français. Il faut aider concrètement les entreprises et les ménages à entrer positivement dans la transition écologique. Cela passe sûrement par un accompagnement de la trajectoire de la fiscalité écologique et un fléchage plus visible de l’argent destiné à accompagner ces mutations.

« Si on donne un signal prix sur les comportements, il faut que le reste de la pression fiscale baisse. Or, elle n’a pas baissé, comme en témoigne la fiscalité locale sur les entreprises qui continue à augmenter deux fois plus vite que le PIB »

Etes-vous contre la taxe carbone ?

Non, nous sommes favorables au principe de la taxe carbone. Mais il y a des conditions pour qu’elle fonctionne et soit acceptée par tous : un euro en plus de taxe carbone doit correspondre à un euro de taxe en moins, ailleurs, et sur les mêmes contribuables. Ce doit être pareil pour les entreprises, qui paient 40 % de la taxe carbone. Si on donne un signal prix sur les comportements, il faut que le reste de la pression fiscale baisse. Or, elle n’a pas baissé, comme en témoigne la fiscalité locale sur les entreprises qui continue à augmenter deux fois plus vite que le PIB.

Faut-il une taxe carbone aux frontières de l’Europe ?

L’empreinte carbone de la production française a baissé de 20 % en 20 ans quand celle des produits importés a augmenté de 85 %. Nous produisons avec des normes beaucoup plus écologiques qu’ailleurs. Ce décalage doit nous interpeller et repose la question de la fiscalité carbone aux frontières, dans un contexte mondial très différent. Il montre bien combien les entreprises françaises ont évolué en matière d’écologie. Le Medef a fait une forme d’aggiornamento sur le sujet. Il faut le dire ! Il n’y a plus de patrons français climato-sceptiques. Sous l’impulsion de certaines organisations écologiques qui ont une vision positive de l’économie, les chefs d’entreprise ont changé leur façon de produire. Les entreprises ont d’ailleurs une partie de la solution de la mutation écologique, grâce aux technologies qu’elles développent. Certes, certains investissements sont plus faciles et rapides que d’autres mais les filières n’ont pas attendu pour innover. Prenez-les ampoules Led, les bâtiments à énergie positive, la finance durable… Ce sont des solutions. Soit on opte pour la décroissance, choix que personne ne veut faire, exception de quelques illuminés minoritaires, soit on trouve des solutions « bas carbone» pour continuer à assurer la prospérité du pays.

« En matière de transition écologique, le gouvernement n’a pas assez travaillé avec les entreprises, c’est évident »

Le gouvernement n’a-t-il pas assez écouté les entreprises ?

En matière de transition écologique, il n’a pas assez travaillé avec les entreprises, c’est évident. A contrario, Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, a par exemple travaillé de concert avec les partenaires sociaux sur l’égalité femme-homme. Résultat : la solution concilie l’exigence indispensable d’équité et d’égalité entre les femmes et les hommes avec les réalités opérationnelles des entreprises, et notamment les plus petites. Nous soutenons la démarche qu’elle met en place et allons accompagner nos adhérents dans ce processus.

Le gouvernement va présenter cette semaine son projet de loi énergie. Qu’en attendez-vous ?

Un mix équilibré, qui prenne en compte la réalité de la production énergétique en France. L’objectif est de ramener la part du nucléaire à 50 % et de baisser la part des énergies fossiles dans ce mix : d’accord. Mais, je dis attention, cela doit se faire en prenant en compte la réalité, et sans renchérir de façon inconsidérée, la fiscalité.

Actuellement, se déroule la négociation assurance chômage. Un accord est-il possible ?

Il est trop tôt pour répondre. Nous ferons un point en décembre. Mais nous avons par exemple tous été surpris et même choqués par les propos du Président sur le bonus-malus, en pleine séance de négociation. Souffler sur les braises me paraît contre-productif.

Sur ce sujet, où en êtes-vous des négociations de branches ? Vous avez assuré qu’il y aurait une quinzaine d’accords d’ici la fin de l’année…

La vraie question, ce n’est pas le nombre d’accords signés. Mais plutôt regarder si les secteurs les plus utilisateurs de contrats courts mettent en place des solutions pour réduire la précarité. Quand on regarde les volumes, sur les 24 millions de contrats de moins d’un mois signés en 2017 en France, six secteurs représentent à eux seuls 60 % de ces contrats courts. Il y a le médico-social, dont une grande partie dépend du milieu associatif et de l’Economie sociale et solidaire, qui ne sont pas adhérents au Medef. Il y a aussi l’audiovisuel (en dehors des intermittents), qui n’est pas pour l’essentiel au Medef. Je veux bien que le Medef ait le dos large, mais il n’est pas en responsabilités partout. Restent l’hôtellerie et la restauration, un de nos adhérents, qui est en plein travail. Et un secteur « fourre-tout », « Activités de services administratifs et de soutien », qui mélange la fédération de la propreté, celle de la sécurité, et de nombreuses autres… La fédération de la propreté a signé un accord. Les autres travaillent. J’ai encore récemment réécrit aux branches pour leur rappeler l’urgente nécessité de conclure un accord avant la fin de l’année.

Carlos Ghosn est en prison au Japon. Votre réaction ?

Ce qui compte, c’est la stabilité de l’entreprise Renault et de l’Alliance. Le gouvernement a pris la bonne décision pour mettre en place une gouvernance provisoire afin que l’entreprise ne soit pas paralysée. Sur les faits reprochés à Carlos Ghosn, qui sont d’une extrême gravité, la présomption d’innocence prime et doit s’appliquer.

Partagez cet article

Espace Participants

Notre Lettre d'Information

Abonnez-vous et recevez gratuitement la Lettre Ambition France.
Civ.
J'accepte que mes données personnelles soient conservées par Ambition France
Si vous ne souhaitez plus recevoir notre Lettre d'Informations, merci de vous désinscrire ci-dessus après avoir rempli tous les champs
Voir notre politique de confidentialité

Acteurs Société Civile