Macron equipe rapprocheePolitique

Emmanuel Macron dirige l'Etat avec une poignée de conseillers et de collaborateurs à l'Elysée, qui se surnomment «les Mormons». Parmi eux : le tandem de choc, Alexis Kohler et Ismaël Emelien. Des hommes secrets aux méthodes commandos assumées.

Le Figaro Magazine - 17 novembre 2017 - Par Vincent Nouzille et Service Infographie (Photo Elodie Grégoire)

 

Sans leur feu vert, rien n'est possible. Ils relisent tout, décident de tout, bloquent ce qui les dérange, s'immiscent partout…» Cette confidence d'un ministre important en dit long sur le pouvoir actuel d'un cercle très restreint de collaborateurs d'Emmanuel Macron. Depuis son arrivée à l'Elysée le 14 mai, le président s'est en effet entouré d'une garde rapprochée de fidèles, les seuls en qui il a vraiment confiance et avec qui il travaille de manière intensive jour et nuit, généralement dans la bonne humeur, mais souvent jusqu'à 3 heures du matin, au risque de les épuiser. Certains ont été ses collaborateurs à Bercy. Ils l'ont épaulé dans l'aventure d'En Marche!. Ils ont organisé sa campagne présidentielle. Rien d'anormal à ce que le nouvel élu les ait choisis pour tenir avec lui les rênes de l'Etat et mener les «transformations» promises - le mot «réforme» est banni du langage macronien - au pas de charge.

Plus de poids que des membres du gouvernement

Mais le verrouillage est complet, entre les mains d'une douzaine de personnes qui comptent et qui s'appellent parfois entre eux, en plaisantant, «les Mormons», pour ne pas dire les moines soldats ou les élus de Dieu. Ils sont sous la férule du Président qui verrouille tout avec ses deux principaux compagnons de route et collaborateurs: son bras droit Alexis Kohler, 45 ans, secrétaire général de l'Elysée, et son bras gauche Ismaël Emelien, 30 ans, qui a le titre de conseiller spécial. Le grand commis cravaté au sang-froid et le stratège intello branché Uniqlo. Un duo d'éminences peu bavardes, qui n'aiment pas la lumière, mais qui ont plus de poids que bien des membres du gouvernement, et même que le premier ministre Edouard Philippe. «Tout est concentré à l'Elysée, comme sous Sarkozy et comme souvent en début de mandat, mais l'équipe aux commandes est vraiment très serrée», constate Julien Vaulpré, ancien conseiller opinion de Nicolas Sarkozy et directeur général de Taddeo. «En réalité, le trio Macron-Kohler-Emelien dirige la France, commente un visiteur régulier du Château. C'est efficace pour avancer vite, dans un esprit de commando. Cependant, ils fonctionnent un peu entre eux, prenant le risque de paraître coupés du monde, autoritaires et trop technos.»

Emmanuel Macron ne les a pas choisis par hasard. Fines lunettes et allure svelte, Alexis Kohler connaît les rouages de l'Etat, principalement du ministère de l'Economie. Strasbourgeois de naissance, issu d'une famille avec un père catholique et une mère juive, il cultive une discrète retenue et un certain sens de la diplomatie, même s'il peut lui arriver d'être cassant. «Il incarne plutôt un Bercy ouvert», note un de ses contacts, qui a apprécié sa courtoisie lorsqu'il officiait sur place. C'est d'abord, comme Emmanuel Macron, un surdoué qui a accumulé les diplômes: Sciences-Po, DEA de droit public, Essec et ENA. De quoi se constituer de solides réseaux. A Sciences-Po, il a milité au sein des jeunes rocardiens, aux côtés d'un certain Edouard Philippe et d'Emmanuel Moulin, actuellement directeur de cabinet de Bruno Le Maire à Bercy. Au sein de la promotion Averroès de l'ENA, il a connu notamment Fleur Pellerin et Audrey Azoulay, deux anciennes ministres de la Culture de François Hollande. Bien qu'il ne fasse pas partie de la caste des inspecteurs des Finances, Alexis Kohler a travaillé dans leur fief, au sein de la prestigieuse direction du Trésor, avant de s'occuper des questions d'endettement pour le Club de Paris et le Fonds monétaire international. «Cela l'a vacciné contre les hausses d'impôts, les déficits et les dettes», note un de ses camarades du Trésor.
Alexis Kohler au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017. A droite, Sibeth Ndiaye, conseillère en communication du Président.
Alexis Kohler au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017. A droite, Sibeth Ndiaye, conseillère en communication du Président. - Crédits photo : Denis ALLARD/REA

Archétype du haut fonctionnaire aux idées social-réformistes façon DSK, il s'est aussi frotté de 2010 à 2012 aux arcanes du monde des affaires au sein de l'Agence des participations de l'Etat, qui gère un portefeuille de 90 milliards d'euros, dont les deux tiers dans des entreprises cotées, comme EDF et Renault. Sur un dossier automobile, il a eu l'occasion de rencontrer un jeune banquier prometteur de chez Rothschild, nommé Emmanuel Macron, recroisé dans les coulisses de la campagne de François Hollande en 2012. Lorsque ce dernier est élu, Kohler devient directeur adjoint du cabinet de Pierre Moscovici, ministre de l'Economie. Il voit régulièrement Macron, qui suit les dossiers économiques à l'Elysée en tant que secrétaire général adjoint. Entre les deux hommes, l'alchimie fonctionne si bien qu'Emmanuel Macron le choisit comme directeur de cabinet quand il est nommé à Bercy en août 2014 pour remplacer Arnaud Montebourg. Suivent deux années de travail en duo synchronisé, sans frictions, pour faire adopter la loi Macron ou négocier avec PSA.

 «Alexis rassure Emmanuel. C'est son jumeau, son alter ego, son ami», confie un ancien conseiller du cabinet.

Quand le ministre de l'Economie décide, au printemps 2016, de lancer En Marche! avec l'élection présidentielle en ligne de mire, Alexis Kohler fait partie du premier cercle des initiés, avec d'autres membres du cabinet comme Ismaël Emelien, Julien Denormandie, Quentin Lafay, Stéphane Séjourné, Clément Beaune, Sibeth Ndiaye, Barbara Frugier, tous membres de sa garde rapprochée aujourd'hui. Fin août 2016, Macron démissionne de Bercy en citant son principal collaborateur lors de son discours: «Merci à […] Alexis Kohler, qui, depuis un peu plus de deux ans, avec un dévouement extrême et une intelligence que j'envie, m'accompagne.» Un compliment rare. «C'est la seule personne dont Macron dit qu'elle est plus intelligente que lui», confirme un de ses proches.

Macron-Kohler, un tandem «aussi efficace qu'inséparable»

Actif au début de la campagne, Alexis Kohler part pantoufler dans le secteur privé comme directeur financier de MSC, le géant helvético-italien de transport maritime. «Il n'a fait chez nous qu'un passage rapide, sans histoires, de mi-novembre 2016 à mai 2017», indique-t-on chez MSC. Mais, entre Genève et Paris, il continue de superviser, la nuit et les week-ends, l'organisation de l'équipe et l'élaboration du programme du candidat. Avec des avis tranchants. Une hausse de la TVA est-elle envisagée? Il préfère de loin la CSG. Promet-on une indemnité chômage aux démissionnaires? «Mesure coûteuse et pas centrale», estime-t-il. Veut-on réduire le chômage? «L'essentiel est de savoir si les Français sont effectivement convaincus que mieux vaut des travailleurs pauvres que des chômeurs bien indemnisés», écrit-il dans un e-mail daté du 29 novembre 2016 à Ismaël Emelien. Il recommande par ailleurs de faire un discours «où on mettra l'investissement public et privé avec la réforme de la fiscalité du capital (cela fera un beau paquet gauche-droite)». Kohler fait de la politique! Et quand les équipes élaborent un document pour vanter le bilan de Macron à Bercy, l'ancien «dircab» corrige: il faut, selon lui, ajouter la refonte de la filière nucléaire, l'effort sur les délais de paiement des entreprises, la défense de l'industrie française, la relance de l'investissement européen, entre autres. Méticuleux!

La nomination d'Alexis Kohler comme secrétaire général de l'Élysée en mai 2017 était naturelle. - Crédits photo : © Thomas PADILLA/MAXPPPKohler Alexis

Ses échanges avec Emmanuel Macron sont alors quotidiens, sa proximité éprouvée. «Le tandem est aussi efficace qu'inséparable», constate Jean-Jacques Bridey, un des premiers élus socialistes ralliés, devenu le président de la commission de la Défense à l'Assemblée. La nomination d'Alexis Kohler comme secrétaire général de l'Elysée en mai 2017 est naturelle. Tout comme l'arrivée d'Ismaël Emelien comme conseiller spécial à ses côtés. Son itinéraire n'a rien de celui d'un haut fonctionnaire. Il est plutôt hors cadre. Amateur de musique, dévoreur de livres, travailleur compulsif. Capable de synthèses brillantes, d'idées décalées et de longs silences. «Un cérébral taiseux, tendance libérale», résume un de ses copains. Aîné d'une famille grenobloise, il a plongé dans la politique dès ses années d'étudiant à Sciences-Po. Il fait alors partie de ce que les ex-strauss-kahniens appellent «la bande de la rue de La Planche», le lieu où se réunissaient les jeunes partisans de DSK dès 2006, avec notamment Gilles Finchelstein, directeur de la Fondation Jean-Jaurès et spécialiste des études chez Euro RSCG. Période bénie. Finchelstein engage ensuite Emelien à ses côtés dans la boîte de com' dirigée par l'influent Stéphane Fouks, prêt à mettre sur orbite le présidentiable DSK. L'arrestation de ce dernier à New York le 14 mai 2011 douche les ambitions des fans de l'ancien ministre. «Ismaël ne s'y attendait pas du tout. Il l'a très mal vécu», confie un de ses amis. Il poursuit sa carrière chez Euro RSCG devenu Havas, en assurant la communication de grands groupes et d'hommes politiques, y compris quand il se rend à Caracas en 2013 pour participer aux prémices de la campagne de Nicolás Maduro, successeur dictatorial de Chávez.

Ismaël Emelien, stratège de la création d'En Marche!

Il est toujours en quête d'un mentor en France. Emmanuel Macron comble ce vide à partir de 2012. Le secrétaire général adjoint de l'Elysée organise alors des dîners pour échanger des idées, auxquels participent Gilles Finchelstein et Ismaël Emelien, qui se dit impressionné par l'agilité intellectuelle de l'ex-banquier d'affaires. Avec Macron, ils rêvent début 2014 de créer une start-up, sans en avoir le temps. Devenu ministre de l'Economie durant l'été, Macron embarque le communicant dans ses bagages à Bercy. Celui-ci incite son ministre à «parler vrai» et à assumer sa loi libérale sur les professions réglementées. Ismaël Emelien s'impose comme stratège de la création d'En Marche! et comme une éminence grise de la campagne soft du candidat, «en même temps» de gauche et de droite. Il suit le vainqueur rue du Faubourg-Saint-Honoré pour occuper un poste aux contours peu définis, qui l'apparente aux conseillers tels Aquilino Morelle pour François Hollande et Henri Guaino pour Nicolas Sarkozy. «Ce sont pour lui des antimodèles, car ils sont sortis de l'ombre», nuance-t-on dans son entourage. Ismaël Emelien, lui, préfère rester discret, refusant tout contact avec les journalistes parce qu'un conseiller, à ses yeux, ne doit pas exister. Son influence sur le «Boss» n'en demeure pas moins bien réelle, tout comme celle du général en chef Alexis Kohler.

Emelien IsmaelIsmaël Emelien, vigie du macronisme. - Crédits photo : Thomas Padilla/MAXPPP

La répartition des rôles est claire. A Alexis, le rôle central du gestionnaire: dans un bureau proche de celui du Président, situé au premier étage de l'Elysée, il dirige la tour de contrôle du pouvoir, à l'instar d'un Dominique de Villepin sous Chirac, d'un Claude Guéant avec Sarkozy ou d'un Jean-Pierre Jouyet au début de Hollande. A Ismaël, le poste d'éclaireur, comme vigie du macronisme: installé sous les toits du Palais, il se charge de la réflexion stratégique, des études d'opinion et de la recherche d'idées neuves ou de formules chocs, comme le fameux «Make our planet great again!» lancé par Macron après la décision de Donald Trump de sortir de l'accord de Paris sur le climat.

La machine est huilée. Elle tourne à plein régime. De 8 h 30 le matin jusqu'à 3 heures le lendemain matin, les deux hommes et leurs «Mormons» sont sur le pont. Pour Ismaël Emelien: lectures des études d'opinion, demandes de notes à des consultants extérieurs, rendez-vous discrets avec les sondeurs, participation à toutes les réunions importantes au Château, plongée sur les plates-formes du mouvement de La République en marche (LREM), rédaction de synthèses politiques, échanges quotidiens avec le Président. «Il est rare que celui-ci prenne une décision sans avoir consulté Ismaël», dit-on dans l'équipe. Pour Kohler, les réunions s'enchaînent également sans arrêter: contacts multiquotidiens avec le directeur de cabinet du premier ministre ; points «stratégiques» chaque semaine avec la garde rapprochée sur l'agenda du Président et sur le moyen terme ; organisation des rendez-vous du Président dont les rencontres hebdomadaire avec Jean-Yves Le Drian, Gérard Collomb, Bruno Le Maire et Florence Parly ; préparations des conseils de Défense et des Conseils des ministres ; réunion bimensuelle avec la cinquantaine de conseillers de l'Elysée. Sans oublier de multiples autres briefings thématiques et la relecture de centaines de notes provenant de tous les étages du Palais et d'ailleurs. «Pas un document n'est transmis au Président sans être passé par Alexis», précise-t-on à l'Elysée. Pour mener à bien toutes ces tâches, il s'appuie sur le préfet Patrick Strzoda, directeur de cabinet du Président, qui suit notamment les dossiers régaliens, et sur la secrétaire générale adjointe, Anne de Bayser: c'est elle, par exemple, qui a surveillé le dossier industriel des âpres négociations avec le groupe MSC, ancien employeur de Kohler, pour le tour de table des chantiers navals STX.
- Crédits photo : Infographie Figaro

Le tempo du Président est infernal. Après avoir dîné avec son épouse, Brigitte, toujours très présente, il recommence à travailler entre 23 heures et 3 heures du matin avec ses lieutenants et ne dort que trois ou quatre heures par nuit. Le rythme est d'ailleurs si soutenu qu'Alexis Kohler, marié à une coach passionnée de théâtre et père de trois enfants, peine à suivre. «Quand je pars à 3 heures du matin, je suis fatigué le lendemain», a confié ce gros dormeur à son entourage. Signe d'un léger surmenage: selon des sources concordantes, le secrétaire général, pourtant réputé infatigable à Bercy, aurait déjà subi plusieurs coups de pompe depuis son arrivée à l'Elysée.

Mais cela ne l'empêche pas, avec Ismaël Emelien, de mettre en œuvre de manière implacable l'imperium voulu par le Président. «Ils tiennent l'Etat, mais ce sont des monstres froids, aux méthodes brutales», murmure un leader de la majorité. Le flingage de certains grands pontes socialistes ou LR aux élections législatives et le sauvetage de Manuel Valls ont été organisés méthodiquement par le trio Macron-Kohler-Emelien, tout comme le départ du gouvernement de Richard Ferrand, François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard avant l'été. Dernières de leurs missions: le parachutage de Christophe Castaner à la tête du mouvement présidentiel LREM et le remaniement du gouvernement qui en découle.

Un seul mot d'ordre mobilise les hommes du Président qui peuvent paraître aussi glaçants que les spins doctors de la série The West Wing : mener les premières réformes tambour battant et dérouler le programme, quoi qu'il en coûte. La faible mobilisation contre les ordonnances sur le droit du travail semble avoir rassuré l'exécutif sur la procédure employée. «Ils appliquent ce qui était prévu. C'est la bonne méthode et Edouard Philippe joue la carte du dialogue», estime Franck Riester, président du groupe Les Constructifs à l'Assemblée. «Ils sont ouverts à l'échange, ils peuvent rectifier le tir, mais ils n'ont qu'une ligne, celle de la fidélité au programme et de l'efficacité», ajoute un consultant qui les voit régulièrement. Tant pis si l'image de «Président des riches» reste accolée aux basques du nouvel élu, ou si les critiques sur le manque de proximité et une certaine arrogance commencent à poindre dans l'opinion. «Il impressionne plus qu'il n'est aimé», admet un de ses fans. «Quand il mouille la chemise sur le terrain à Saint-Martin, il marque des points. Mais quand il laisse les inspecteurs des Finances gérer les affaires, la froideur reprend le dessus», ajoute un expert en communication qui l'observe de près. «Il fallait d'abord que le Président réincarne la fonction, plaide-t-on à l'Elysée. Et maintenant, l'important, c'est de tenir le cap, de mettre en pratique le programme annoncé, par souci de cohérence.»

Macron entourageLe trio supervise jusqu'au moindre détail

Emmanuel Macron a gardé en effet un souvenir éprouvant des atermoiements de François Hollande, qui le hantent toujours. «Un contre-exemple», répète-t-il à ses troupes. «Il a tellement peur d'être comparé à son prédécesseur qu'il surjoue la détermination absolue. Son vrai modèle, c'est de Gaulle!», estime un pilier du groupe LREM à l'Assemblée. Aux yeux du trio de l'Elysée, les maladresses - notamment le coup de rabot budgétaire de l'été et la baisse brutale des APL, tout droit sortis des placards de Bercy avec l'aval de Macron et Kohler - ne seraient que des épiphénomènes. La distance prise avec les journalistes, au début du mandat, fait aussi partie des décisions assumées du trio, afin, dit-on, de «protéger la décision politique». Tout comme le virage de l'automne: avec l'appui discret de Brigitte Macron, ils ont organisé l'arrivée début septembre d'un nouveau porte-parole, le journaliste Bruno Roger-Petit, qui a orchestré l'interview sur TF1 du 15 octobre. Ismaël Emelien a fourni de nombreuses notes pour préparer cette prestation, jugée réussie par le «Boss».

Ne voulant rien laisser au hasard, le trio supervise tout jusqu'au moindre détail, mettant la pression sur le gouvernement, régulièrement recadré. La plupart des comptes rendus des réunions interministérielles qui se tiennent sous l'autorité du Premier ministre, appelés les «bleus de Matignon» à cause de la couleur du papier utilisé, sont désormais relus et annotés à l'Elysée. Les feuilles de route de chaque ministre ont été validées par le Président, qui leur impose des délais très courts pour engager les réformes, en sachant, la plupart du temps, qu'ils sont intenables. Dernier exemple en date: la simplification de la procédure pénale, annoncée pour le printemps 2018. Le calendrier est difficile à tenir vu le casse-tête et la foire d'empoigne qui s'annoncent entre le ministère de l'Intérieur et la chancellerie sur le sujet.
Alexis Kohler convoque chaque mois les directeurs de cabinet des ministres.
Alexis Kohler convoque chaque mois les directeurs de cabinet des ministres. - Crédits photo : olivier coret/ divergence

Autre détail révélateur:Macron demande souvent aux ministres de venir à des réunions à l'Elysée sans collaborateurs, ni même de notes écrites. «Rien n'angoisse plus le Président qu'un ministre qui lit ses fiches. Il faut qu'ils aient préparé leurs dossiers», confie un initié. Une façon, cruelle disent certains, de les éprouver face à lui et Alexis Kohler, après avoir déjà limité à dix le nombre de leurs collaborateurs. De plus, ayant choisi lui-même la plupart des directeurs de cabinet des ministres, Alexis Kohler a innové en les convoquant chaque mois au Palais pour une «réunion d'impulsion».

Par ailleurs, tous les directeurs d'administration centrale défilent à l'Elysée pour des entretiens d'objectifs, souvent en présence du secrétaire général. Des directives sont également données aux commissions parlementaires, dont les élus de la majorité sont longuement reçus à tour de rôle chaque lundi soir rue du Faubourg-Saint-Honoré, par l'intermédiaire du conseiller Stéphane Séjourné. «C'est une occasion d'échanger avec le Président sur nos objectifs», se félicite le fidèle Jean-Jacques Bridey. Dernier signe de cette emprise élyséenne: les détails du projet de budget 2018 ont été arbitrés par l'équipe Macron, en court-circuitant parfois Bercy et Matignon, dans un sens souvent plus libéral qu'Edouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin ne s'y attendaient. «L'Elysée a piloté le dossier et le premier ministre n'a pu qu'ajuster à la marge, notamment pour déminer le dossier des APL», regrette un parlementaire de la majorité, qui se plaint du mur de conseillers entourant désormais le Président, devenu moins facilement accessible. Depuis leur forteresse élyséenne, Emmanuel Macron et ses «Mormons» gèrent la France rênes courtes.

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