Politique

Le président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, qui a repris la direction du microparti de François Fillon, Force républicaine, effectue sa rentrée politique à La Baule, samedi 1er septembre.

Le Monde - 31 août 2018 - Entretien avec Olivier Faye

La démission de Nicolas Hulot sonne-t-elle le glas de l’engagement des ministres issus de la société civile ?

Elle est révélatrice, tout comme l’a été l’affaire Benalla, de la fin du nouveau monde. Emmanuel Macron a voulu imposer l’idée d’une République de l’exemple, de la vertu publique. L’affaire Benalla a montré au contraire que nous nous trouvons dans le règne du bon plaisir – cela nous ramène à l’ancien régime – et, pour ce qui concerne Nicolas Hulot, dans celui du double langage. Malgré son rang de ministre d’Etat, il a été choisi comme faire-valoir. C’est terrible qu’un ministre vienne devant un micro pour dire qu’il s’était menti à lui-même.

Les Français sont passés d’un espoir, il y a un an, à un doute, et désormais à la désillusion. La verticalité d’Emmanuel Macron n’est souvent que l’exaltation de sa propre personnalité, un narcissisme plutôt qu’une autorité de l’Etat rétablie. Elle devrait profiter à tous, mais elle n’est qu’à son seul service.

Vous retrouvez-vous néanmoins dans les réformes économiques du gouvernement ?

La désillusion des Français vient du fait qu’Emmanuel Macron avait dit pendant sa campagne que tous les politiques avaient échoué depuis trente ans. Or, sa propre politique ne produit pas de résultats. Sur le plan économique, nous sommes à la traîne en Europe, avec une croissance en baisse et un déficit public qui ne cesse d’augmenter. Nous avons le record mondial de la dépense publique et des impôts. Le chômage ne décroît pas. Emmanuel Macron se rêvait en grand transformateur, il fait la politique du petit raboteur.

Il est tenté par le modèle anglo-saxon, individualiste, qui allie une vision multiculturaliste de la société et une fragilisation de notre modèle social. Et remet en cause deux principes-clés : la solidarité entre les générations, avec la paupérisation des retraités, et l’universalité de la politique familiale, où il poursuit la politique de François Hollande de remplacement des allocations familiales par des prestations sociales.

Pensez-vous, comme l’a dit Laurent Wauquiez, que la « civilisation européenne » est « menacée par l’immigration de masse » ?

Ce qui taraude les peuples d’Europe, ce n’est pas seulement le chômage de masse, c’est aussi les questions immatérielles, existentielles, c’est-à-dire l’insécurité culturelle. Cela m’a toujours surpris de voir que des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, où le taux de chômage est faible, ont connu des insurrections électorales. On a voulu proclamer la fin de l’histoire, mais le tragique est revenu, avec le terrorisme islamiste.

Ce surgissement appelle le réveil des questions de civilisation. La question migratoire est en tête des grandes inquiétudes populaires. Or, on a voulu la laisser à l’abri du choix des peuples. Il est pourtant naturel que, sur un territoire national, dans une démocratie, y compris une démocratie libérale, on puisse faire le choix de ceux et de celles que l’on souhaite accueillir. Ou l’Europe change ou l’Europe meurt.

L’avenir de la droite européenne passe-t-il par des responsables comme Sebastian Kurz ou Viktor Orban, au pouvoir en Autriche et en Hongrie, tous les deux membres du Parti populaire européen, comme LR ?

Je ne pense pas que Kurz ou Orban puissent être des modèles pour la droite française – d’autant que l’Europe de l’Ouest n’a pas la même histoire politique que l’Europe de l’Est. La droite en France ne peut pas être illibérale, la base continue de la pensée occidentale, c’est la liberté. Mais Emmanuel Macron a tort de rejeter au ban des nations des gouvernements démocratiquement élus. Matteo Salvini n’est pas ma tasse de thé, mais son élection est la conséquence de l’échec de Matteo Renzi. Emmanuel Macron devrait consacrer son énergie à s’opposer au chômage et à l’insécurité plutôt qu’à Salvini ou à Orban. Traitons les causes au lieu de nous acharner sur les conséquences.

Les noms de Michel Barnier et de Jean Leonetti, tous deux clairement pro-européens, reviennent pour mener la liste de LR aux européennes. Leur profil correspond-il aux attentes de vos électeurs ?

La question pour la droite et le centre, ce n’est pas le casting, mais la ligne et le projet. Emmanuel Macron veut profiter des européennes pour fracturer un peu plus la droite. Dans son manichéisme, il crée un clivage entre les européens et les nationalistes : pourquoi pas les fascistes ! C’est un mauvais service à rendre à l’Europe que de laisser penser qu’il n’y a qu’un seul chemin, fédéral, que les peuples ont rejeté. Nous sommes pro-européens. Face au retour des vieux empires, il faut une réponse continentale, une Europe qui nous protège, qui arrête en même temps d’embêter les Européens dans leur quotidien et qui respecte l’identité et la souveraineté des peuples.

Laurent Wauquiez réinvente-t-il le logiciel de la droite ?

Une grosse partie du travail reste à faire. Je considère depuis le départ qu’il est le président légitime de notre parti. A partir du moment où on ne se présente pas à une élection, on en accepte le verdict. Ce que j’apprécie chez Laurent Wauquiez, c’est son côté bravache, il ne recule pas. Il a intégré la question de l’insécurité culturelle comme un point déterminant. Gare, toutefois : dans notre famille politique, certains sont tentés par l’étatisme. La droite française est trop colbertiste. Est-ce que c’est d’actualité de bureaucratiser un peu plus la société française quand on est à 56 % de dépense publique par rapport au PIB ?

Vous faites référence au député Guillaume Peltier. Laurent Wauquiez est-il animé par la même tentation ?

Dans ses déclarations de rentrée, je trouve son discours plus équilibré.

Vous considérez-vous comme l’héritier politique de François Fillon ?

Plus modestement, j’ai constaté pendant la primaire de 2016 qu’il existait un point d’équilibre idéologique, entre une droite de la liberté, une droite de l’autorité, bonapartiste, et une droite des valeurs. François Fillon s’en est rapproché. Notre électorat est prêt à se rassembler sur ce point d’équilibre idéologique.

Que vous prétendez incarner ?

Je veux incarner une droite qui rassemble sans se renier, et qui mène la bataille des idées plutôt que la guerre des chefs. Face à la politique de déconstruction d’Emmanuel Macron, la droite doit prôner une politique de civilisation, qui repose sur la liberté et sur l’identité. L’une et l’autre, plutôt que l’une ou l’autre.

Faut-il maintenir le principe d’une primaire à droite en vue de la présidentielle de 2022 ?

Il ne faut rien écarter. Nos militants ont souffert des divisions exprimées en 2016. Mais les partis politiques sont tellement affaiblis que la question se pose de la légitimité d’un parti à imposer tel ou tel candidat. Je rêve qu’un candidat s’impose de lui-même en 2022 : alors, il n’y aurait pas de primaire. Mais comment fait-on si ce candidat ne s’impose pas à tous ?

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