Tribune

Pour Franz-Olivier Giesbert, la chute de popularité du président n’est pas due à ses ennuis récents, mais à sa personnalité. Qu’il ferait bien de « chiraquiser »…

 Le Point - 6 septembre 2018 - Par Franz-Olivier Giesbert Franz olivier giesbert

Est-ce déjà le commencement de la fin après plus d’un an de présidence ? Trop courtes sont les analyses sur la chute de popularité de Macron. Ce qui est en question, à l’évidence, c’est moins sa politique que sa personnalité.

Sinon, la CGT l’aurait emporté haut la main sur la réforme de la SNCF au lieu de boire le bouillon une fois de plus. Sinon, les manifestations du printemps n’auraient pas été aussi squelettiques. Sinon, il n’y aurait pas chaque fois un certain consensus sur ses réformes qui, pour l’heure, restent assez modestes.

Si les Français admirent sa classe, son intelligence, excusez du peu, ils aiment de moins en moins Macron. Son cas n’est pas sans rappeler celui d’un président battu naguère malgré un bon bilan, et dont tout le monde s’accordait à reconnaître la vivacité d’esprit : VGE. Il y a du Giscard chez Macron. L’arrogance de la modernité. L’insolence du brio, de la comprenette.

Ce n’est pas si grave, diront les spin doctors, il suffit de changer de personnage et d’inventer un nouveau Macron « plus proche du peuple. » En démocratie, les premiers de la classe sont rarement populaires longtemps ; ils ont tôt fait de passer pour des têtes à claques parisiennes.

Les Français ne sont pas tous des Parisiens, contrairement à ce que veut nous faire croire le microcosme. La preuve, notre pays a installé à l’Elysée une longue cohorte qui, de Pompidou à Mitterrand, de Chirac à Hollande, apportait à Paris, collée aux semelles de ses chaussures, la glaise auvergnate, corrézienne, charentaise. Sans parler des odeurs de foin, de fumier, de foire agricole. Nous étions loin de l’hygiénisme high-tech qui prévaut aujourd’hui.

« La politique, c’est comme l’andouillette, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop. » Elève Macron, vous recopierez ça cent fois. C’est ce que disait le Lyonnais Edouard Herriot, grande figure du radicalisme de la IIIe République, fin lettré, par ailleurs académicien. Un propos génial, toujours vrai dans beaucoup de disciplines. Une leçon de modestie.

Les peuples n’aiment pas la perfection, le nickel-chrome. A propos de Giscard, un excellent écrivain oublié qui ne l’aimait pas observait drôlement : « On a tout dit, sauf qu’il était physiquement trop propre et croyait qu’il entraînerait la France derrière lui en laissant, dans son élégant sillage, un parfum délicat de savonnette » (Jean Cau). Avis à l’habilleuse de Macron : ses chemises blanches manquent de bugnes, ses cravates de macules.

Les pays adorent les présidents quand ils sont à leur image. D’où l’indestructible popularité aux Etats-Unis de Ronald Reagan ou de Bill Clinton, qui n’ont jamais prétendu remporter des concours d’intelligence mais ont incarné jusqu’à la caricature l’Amérique éternelle. Tout au long de sa carrière, Jacques Chirac, un érudit qui pensait en millénaires et ne s’aimait pas, s’est ingénié à passer pour un inculte, un lourdaud de la France profonde. Avec succès auprès de la presse gogo.

Macron aussi est d’origine provinciale. Qu’attend-il donc pour s’en souvenir et se chiraquiser ? Rien de plus facile et la popularité reviendra dans la foulée, on prend tous les paris, car, pour le reste, ses ennuis actuels relèvent, à une exception près, de la roupie de sansonnet. Récapitulons.

1) La démission de Nicolas Hulot est un épiphénomène. Pour qu’elle soit le drame que l’on dit, il eût fallu qu’il fût ministre, pardon, un vrai, un grand ministre. Il n’aura été qu’un zombie qui, au premier conflit, passait sous la table.

2) Les petites phrases provocatrices que le président égrène au fil de ses voyages à l’’étranger tintinnabulent quelques jours comme des casseroles et puis s’oublient. Les « bons mots » n’ont jamais fait de mal à leurs auteurs. Sinon, Churchill, Mozart de la formule, n’aurait pas fait carrière. Leurs écarts de langage n’ont jamais tué non plus Trump ni Sarkozy.

3) La montée des critiques contre sa « politique économique droitière » qui ne profiterait qu’aux « riches ». C’est ce que prétendent nos chers confrères à propos de tous les présidents, même quand, comme François Hollande, ils sont de gauche. Contre l’évidence, les médias français ont la berlue, qui s’obstinent à dénoncer les méfaits du libéralisme en France alors qu’avec 57 % de dépenses publiques par rapport au PIB nous sommes plus proches, police politique mise à part, d’un modèle communiste.

4) La pitoyable affaire Benalla, l’ancien garde du corps du président qui allait casser du manifestant pendant ses heures de travail, a montré un certain amateurisme à l’œuvre au plus haut niveau de l’Etat-Macron mais elle a fini par se retourner contre la presse qui, faisant preuve d’une hystérie grotesque, avait cru trouver là un scandale du niveau de l’incendie du Reichstag.

Si Macron est aujourd’hui plus impopulaire que Hollande à la même période de son mandat, c’est aussi parce qu’il n’a pas de résultats sur la croissance, l’emploi, etc. Les hirondelles aussi sont en grève…§

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