Voeux IREF 2019

Politique

« Monsieur le Président, je vous fais une lettre. Que vous lirez peut-être. Si vous avez le temps ».

IREF - par Jean-Philippe Delsol, le 7 janvier 2019

Mais à l’inverse de Boris Vian, nous ne voulons pas déserter, nous voulons rembarquer sur une France nouvelle, plus ouverte, plus dynamique, plus conviviale, plus forte.

Les motivations des Gilets jaunes sont diverses et nombreux sont ceux qui tentent de les récupérer. Leur mobilisation est plus celle de la guérilla que celle des grandes manifestations populaires, mais l’importance du soutien que leur accorde l’opinion marque la réalité exprimée par leur mouvement. Malgré un vote très éparpillé à l’élection présidentielle et un nombre de votants modéré, vous avez réussi à former une majorité parlementaire novice mais suffisamment nombreuse pour vous permettre de faire passer des réformes rapidement avec l’approbation d’une opinion gagnée par votre succès et votre discours.

Las, l’opinion s’est aussi vite aperçue que les mots ne suffisaient pas et que votre omniprésence ne faisait pas une politique. Les salariés ne demandaient pas cette prise en charge par l’Etat, au demeurant tardive, de leurs cotisations chômage et maladie financée par un alourdissement immédiat de la CSG dont les retraités et les titulaires de revenus fonciers ont été les victimes immédiates et définitives. Vous les infantilisez quand le rôle du chef est au contraire de faire grandir ceux qu’il gouverne. Prendre aux uns pour donner aux autres conduit d’ailleurs généralement à la ruine de tous ! Cette cuisine politique aurait pu être compensée par des mesures drastiques de réduction des dépenses publiques pour annoncer une baisse sensible et prochaine des prélèvements obligatoires, mais il n’en a rien été. Les dépenses publiques ont poursuivi leur ascension. L’année 2017 s’est encore traduite par l’embauche de 45 000 fonctionnaires, hors contrats aidés. L’année 2018 ne l’a pas rachetée. La réforme du statut des cheminots a été menée sans tumulte excessif de la part des intéressés, mais c’est peut-être parce que les renégociations des conventions collectives des employés du rail laissent craindre que ceux-ci y regagnent ce qu’ils ont perdu par la loi…

De votre politique, les classes moyennes et plus modestes n’ont retenu que l’avantage consenti aux bénéficiaires de revenus mobiliers, par la flat tax à 30%, et l’abolition de l’ISF qui n’a pas contenté les classe moyennes supérieures dont le patrimoine surtout immobilier reste assujetti à l’IFI. La réalité est que ce qui a été fait, qui n’est pas négligeable, l’a été à moitié en provoquant l’insatisfaction de tous. Et le pire est peut-être à venir avec le prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source qui, à défaut d’avoir d’abord simplifié l’impôt par un taux unique comme nous le suggérons, augmentera l’incompréhension de ceux dont la paye sera amputée sans que les déclarations soient allégées.

Vos projets sont trop intellectuels et idéologiques. Les Français ne suivent pas. Toutes vos réformes contribuent à augmenter l’emprise de l’Etat sur la société alors qu’ils voudraient au contraire, comme le demandaient au début les Gilets jaunes, retrouver leur autonomie, vivre de leur travail plutôt que de subventions. Et votre seule réponse aux revendications des ronds points a été de rehausser les avantages sociaux ! Dans l’adoption annoncée d’un régime généralisé de retraites par points, les Français ne voient, à juste titre, que la volonté du gouvernement de tout centraliser en réduisant les avantages de certains, notamment des bénéficiaires de pensions de réversion, et en pillant les caisses de certaines branches ou professions qui ont su épargner mieux que d’autres. Laissez les Français s’occuper de leurs affaires et d’abord en les laissant décider de leurs retraites qu’il faut leur permettre de constituer par capitalisation car c’est la seule façon de préserver l’avenir.

Vous avez raison de vouloir changer la France qui peine dans la compétition mondiale en supportant, de tous les pays développés, le montant le plus élevé de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires. Mais il faut commencer par la réforme de l’Etat dont vous êtes responsable et qui s’occupe de tout aujourd’hui à tort et à travers.

Nous vous suggérons de revenir dès que possible sur vos décisions gadgets comme la réduction à 80 km/h de la vitesse sur routes ou le prélèvement à la source. Abandonnez aussi la transition écologique contre le réchauffement, car ça n’a pas de sens de faire dépérir les Français pour sauver hypothétiquement la planète de maux dont personne ne peut garantir qu’ils en sont responsables, avec des remèdes dont on sait qu’ils sont très coûteux mais peut-être totalement inefficaces. Veillez, pour la santé de chacun, à poursuivre une lutte raisonnable contre la pollution et ce sera déjà très bien. Rendez aux collectivités locales leur autonomie fiscale et responsabilisez-les dans la gestion économe de leurs dépenses plutôt que de vouloir les contrôler toujours plus en les privant de ressources propres.

Pour le reste, le meilleur moyen d’abaisser les dépenses et les impôts est de mettre en concurrence les services publics qui peuvent être gérés par des acteurs privés. Votre réforme de l’assurance chômage pourrait permettre à ceux qui le veulent de s’assurer eux-mêmes. Pour obtenir un meilleur tarif, ils seraient sans doute plus attentifs aux conditions du contrat et resteraient peut-être moins longtemps au chômage s’ils pouvaient en retirer des avantages tarifaires. C’est ainsi que ça fonctionne en matière d’assurance automobile de manière satisfaisante pour tout le monde. De la même manière, la liberté pourrait aussi être rendue à chacun de s’assurer en matière de retraite ou de maladie-maternité auprès d’une mutuelle ou compagnie autre que l’URSSAF, comme cela se fait en Allemagne sous certaines réserves. Mettez les hôpitaux publics en compétition ; mettez-y aussi les écoles pour faire réagir le Mammouth que vous n’arriverez pas à transformer durablement sans obliger les syndicats et les enseignants à se plier aux exigences de la concurrence. Et ce serait autant d’économies puisque le coût d’un élève dans le privé est près de deux fois inférieur à celui du public.

Avec l’argent économisé, augmentez le niveau de vie des Français en réduisant les impôts et charges d’une part et consolidez les services de la sécurité et de la justice de l’Etat d’autre part. Les Français ne comprennent pas que des casseurs puissent agir de manière impunie, que la justice s’occupe sans coup férir des leaders des Gilets jaunes et reste impuissante à contrôler les « Fichés S », que des quartiers entiers soient exclus de l’ordre républicain… Faites bien ce que l’Etat doit faire. Le reste, laissez-nous nous en charger. Permettez aux Français d’assurer la responsabilité de leur vie et d’en retrouver le sens plutôt que de vouloir les prendre en charge du berceau à la tombe. Ce sont les vœux que nous exprimons pour vous et peut-être surtout pour les Français.

Jean-Philippe Delsol

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