François xavier Bellamy - Ambition France

Politique

Surprise. A la tête de la liste des Républicains aux européennes, ce professeur de philosophie trentenaire au catholicisme affirmé perturbe le duel entre macronistes et lepénistes. Entretien-confession.

Le Point - 28 mars 2019 - Propos recueillis par Jérôme Cordelier

Nombre de ses proches lui conseillaient de ne pas y aller, au sein de son camp politique beaucoup se montraient circonspects – euphémisme – sur sa capacité à rassembler, son entrée en campagne a été saluée par un tir médiatique nourri sur ses convictions. Pourtant, propulsé à la tête de la liste Les Républicains (LR) aux européennes par Laurent Wauquiez, François-Xavier Bellamy creuse son sillon dans la campagne, dopé par des sondages favorables. D’ici à fin mai, tout peut se passer, évidemment, mais la tête d’affiche novice a d’ores et déjà permis à sa famille politique exsangue de réimprimer dans le débat public. Ce philosophe trentenaire a fait son succès comme auteur et conférencier en défendant des valeurs du « vieux monde », à l’ère du zapping consumériste et mondialisé, comme la transmission, l’enracinement, le service pour le bien commun. Il est né à Versailles, ville dont il est adjoint au maire et où il a appris, dit-il, le sens de l’engagement, en étant chef scout et en s’impliquant dans des associations pour la réinsertion de chômeurs. Il est catholique. Rejetant tout communautarisme, il assume une foi qui l’a forgé et a nourri ses engagements, quitte à choquer en affirmant son oppposition « à titre personnel » à l’IVG. Dans cette élection, il aura pour adversaire une autre catholique pratiquante, Nathalie Loiseau, tête de liste LREM. L’ancienne ministre ne s’exprime quasiment jamais sur ce sujet, mais ces deux politiques venus de la société civile, chacun avec leur vision du monde, sont à l’aune de ces cohortes de chrétiens qui, discrètement, à droite, à gauche, au centre, à contre-culture , et malgré une déchristianisation actée et une crise historique qui frappe l’Eglise, vivifient par leurs engagements leur environnement et le débat public. Ils s’inscrivent ainsi dans les pas de leurs aînés, nombreux, à droite, au sein des Croix-de-Feu ou de sa rivale l’Action française et, à gauche, dans le Sillon de Marc Sangnier, précurseur d’un centrisme démocrate-chrétien incarné ensuite par le Mouvement républicain populaire (MRP), puis par des personnalités comme Jacques Delors ou François Bayrou, et dont les valeurs furent à l’origine de l’Union européenne... François-Xavier Bellamy incarnerait-il un réveil catholique ?

Entretien iconoclaste

Le Point : Vous qui aimez la compagnie des philosophes, des poètes et des étudiants curieux, n’êtes-vous pas malheureux dans cette campagne européenne ?

François-Xavier Bellamy :[Rires.] Non ! Cette campagne est une chance immense pour faire entendre une autre voix. La réflexion philosophique doit nous aider à poser des mots sur les grands enjeux et peut contribuer à nous apporter du discernement. La seule chose qui me rend malheureux, c’est de faire parfois l’expérience de la pauvreté du débat public. Quand, par exemple, le candidat du Rassemblement national, Jordan Bardella, publie un extrait de neuf secondes d’une de mes interventions pour me faire dire le contraire de mon propos, cela me désole – non pour moi, mais pour la qualité de notre délibération collective. Cela me renforce dans la volonté de continuer à défendre une politique qui échappe à la superficialité des sectarismes et des slogans. Sur le fond, il y a quelque chose de merveilleux à tenter de concilier le concept avec l’expérience, l’idée avec l’action, l’élévation platonicienne avec le réalisme aristotélicien. C’est ce que je vis à mon humble mesure depuis dix ans comme élu local, et actuellement dans cette campagne. Ce qui a beaucoup stérilisé la vie politique française, c’est le divorce entre la pensée et l’action, comme le disait Bergson. D’un côté, il y a des intellectuels qui peuvent s’enfermer dans l’incantation, faute d’avoir affaire à la complexité du réel et, de l’autre, des responsables politiques qui, trop souvent, n’ont pour seul discours que celui du pragmatisme et de l’efficacité, sans se préoccuper de fonder leur action sur une vision du monde. Il faut redonner du sens à notre vie politique.

Que l’essayiste Raphaël Glucksmann conduise une liste socialiste et écologiste pour ces élections européennes est donc une bonne nouvelle ?

Cet engagement est intéressant : il montre que la politique renoue avec les idées, mais aussi que des intellectuels ressentent l’obligation de s’engager. Quand Laurent Wauquiez m’a proposé de conduire la liste des Républicains, beaucoup m’ont conseillé de rester à distance de la politique et de continuer à écrire ; mais quelle légitimité vous reste-t-il pour commenter la crise que nous traversons si vous avez refusé d’apporter votre contribution pour tenter de la résoudre ?

Comment parler d’Europe dans un langage audible ?

En faisant vivre une réflexion qui ne se réduise pas à un choix binaire et manichéen. Le sujet n’est pas pour ou contre l’Europe, les gentils progressistes contre les méchants populistes. Le véritable enjeu est le suivant : quelles décisions allons-nous prendre pour que le projet européen retrouve consistance et crédibilité ? Pour répondre concrètement à cette question, nous faisons 75 propositions, dans tous les domaines : économie et commerce international, immigration, environnement… Sur tous ces sujets, nous voulons une Europe qui nous renforce au lieu de nous fragiliser.

Vous qui êtes chrétien, êtes-vous à l’aise avec un projet qui promeut une Europe citadelle ?

Ce mot de citadelle me renvoie à un auteur familier [Saint-Exupéry, NDLR]. L’Europe est un des rares endroits du monde où les murs ont mauvaise presse. Tous les pays, y compris sur le continent africain, savent la nécessité de maîtriser leurs frontières et de contrôler les flux migratoires ! Les murs ne sont pas synonymes de fermeture ; au contraire, ils sont la condition de l’ouverture : vous ne pouvez accueillir chez vous que si vous avez quatre murs et une porte à ouvrir.

Le premier à se battre contre les murs, c’est le pape François : « Nous avons besoin de ponts, pas de murs. »

Les ponts relient des foyers, des cités qui se définissent par un dedans et un dehors. Il suffit d’aller porte de la Chapelle à Paris pour se rendre compte qu’une immigration qui n’est pas maîtrisée produit du malheur à grande échelle. Je ne défends pas l’égoïsme et le repli sur soi : si le but est de pouvoir accueillir au mieux ceux qui en ont vraiment besoin, nous faisons exactement l’inverse de nos jours.

L’Europe est-elle toujours fidèle aux valeurs des pères fondateurs ?

L’Europe s’est sans doute perdue en chemin. La vision que défend Emmanuel Macron est très étrangère à celle qui a fait naître et avancer cette construction collective : le rêve d’un super-Etat à qui l’on transférerait la souveraineté des nations n’a jamais fait avancer l’Europe. Au contraire : elle a toujours trouvé sa plus grande efficacité quand elle a été l’occasion de coopérations concrètes entre des peuples souverains, qui partagent des éléments d’actions pour se lier et se renforcer. La Communauté européenne du charbon et de l’acier, c’est tout le contraire de l’Europe des agences, des comités, des institutions abstraites, d’une technostructure sans âme. Il nous faut renouer avec l’Europe des projets plutôt qu’avec celle des normes.

Ces valeurs originelles, inspirées par des démocrates-chrétiens, sont-elles menacées ?

Nous sommes confrontés à une indéniable montée de la défiance envers l’Europe, et plus largement envers la démocratie et la politique ; mais Emmanuel Macron s’y prend à rebours quand il fait de cette défiance son seul adversaire. Il y a quelques jours, en Moselle, un agriculteur me confie : « J’ai toujours cru au projet européen, dans cette région qui a tant souffert. Mais quand l’UE a permis l’entrée de milliers de tonnes de soja OGM sur le marché commun, alors qu’on m’interdit d’en produire, je me suis dit : l’Europe, pour moi, c’est fini. » Eh bien, je ne me sens pas en droit de dire à cet agriculteur qu’il est un méchant populiste. Je ne peux pas insulter son inquiétude. Nous devons entendre cette colère, non pour prospérer dessus comme le font le Rassemblement national ou Nicolas Dupont-Aignan, mais pour y répondre de façon efficace.

Dans « L’archipel français » (Seuil), le politologue de l’Ifop Jérôme Fourquet décrit une France entrée dans une « ère postchrétienne ». Partagez-vous ce diagnostic ?

Ce que montre ce livre, c’est que la France devient une juxtaposition de communautés qui n’ont plus de liens entre elles. Pour un responsable politique, c’est une source d’inquiétude profonde : une société ne vit que par le commun qui la lie. Du point de vue de la pratique religieuse, Jérôme Fourquet constate que le christianisme n’est plus majoritaire. Mais je crois aussi que la France et l’Europe ont été formées et mûries pendant des siècles par la tradition chrétienne en particulier. On ne peut pas nier l’importance de cet élément décisif dans notre conception du monde, notre tradition juridique, nos institutions politiques, notre culture, notre architecture… Il faut savoir nommer les racines judéo-chrétiennes et gréco-latines de notre civilisation pour retrouver ce lien commun. Il ne s’agit pas d’une affirmation au service d’une communauté particulière : ces racines n’appartiennent pas à ceux qui se reconnaissent chrétiens aujourd’hui. Si nous ne retrouvons pas ce qui a fait notre pays, nous serons piégés par la fragmentation communautariste, avec des citoyens qui ne se savent plus liés par un héritage partagé.

Fourquet souligne « une dislocation de la matrice catholique » qui structurait notre société. Qu’en pensez-vous ?

Du point de vue cultuel, c’est une évidence. Au contraire, d’un point de vue culturel, je n’y crois pas. Notre vie quotidienne est façonnée par la sédimentation de cette histoire millénaire qui nous permet de garder des rituels communs. Comme l’écrit Saint-Exupéry dans « Pilote de guerre », sans croire en Dieu, on peut être prêt à donner sa vie « pour un certain goût des fêtes de Noël ». Dans son discours aux Bernardins, Emmanuel Macron expliquait qu’il ne s’intéressait pas à la question des racines chrétiennes de l’Europe : ce qui compte, disait-il, ce n’est pas les racines, c’est la sève. Mais toute personne qui, un jour, a planté un arbre sait que l’on a peu de chances d’avoir de la sève sans racines…

Le statisticien montre aussi qu’il y a de moins en moins d’enfants prénommés Marie en France et de plus en plus de Mohamed, en précisant que 18,5 % des prénoms en France étaient arabo-musulmans en 2015… Est-ce un problème ?

Qu’une immigration forte ait contribué à changer la sociologie française, personne ne peut le nier. Cette réalité nous oblige à deux réactions. D’abord, de façon urgente, il faut baisser les flux migratoires pour prendre le temps d’intégrer. Dans ce contexte de fracturation communautariste, c’est une folie de délivrer, comme nous le faisons, toujours plus de titres de séjour – 256 000 l’an dernier, l’équivalent d’une ville comme Bordeaux… Ensuite, nous devons redoubler d’efforts pour transmettre une culture commune. Et les jeunes, y compris ceux qui sont issus de l’immigration, aspirent à cela ; je le vois comme enseignant : aucun élève ne m’a jamais dit qu’il trouvait nos cours ethnocentrés. Cette objection, je l’ai entendue de ceux qui nous dirigent. Nous avons quand même élu un président qui a affirmé qu’« il n’y a pas de culture française » ! Ce déni de réalité est au cœur de la panne d’intégration que nous connaissons. Si nous voulons que notre société ne se dissolve pas dans l’individualisme et le communautarisme, il faut offrir quelque chose à aimer. Tous les jeunes Français sont les héritiers légitimes de notre patrimoine commun. Encore faut-il le leur transmettre. Le succès de l’islamisme dans nos banlieues est lié au vide qu’il remplit, ce vide que nous avons laissé en renonçant à dire qui nous sommes et ce que nous avions à partager. Après les attentats, nous nous sommes tous demandé ce que nous avions à défendre : nous avons évoqué notre mode de vie, une civilité partagée, l’affirmation de la liberté de conscience ou de la liberté de la presse… Tout cela est évidemment lié à une civilisation, à son identité singulière, qui a mûri dans notre histoire et qu’il faut pouvoir nommer à nouveau.

Vous portez un prénom qui peut aussi être connoté, celui d’un grand aventurier jésuite, évangélisateur du Japon au XVIe siècle, qui convertit des foules. Une inspiration pour vous ?

Il fut aussi professeur de philosophie à la Sorbonne ! C’est une très belle figure de dévouement et de don de soi.

Alain Duhamel, dans « Libération », vous a décrit comme « imprégné du traditionalisme catholique du XIXe siècle ». Cela vous irrite-t-il ?

Pourquoi faudrait-il que tout catholique qui s’engage soit systématiquement ramené à son identité confessionnelle ? Je suis catholique, c’est vrai, mais à aucun moment dans mes engagements publics je n’ai appuyé mes expressions sur une argumentation religieuse. Non pas parce que je n’assume pas ma foi, mais parce que dans l’ordre politique comme philosophique, c’est la raison qui doit s’exprimer. Rappelons que le christianisme a inventé la laïcité, en distinguant le temporel et le spirituel, et en affirmant progressivement le respect profond que l’on doit à la liberté de conscience.

Dans « La Croix » du 13 janvier 2019, vous dites : « Le christianisme n’a pas à devenir un programme politique, ce serait très dangereux. » Pourquoi ?

Le fait d’être chrétien, comme d’une autre religion, ne contient pas en lui-même les compétences pour prendre des décisions politiques – pour savoir si réduire la dette de l’Etat doit passer par la réduction des dépenses ou l’augmentation des impôts, comment maîtriser les flux migratoires ou faire face à la crise climatique… Le christianisme n’est donc pas un programme politique. Toute l’histoire de l’Europe a vu se distinguer le pouvoir des princes et celui des papes.

Schuman, De Gasperi, Adenauer, les fondateurs de l’Europe, étaient imprégnés de valeurs chrétiennes ; comme de Gaulle, elles ont guidé leur action, et cela ne posait pas de problème. Pourquoi en France en 2019, vu les attaques dont vous avez fait l’objet lors de votre intronisation, le tolère-t-on moins ?

Est-ce du déni de réalité, une forme de haine de soi sur notre Vieux Continent ? Il y a là en tout cas un vrai danger pour la liberté d’expression. Quand j’entends Mme Buzyn dire que je ne serais pas républicain, je suis frappé par une telle absurdité : vous l’avez dit, le général de Gaulle avait des convictions sans doute semblables aux miennes sur bien des points. Mme Buzyn le considérerait-elle comme antirépublicain ? Quand Mme Schiappa parle de « convergence idéologique » entre La Manif pour tous et les « terroristes islamistes », et qu’elle est reprise sans distance par Mme Belloubet, qui voit des « ramifications » entre ces groupes, et M. Mahjoubi, qui affirme qu’il « combat les deux », les bras m’en tombent. Comment nos ministres peuvent-ils traiter des Français comme les plus dangereux de nos ennemis, au seul motif qu’ils ne pensent pas la même chose qu’eux ?

La France devient-elle puritaine ?

Il est vrai que nous semblons bien souvent entrés dans une société de surveillance, avec une conception presque policière du débat public. Un certain puritanisme des idées est à l’œuvre : presque tout est permis dans les actes, mais presque tout est interdit dans l’expression. Le rôle des médias, parfois, est moins de rendre compte de la diversité des points de vue que de pointer des dérapages, de disqualifier les opinions divergentes, d’écarter toute différence de la conversation civique légitime. Cela crée une tension permanente et pesante : il faut retrouver un peu de sérénité, de respiration dans l’échange. Nous avons besoin de réapprendre à être en désaccord sans nous juger.

Vous avez toujours refusé avec force le communautarisme. Mais vous considérez-vous, par ce que vous voulez transmettre, comme un homme politique chrétien ?

Je suis catholique et, à mon grand étonnement, j’y suis d’ailleurs sans cesse ramené dans le débat public. Peut-être est-ce pour tenter de me réduire à une étiquette. Pour ma part, bien sûr, j’assume parfaitement ce que je suis, mais je n’ai jamais voulu m’engager pour défendre une bannière ou une communauté. Je suis simplement un jeune Français qui veut contribuer à l’avenir qu’il espère pour son pays et servir le bien commun qui nous lie. Pour moi, la politique n’a pas d’autre sens que cette volonté de servir quelque chose qui nous dépasse. Les responsables politiques ne créent pas d’emplois, ne produisent pas de valeurs, ne suscitent pas de lien social. Tout leur travail consiste à se mettre au service de ceux qui agissent pour le faire.

Penchez-vous plutôt du côté du calviniste Viktor Orban, Premier ministre de la Hongrie, ou du catholique ministre-président de Bavière, Markus Söder, partisan d’accrocher des crucifix aux murs dans les bâtiments publics ?

Nous devons éviter deux écueils. Le premier serait celui du déni de réalité, dont j’ai déjà parlé, par rapport à nos racines, à notre histoire, à notre héritage commun. C’est notre erreur principale : quand on ne vous entraîne pas à partager ce qui fait l’histoire et la culture de votre pays, vous allez chercher votre identité ailleurs, dans une histoire familiale par exemple, qui vous relie à l’immigration dont vous provenez. Mais, face à ce déni, il serait tout aussi aberrant de tomber dans l’instrumentalisation de la religion. Certains politiques ont une manière d’utiliser les symboles confessionnels qui me semble plutôt être un dévoiement. Un chapelet, par exemple, n’est pas fait pour être brandi dans un meeting, comme le fait Matteo Salvini. Le christianisme trouve son sens non quand il est mis en scène, mais quand il est vécu en profondeur, comme tant de chrétiens le font dans les lieux où ils s’engagent dans notre société.

Dans votre dernier livre, « Demeure » (Grasset), vous écrivez : « Il nous faut retrouver le sens authentique de la politique, qui consiste moins à transformer qu’à transmettre. Nous devrions évaluer la qualité de l’action menée par nos gouvernants non à partir de ce qu’ils auront réussi à changer, mais de ce qu’ils auront réussi à sauver. Voilà, paradoxalement, la vraie révolution qui nous attend aujourd’hui. » Le statu quo comme une ambition politique ?

Dans une période de crise telle que la nôtre, sauver ce qui mérite de l’être, c’est tout l’inverse d’un statu quo. Le progressisme veut tout changer, alors que l’essentiel est de préserver ce à quoi nous tenons et ce qui nous tient – le miracle fragile de la vie en commun, le bel et complexe équilibre qui fait une société paisible, ordonnée et prospère, la possibilité de partager nos désaccords à travers une langue et une culture communes dans le débat démocratique, un environnement qu’il faut protéger pour laisser à ceux qui nous suivront un monde qui soit encore vivable… Oui, on devrait évaluer nos politiques, à la fin de leur mandat, à ce qu’ils ont pu sauver de tout cela ; ce qui exigera d’eux des actes bien plus importants que toute l’agitation inutile à laquelle la politique semble être aujourd’hui réduite.

Dans « Demeure », vous instruisez aussi le procès du progressisme, « illusion absurde » qui « a détruit l’idée du progrès en décrivant le changement comme nécessaire par principe ». Peut-on être conservateur sans être réactionnaire ?

Si cela signifie figer les choses dans l’état où elles se trouvent, mon propos n’est pas d’être conservateur. Encore une fois, d’importants choix nous attendent. De ce point de vue, je ne récuse pas l’idée de progrès. Mais il ne suffit pas d’être en marche pour aller dans la bonne direction. Or c’est là la question principale : vers où allons-nous ?

Pour survivre en politique, il faut souvent savoir trahir et tuer. Y êtes-vous prêt ?

Je suis élu et adjoint au maire de Versailles depuis dix ans, on m’a proposé d’être tête de liste dans cette élection européenne ; et pour cela, je n’ai jamais eu besoin ni de trahir ni de tuer. La politique n’a jamais été un plan de carrière pour moi, je prends les choses comme elles viennent. Je ne partage pas la conception du monde darwinienne d’Emmanuel Macron, l’opposition entre ceux qui réussissent et « ceux qui ne sont rien ». Ce qui fait avancer une société, ce n’est pas la compétition destructrice ni l’ambition individuelle, mais le désir de se donner pour quelque chose qui nous dépasse. C’est dans cette expérience de pouvoir servir un bien plus grand que soi que se trouve la seule réussite. Notre époque consumériste et individualiste l’a oublié, mais cette aspiration est au cœur de l’expérience humaine. C’est d’ailleurs cela que tant de jeunes recherchent malheureusement dans l’islamisme : une raison de se donner que nous n’avons pas su offrir. La politique aura retrouvé son sens quand nous saurons de nouveau qu’elle n’est pas un moyen de prendre le pouvoir à tout prix, mais un lieu parmi d’autres pour se trouver en se donnant.

Partagez cet article
  1. Commentaires (0)

  2. Ajouter le votre

Commentaires (0)

Voté 0 sur 5 basé sur 0 voteurs
Il n'y a pas encore de commentaires postés ici

Ajouter vos commentaires

  1. Poster en tant qu'invité.
Rate this post:
0 Caractères
Pièces jointes (0 / 3)
Partager votre emplacement
Tapez le texte présenté dans l'image ci-dessous. Pas clair?

Ajoutez votre commentaire

5000 caractères restants


Nos Visiteurs

137537
Aujourd'huiAujourd'hui37
HierHier668
Cette semaineCette semaine2638
Ce mois-ciCe mois-ci13520
Depuis toujoursDepuis toujours137537
Le jour le plus visité et pays d'origine du dernier visiteur 01-13-2019 : 1097
UNITED STATES
US

Vous connecter

Notre Lettre d'Information

Abonnez-vous et recevez gratuitement la Lettre Ambition France.
Civ.
J'accepte que mes données personnelles soient conservées par Ambition France
Si vous ne souhaitez plus recevoir notre Lettre d'Informations, merci de vous désinscrire ci-dessus après avoir rempli tous les champs
Voir notre politique de confidentialité

Acteurs Société Civile

Europe - Consultations citoyennes