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Ce qui aura permis à l’ancien président de viser le fameux rassemblement de «deux Français sur trois» est sa capacité à allier continuité et innovation, enracinement et modernité, selon les signataires de cette tribune collective.

Le Figaro Vox - le 14 décembre 2020 - Par Tribune collective

En 1974, la France sort de quinze années marquées par la formidable empreinte du Général De Gaulle, les événements de mai 68, le projet avorté de «Nouvelle société» lancé par Jacques Chaban-Delmas et le choc pétrolier de 1973. Après la disparition soudaine de Georges Pompidou en avril 1974, les Français attendent du futur président qu’il soit capable de répondre aux attentes d’une nouvelle génération tout en étant fidèle aux valeurs de leur pays. Ils choisissent, au terme d’une campagne passionnée, Valéry Giscard d’Estaing qui, à 48 ans, s’impose comme un homme moderne en même temps qu’attaché à la fierté de notre longue histoire, et leur propose le «changement dans la continuité».

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Giscard ouvre dans le pays un impressionnant programme de réformes. Sur le plan sociétal, il abaisse de 21 à 18 ans l’âge de la majorité, instaure le divorce par consentement mutuel, donne aux femmes accès à tous les emplois de la fonction publique, permet à ces dernières d’interrompre leur grossesse dans des conditions dignes et abolit toute une série de règlementations tatillonnes qui compliquaient la vie quotidienne des Français. Sur le plan social, en réponse à la crise pétrolière, il fait bénéficier les chômeurs d’une indemnisation égale à 90% de leur salaire, décide de porter le SMIC et le minimum vieillesse à des niveaux décents et fait voter la loi d’orientation en faveur des handicapés.

Sur le plan économique, avec Raymond Barre, il permet au pays de sortir de la période d’après-guerre en mettant fin à la règlementation des prix. Sur le plan environnemental, il fait adopter la première grande loi posant les principes de protection de la nature, et, sur le plan culturel, s’attache à définir une politique du patrimoine et décide la création du musée d’Orsay.

Parallèlement, il libère la ville de Paris du carcan de la tutelle de l’État, en permettant aux Parisiens d’élire directement leur maire, et met fin au contrôle du Gouvernement sur la télévision

Conscient de la transformation du monde, il promeut ce qu’on a appelé la troisième génération des libertés et des droits, après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946, en faisant voter plusieurs lois fondamentales: celle sur l’informatique et les libertés, avec la création de la Commission nationale Informatique et Libertés, celles imposant à l’administration de motiver ses décisions et de donner accès à la plupart des documents et données en sa possession, enfin, celle permettant aux parlementaires de saisir le Conseil constitutionnel.

Parallèlement, il libère la ville de Paris du carcan de la tutelle de l’État, en permettant aux Parisiens d’élire directement leur maire, et met fin au contrôle du Gouvernement sur la télévision. Il se refuse à modifier les échéances électorales prévues et les modes de scrutin.

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Convaincu de leur importance stratégique pour le développement du pays, Giscard lance plusieurs grands programmes de modernisation. Celui de l’éducation, avec la mise en place du collège pour tous en 1975 afin de donner un «savoir commun» à tous les jeunes Français, comme il l’écrit dans Démocratie française, en 1976. Mais aussi celui d’un réseau moderne de télécommunications qui va permettre à la France, lanterne rouge de l’Europe en 1974, de disposer dix ans plus tard des meilleurs équipements d’Europe. En outre, il développe avec détermination le programme d’indépendance énergétique de la France et lance la construction du TGV.

Profondément européen, il s’associe au chancelier Helmut Schmidt pour inventer l’avenir de notre continent en le dotant d’un exécutif, le Conseil européen, et d’un Parlement, élu au suffrage universel pour la première fois en 1979, avec comme présidente Simone Veil. Le «couple franco-allemand» dessine les prémices de la monnaie unique. Au plan international, Giscard invente le «G 6» et organise à Rambouillet la première rencontre des dirigeants des plus grandes puissances économiques. Dans le monde, le président français donne de notre pays l’image de l’autorité (souvenons-nous de Kolwesi) et de l’intelligence, ainsi qu’un style.

Grâce à son talent, reconnu par tous, il explique les choses les plus complexes en termes simples

Sur tous ces sujets, et sur bien d’autres, ce qui frappe, c’est la capacité de Giscard à être à la fois lucide sur la réalité des choses, visionnaire pour imaginer le monde nouveau et apte à agir avec efficacité et donc à transformer notre pays en visant à rassembler, comme il en aura l’intuition dans un livre publié en 1984, 2 Français sur 3. Grâce à son talent, reconnu par tous, il explique les choses les plus complexes en termes simples, avec le souci de s’entourer des réflexions et des avis les plus divers, notamment d’intellectuels d’opinions variées, et une curiosité tant sur les choses du passé que du futur. Savoir, réfléchir, décider, expliquer, en faisant appel à l’intelligence de chacun plutôt qu’aux préjugés: il y a bien une méthode Giscard qui a permis de réformer la France profondément et sans heurts.

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Ce Giscard moderne a parfois occulté un autre Giscard profondément attaché à la continuité historique, redoutant la politique de la table rase ou l’aventurisme des démagogues. Réformiste, il n’a jamais voulu couper la France de son passé pour respecter ses valeurs et sa culture, comme il le rappellera dans Les Français. Réflexions sur le destin d’un peuple, en 2000. Il a ainsi souhaité que les racines chrétiennes de l’Europe figurent dans le préambule de la Constitution européenne.

Valéry Giscard d’Estaing nous a quittés. Ce n’est pas seulement la génération des «enfants de Giscard» mais tous les Français, quels que soient leur sensibilité politique et leur âge, qui reconnaîtront en lui un grand président, libéral et social, et l’homme d’État qui fit honneur à la France.


Les signataires de cette tribune sont: Dominique Bussereau, président de l’Assemblée des départements, Capucine Fandre, responsable d’une société de conseil, Patrick Gérard, ancien maire de Vincennes, Michel Guénaire, avocat, Aline Jacquet-Duval, avocate, Emmanuel Imberton, entrepreneur, Jean-Jacques Kégelart, haut-fonctionnaire, Erwan Le Noan, consultant, Pierre Marsollier, dirigeant associatif, Anne-Charlotte Neau-Juillard, conseil en communication, Jean-Ludovic Silicani. ancien Commissaire à la réforme de l’Etat, Marie-Luce Skraburski, conseil en communication, et Florence de Soos, conseil en affaires publiques.

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