Politique

Voix montante dans son parti, sa région et en France, le maire LR de Cannes décline son agenda pour les élections à venir, sans toutefois prendre date. Et érige sa ville en modèle d’action pour le pays. Entretien.

Valeurs - 12 mars 2021 - Par Quentin Hoster

Valeurs actuelles. Maire de Cannes depuis 2014, depuis 2014, vous avez été réélu, en mars 2020, avec le score presque stalinien de 88 % dès le premier tour. Il n’y a donc pas eu de vague verte chez vous ?

David Lisnard. C’est peut-être parce qu’on pratique de l’écologie concrète et positive depuis des années. Protection des fonds marins, adoption d'une charte croisière pour réduire les émissions d'azote, lutte contre les atteintes à l'environnement, un arbre pour deux dans le domaine public, inscription de 60 hectares protégés en plus… Cette somme d’actions, sans prêchi- prêcha environnemental, a finalement rencontré ce légitime besoin de préserver la planète. C’est par l’action et l’innovation que l’on réglera ces problèmes, surtout pas par une philosophie de la décroissance ou en faisant de la moraline.

Votre parti, Les Républicains, qui était tourmenté depuis 2017, est sorti renforcé de ces élections municipales. Comment transformer cette dynamique pour l’élection présidentielle, en 2022 ?

Le système présidentialiste de la Ve République a fait de l’élection présidentielle l’alpha et l’oméga de la politique nationale en France. À ce titre, les grands mouvements politiques sont nécessaires à une époque où on dénigre tout. Nous avons besoin de regroupements d’idées et de personnes pour confronter des projets. Il est vital de ne pas laisser perdurer la seule dialectique mortifère entre l’exécutif actuel, très conformiste et techno, et des pôles plus extrêmes, les deux se nourrissant. Il est vrai que Les Républicains ont eu de beaux résultats aux élections municipales, mais souvent sur la personnalité des maires sortants. Je ne pense pas aujourd’hui qu’il y ait un grand élan autour de la marque Les Républicains, malgré la qualité des personnes qui constituent le parti. Les prochaines semaines doivent permettre de faire valoir des personnalités nouvelles et des idées claires pour remettre la France en ordre. Il nous faut être très opérationnels sur l’agenda programmatique et nous imposer dans le débat, pour qu’il y ait de véritables alternatives. Un vaste programme, aurait dit le général de Gaulle !

« Les grands mouvements politiques sont nécessaires à une époque où on dénigre tout »

Dans le cadre des élections régionales, Christophe Castaner a tendu la main à Renaud Muselier, président de la région Sud, afi n de faire barrage à Thierry Mariani, candidat du Rassemblement national. Souscrivez-vous à ce traditionnel front républicain ?

Il n’y a pas un danger de prise de pouvoir des monarchistes ! Je pense que la meilleure façon de faire monter le Rassemblement national (RN), c’est précisément de lui laisser le monopole de l’opposition. D’un point de vue civique et politique, j’estime que la pire des erreurs pour Les Républicains serait le moindre rapprochement avec un pouvoir que l’on combat, parce qu’on estime qu’il ne fait pas la bonne politique pour la France, qu’il est conformiste, ambigu et contradictoire. Peut-être que M. Castaner essaie d’affaiblir Les Républicains. Les macronistes essaient d’éliminer tout ce qu’il y a entre Emmanuel Macron et les partis extrémistes, parce qu’ils sont persuadés qu’en les qualifiant d’extrémistes, ils seront élus. On n’est plus dans les années 1990, il faut apporter des arguments, des preuves, des actes. Si on se place sur une question morale, on va inciter les électeurs à aller vers une solution alternative qui à mon avis n’est pas bonne, car le RN n’a pas les compétences pour diriger le pays.

Quels sont vos points d’achoppement et de rapprochement avec Thierry Mariani, un ancien de votre famille politique passé au RN ?

Je vous dis qui je suis, ce que je pense, ce que je fais à Cannes et ce que je crois qu’il faut faire pour la France. Ce n’est pas à moi de dire ce que j’ai de commun avec M. Mariani. Il y a aujourd’hui de grands défis mondiaux. Le numérique, qui peut être une source d’asservissement comme d’émancipation, l’environnement, le défi démographique, le défi migratoire, le défi démocratique. Mais la France a aussi ses propres problèmes : l’emballement de la dette, les comptes publics toujours déficitaires, une insécurité non maîtrisée avec un nombre d’homicides qui a augmenté de 22 % en dix ans — alors qu’il y avait une tendance multiséculaire à la baisse —, des problèmes de cohérence civilisationnelle, notre école qui se dégrade… Lorsque l’on porte une offre, ce n’est pas à nous de parler des autres offres.

« Je ne pense pas aujourd’hui qu’il y ait un grand élan autour de la marque Les Républicains »

Votre voix porte de plus en plus à droite. Des dizaines de comptes de soutien fleurissent sur les réseaux sociaux, vous installez une image d’humilité et d’expérience… Doit-on y voir le présage d’une implication dans la campagne de 2022 ? Vous parlez d’une initiative pour les prochaines semaines ?

Cela fait quelques années que je m’exprime, avec mes convictions, mes échecs, mes réussites. Depuis une tribune sur la folie administrative française, il est vrai que j’ai passé un cap. Je porte des idées de redressement du pays, sur les prélèvements obligatoires — qui, avant le “quoi qu’il en coûte”, étaient déjà de 46 %, un record dans l’OCDE —, sur cette dérive bureaucratique qui fait que l’hôpital en France a 30 % de frais administratifs de plus qu’en Allemagne, sur une politique de la culture qui n’assume plus la grande culture française… La politique, c’est noble, c’est de l’action, des idées, mais aussi du rassemblement. Plus il y a de personnes qui me disent qu’elles sont en phase avec moi, plus ça me conforte. Mais cela ne correspond pas forcément à une tactique ou à un plan de carrière, je suis très épanoui dans ma vie. En revanche, en tant que français, j’ai des inquiétudes graves pour l’avenir de notre pays et pour mes enfants. J’ai envie qu’ils grandissent dans un pays sûr et accueillant, qui sait qui il accueille, qui sait rester fidèle à son histoire, à ses traditions, tout en étant ouvert sur le XXIe siècle. Un beau pays, mais qu’il faut défendre. C’est ça qui me motive.

Vous parliez de la technocratie à la française. Emmanuel Macron lui-même pourfendait « l’État profond », pourtant, on observe un statu quo. Cela veut-il dire que l’administration est plus forte que le politique ?

Cela veut dire que, lorsque les politiques sont eux-mêmes administratifs, il y a peu de chances que cela change. Il y a des résistances, je les affronte à la mairie de Cannes régulièrement, mais ce que j’en retire, c’est qu’il ne faut pas se résigner. À la mairie de Cannes, nous avons réduit de 300 le nombre de salariés, baissé la dette de 60 millions d’euros en sept ans, pratiqué la sobriété fiscale et réduit le parc de véhicules, transformé les dépenses de fonctionnement en dépenses d’investissement, pour valoriser les métiers, redonner du sens aux missions. Il faut le faire pour l’État, c’est fondamental. Car on se rend compte que, sur les fonctions de base, ce pour quoi il a été inventé, le régalien, la justice, la santé, il y a des effets de bureaucratie qui bouffent tout. Il faut que le politique assume ses responsabilités, redéfinisse le périmètre de l’action publique. Il faut un État plus fort sur ses missions et moins invasif sur le reste. Ensuite, pratiquer un vrai management dans la fonction publique, parfois devenue une dysfonction publique, pour donner du sens, de la motivation. On ne peut plus gérer comme en 1947. Des solutions existent. La défaite est toujours le produit du renoncement, et je ne veux pas l’accepter.

Emmanuel Macron, qui tenait un discours similaire au vôtre durant la campagne, louant la « start-up nation », aurait-il finalement renoncé ?

Emmanuel Macron est un homme intelligent, dont le discours, qui peut avoir des aspects séduisants, est parfois contradictoire. C’est un énarque — ce qui n’est pas une tare en soi — qui appartient aux grands corps de l’État que je souhaite supprimer, car ils entretiennent une caste qui s’autoreproduit et crée du conformisme. J’ai toujours essayé, autour de moi, d’avoir des personnes aux pensées différentes qui se complètent. Dans notre haute administration, nous avons des gens de bon niveau, souvent honnêtes, mais qui ont toujours les mêmes modes de pensée, avec une dérive bureaucratique qui consiste toujours à ajouter des machins, l’organe créant la fonction.

« Lorsque les politiques sont eux-mêmes administratifs, il y a peu de chances que les choses changent »

À Cannes, vous avez fait de la lutte contre les incivilités votre cheval de bataille. Vous parlez à ce titre de « perte de cohérence civilisationnelle », et vous avez écrit un livre intitulé Refaire communauté (Hermann). Comment agir dans ce sens ?

Déjà, il ne faut pas confondre incivilités et insécurité, comme le font les Bisounours. Une voiture qui brûle, c’est de l’insécurité. Une voiture garée sur un passage pour piétons, un tag, une crotte de chien, du bruit, ce sont des incivilités, qui ne sont pas des atteintes aux biens et aux personnes, mais à la tranquillité publique, plus graves qu’on ne le pense. Elles traduisent le renoncement de l’individu à participer au bien commun, et cela touche tout le monde. Face à ces incivilités, les maires ont du pouvoir, beaucoup plus que sur l’insécurité, qui est du domaine des ministères de l’Intérieur et de la Justice. Cela passe par la pédagogie, l’éducation, la communication et la répression, qui fait aussi partie de l’éducation. Depuis l’été 2014, la police municipale de Cannes a dressé plus de 100 000 PV contre des actes d’incivilité. C’est très important pour redonner de la cohésion sociale.

Identifiez-vous du déni dans la classe politique, en particulier lorsque l’on parle de « sentiment d’insécurité » ?

L’immense majorité des Français sait très bien que quelqu’un qui est condamné doit voir sa peine exécutée. Ce déni concerne le pouvoir en place et la gauche, si on devait raisonner de façon un peu manichéenne. Par exemple, quand la garde des Sceaux décide de libérer 13 500 détenus, juste après le confinement, pour des raisons sanitaires, alors que, pour être en prison, il faut prendre plus de deux ans de condamnation ferme, on est là dans le déni, et en plus on réinjecte dans la société des personnes qui ont un sentiment d’impunité très destructeur. Il faut construire des places de prison, développer des travaux d’intérêt général, doter la justice, revoir le temps de travail dans la fonction publique pour que les gens soient mieux payés et travaillent plus longtemps. Tout cela est archaïque. En modernisant notre appareil d’État, vous verrez que l’ordre régnera mieux, y compris en matière de sécurité.

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