Politique

« Pour maîtriser notre destin, il faut faire le choix d’une approche conquérante en définissant les échelles de souveraineté de façon réaliste. Il faut donc accepter des souverainetés partagées, et rappeler qu’il n’existe de souveraineté qu’à l’aune des singularités, des valeurs qui nous sont chères, et des moyens dont on dispose pour les faire prospérer »

L'Opinion - 20 juillet 2021 - Par Jean-Christophe Fromantin et Christophe Aulnette

Les dirigeants politiques de tous bords et de toutes nationalités voient dans la « souveraineté » la réponse à tous les maux. On accole désormais ce mot aux domaines de la technologie, de l’immigration, de l’économie, de la santé ou de la finance. Les dernières décennies auraient été celles de la mondialisation, les prochaines seraient celles de la souveraineté. Mais quelles peurs cherchons-nous à exorciser en brandissant cet étendard à tout propos ? Comment en faire un projet utile à la société ?

Souverain. Le mot est fort. Il fut longtemps réservé au domaine du divin avant qu’il entre dans l’univers séculier, et que par extension, au XIXe siècle, il s’applique au caractère d’un Etat qui n’est pas soumis à un autre. Etre souverain, c’est donc pouvoir regarder les choses d’en haut, régner sur un espace sans entraves et donc rester maître de son destin.

N’est-ce pas ce qui semble faire défaut aujourd’hui ? La combinaison de la mondialisation, de la révolution numérique et de l’entrelacs financier nécessaire à la couverture des dettes, accélère la transformation de notre monde en uniformisant les styles de vie et les modes de consommation, en gommant les frontières physiques et immatérielles. Ce floutage des espaces a provoqué la réaction que l’on sait. Les populismes ont cristallisé le phénomène. Les démocraties paniquent. Les discours sont confus. Le risque est de passer d’un extrême à l’autre : d’un espace sans repères à un localisme étriqué.

Singularités. Pour maîtriser notre destin, il faut faire le choix inverse, celui d’une approche conquérante en définissant les échelles de souveraineté de façon réaliste. Il faut donc accepter des souverainetés partagées, et rappeler qu’il n’existe de souveraineté qu’à l’aune des singularités, des valeurs qui nous sont chères, et des moyens dont on dispose pour les faire prospérer.

La première échelle est territoriale, elle incarne nos cultures. Il faut rendre du pouvoir aux acteurs locaux, les plus à même de développer des stratégies de dynamisation et de différenciation qui nous rendront plus créatifs, plus entrepreneurs et plus compétitifs. La deuxième échelle est nationale. Elle convoque la politique au cœur de sa raison d’être. La souveraineté régalienne doit être réaffirmée et renforcée. Ensuite, l’échelle européenne, celle grâce à laquelle nous formerons une « puissance » face aux autres grands blocs que sont les Etats-Unis et la Chine. Notre souveraineté s’inscrit dans ce nouveau rapport de force. Enfin, des initiatives partagées au plan mondial doivent émerger, pour répondre aux grands enjeux de la planète et marquer notre solidarité avec le patrimoine naturel dont nous sommes universellement garants des équilibres.

Cette graduation des échelles de souveraineté s’appelle la subsidiarité. Sa mise en œuvre rigoureuse permettra de répondre à deux aspirations de nos concitoyens : l’efficacité et la liberté. A chaque niveau de souveraineté, les rôles et responsabilités doivent être clarifiés – une question de lisibilité autant qu’une exigence démocratique. Elle implique un bon fonctionnement de nos services publics, une simplification de la bureaucratie. C’est de cette façon que pourra se développer une société agile et créative.

Nous croyons à la souveraineté, non pas comme une protection, mais comme une arme qui, distribuée au bon niveau, doit permettre de reprendre le contrôle avec plus de territoire, plus de France et plus d’Europe. Souveraineté(s) mérite de s’écrire au pluriel.

Jean-Christophe Fromantin est président de Territoires en Mouvement, Christophe Aulnette, vice-président.

 

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