Dépenses publiques

Pour l’économiste, « quand ça va mieux, on met de côté pour les périodes où l’économie risque de ralentir ». La France doit se désendetter avant que les taux d’intérêt ne remontent.

 

L'Opinion - 12 mars 2018 - Par Fanny Guinochet

Philippe Aghion est économiste, professeur au Collège de France.

La croissance est bonne. Est-ce que cela va durer et surtout, comment se positionne la France ?

A court terme, la reprise est là, soutenue par des pays émergents qui bénéficient des hausses de prix des matières premières et par l’économie américaine. Et nous bénéficions de l’effet Macron : la réforme fiscale avec le passage à taux unique à 30 % sur les revenus du capital, la réforme du marché du travail et la réforme du système de formation professionnelle, tout cela contribue à un climat de confiance qui encourage l’investissement. Les chefs d’entreprise ont le moral et le chômage baisse. A plus long terme, je mise sur la réforme de notre système éducatif et sur l’économie de la connaissance. Il faut investir plus et mieux dans l’éducation supérieure et la recherche. Le budget de l’Agence nationale de recherche (ANR) n’est que de 800 millions contre 2 milliards pour son équivalent allemand et nos chercheurs sont peu rémunérés, leurs carrières peu valorisées. Cela doit s’inscrire dans le cadre d’une réforme de l’Etat. Bien entendu, il faut un calendrier parce que nous sommes toujours en processus de déficit excessif…

Justement, ressurgit le débat sur une « cagnotte fiscale »

Dans un pays où la dette représente presque 100 % du PIB, cette polémique me semble curieuse. La France doit absolument se désendetter avant que les taux d’intérêt ne remontent. Elle doit investir dans la recherche, l’innovation, l’environnement et la formation. Il est bon pour la croissance de long terme de suivre des politiques contracycliques où l’Etat augmente ses déficits en période de récession mais les réduit en phase d’expansion. Il n’y a donc pas de prétendue cagnotte à dépenser : quand ça va mieux, on met de côté pour les périodes où l’économie risque de ralentir…

Vous parliez des réformes, que pensez-vous de la future loi Pacte ?

Il y a plusieurs volets, dont celui sur l’objet social de l’entreprise. Il est bon que les entreprises aient une prise de conscience sur le rôle qu’elles jouent dans l’économie et la société. Lorsqu’il y a un chômage de masse, cela a des conséquences sociales, des externalités comme on dit en économie. Les entreprises sont un lieu de formation et, à ce titre, des vecteurs de mobilité sociale. Et leur activité affecte l’environnement. C’est important qu’il y ait une culture de l’éthique et, d’une manière générale, qu’on pose le sujet : comment faire rentrer des considérations éthiques dans la pratique des entreprises ? Quels sont les leviers d’action ? Je crois beaucoup aux dispositifs contraignants. La taxe carbone et l’incitation par les Etats à la recherche dans l’économie verte, par exemple, ont eu de vrais résultats sur les entreprises. L’Etat a un rôle d’aiguillon à jouer.

Quels sont les autres leviers ?

Je crois beaucoup à la transparence. Les consommateurs doivent avoir des informations sur la nature des activités des entreprises dont ils consomment les produits. La concurrence pousse davantage à l’innovation verte dans des pays où les consommateurs valorisent le civisme et l’environnement. Il faut aussi informer les investisseurs. Inclure les performances environnementales dans l’évaluation des entreprises, c’est aussi une façon d’agir. Dernier levier, la cogestion. L’exemple à suivre est l’Allemagne où les syndicats et les salariés sont davantage parties prenantes. On peut aller plus loin, vers un véritable système de codétermination où les associations de consommateurs auraient également voix au chapitre.

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