Dépenses publiques

Le taux d’endettement public du pays a atteint 99,6 % au premier trimestre de l’année et devrait légèrement refluer d’ici au mois de décembre. La promesse de Macron de le baisser de 5 points en cinq ans paraît irréaliste.

Le Figaro - 29 juin 2019 - Par Anne de Guigné

Soulagement à l’Élysée et Bercy. Au premier trimestre, la dette française n’a pas dépassé le très symbolique plafond des 100 % du PIB. À 99,6 % et en hausse de 0,3 point sur un an, elle le frôle mais ce niveau devrait ensuite refluer : l’État concentre en effet ses émissions de dette sur les trois premiers mois afin de sécuriser au maximum le programme de l’année. Ainsi au premier trimestre 2018, la dette sur PIB atteignait 99,3 % mais 0,9 point de moins, à 98,4 % au quatrième.

La Banque de France table ensuite sur une stabilisation du ratio d’endettement jusqu’en 2021 autour de 99 %. Si ce pronostic se réalise, Emmanuel Macron évitera donc de justesse le choc psychologique d’un dépassement des 100 % de dette, qui mettrait cruellement en lumière la grande faille de son quinquennat : l’assainissement de la dépense publique. La barre des 100 % a déjà été franchie en France aux premier et deuxième trimestres de 2017 mais rétrospectivement, après réintégration des comptes de la SNCF. La situation n’avait donc pas pris une tournure politique.

Des charges faibles

Dans le détail, la dette de l’État et des collectivités locales - à l’exception des communes et des départements - a augmenté au cours du premier trimestre. En revanche, la sphère de la Sécurité sociale a bien tenu ses comptes et se désendette légèrement, avec notamment une baisse de plus de un milliard d’euros de la dette de l’organisme gérant les allocations familiales. Cette dette totale des organismes publics de 2 359 milliards d’euros génère des charges d’intérêt très faibles. Dans sa dernière loi de finances, le gouvernement estimait que la charge des intérêts cette année devrait baisser de 400 millions d’euros par rapport à 2018, à 41,1 milliards d’euros, puis légèrement fondre en 2020, à 40,8 milliards. C’était sans compter la nouvelle baisse actuelle des taux qui pourrait alléger la facture de plus de 5 milliards d’euros cette année.evolution dette publique

Une hausse des taux, annoncée comme inéluctable mais pour l’instant reportée d’année en année, aurait des effets catastrophiques sur le budget français : une augmentation d’un point renchérirait de 2 milliards d’euros le coût des intérêts d’emprunts la première année, puis de 4,7 milliards la seconde, puis de près 19 milliards au bout de cinq ans, d’après les calculs du Trésor.

Cet environnement inédit et surprenant apporte un grand confort au gouvernement : grâce à la dette quasi gratuite, il peut financer ses politiques publiques quasiment sans contrainte budgétaire. Mais cette facilité a un revers grave : elle a tendance à anesthésier toute volonté politique de mener des réformes impopulaires.

Dans son programme, Emmanuel Macron s’était ainsi engagé sur une réduction de la dette, qui semblait alors très raisonnable, de 5 points. Il a revu ses ambitions à la baisse et ne vise désormais plus qu’un redressement d’un peu moins de 2 points. Si on se fie à la Banque de France, le président de la République pourrait en fait laisser le pays en 2022 plus endetté qu’il ne l’a trouvé.

Il existe deux moyens de réduire la dette sur PIB : jouer sur le numérateur de la fraction en s’attaquant franchement aux déficits ou sur le dénominateur en créant un environnement favorable à la croissance. L’exécutif tablait plutôt sur le second levier mais le ralentissement mondial de l’économie est venu contrarier ses projections.

Les économistes divisés sur la gravité de la dérive des comptes

CONJONCTURE Un pays surendetté, est-ce grave, docteur ? La réponse de la grande majorité des économistes clas­siques était jusqu’ici relativement simple : un État bien tenu se devait d’afficher un taux d’endettement raisonnable afin de ne pas grever son avenir. L’Union européenne avait même chiffré en 1991 à 60 % du PIB le niveau d’endettement à partir duquel un État était jugé en fragilité financière. En face, ­quelques hétérodoxes rétorquaient qu’un pays contrôlant sa monnaie peut s’endetter sans limite, du moins tant que l’inflation ne s’emballe pas. Cette école de pensée, inspirée du keynésia­nisme, est aujourd’hui représentée par les tenants de la théorie monétaire moderne aux États-Unis.

Depuis deux ans, ce débat très convenu est toutefois bouleversé par la nette baisse des taux d’intérêt qui change profondément la donne : s’endetter ne coûte désormais rien, voire rapporte - en cas de taux négatifs - de l’argent. Dans ce contexte, des économistes des plus sérieux comme Olivier Blanchard, du Peterson Institute, et ancien chef économiste du FMI, expliquent qu’il n’y a plus aucune raison économique de réduire sa dette. Ils suggèrent même d’utiliser cette nouvelle facilité pour financer des investissements publics.

Jean Pisani-Ferry, qui a supervisé l’élaboration du programme économique du candidat Macron, s’inscrit dans cette tendance. «Nous avons une fenêtre de taux bas persistants, qu’il ne faut pas ignorer tout en restant prudent, avance l’économiste, aujourd’hui professeur à Sciences Po et à la Hertie School de Berlin. Cette fenêtre doit être utilisée pour financer des investissements publics, par exemple dans la transition écolo­gique, ou pour accompagner des réformes. En revanche, il ne faut surtout pas céder à la facilité de financer par la dette l’écart entre les dépenses pérennes et les recettes fiscales. » Avec, dans son viseur, notamment les mesures de sortie de la crise des « gilets jaunes » et de grand débat national qui ont été, en grande partie, financées par la dette.

Risque de remontée rapide des taux

« Financer des investissements de long terme avec des taux à zéro, cela peut être tout fait rentable. En investissant dans du capital, on se met même à l’abri d’une remontée des taux d’intérêt, abonde Patrick Artus, chef économiste chez ­Natixis. Tout est en fait question d’allocation de l’épargne entre les investissements publics et privés. En revanche, ce qui n’est pas envisageable, c’est l’option choisie par Macron ou Salvini : le financement de la consommation par la dette. »

La Cour des comptes est peu sensible à ces raisonnements économiques sur la rentabilité des investissements de long terme. Pour l’institution financière, la priorité absolue reste en France le désendettement de l’État afin de préparer le pays au risque d’une éventuelle remontée rapide des taux et d’éviter que la France se retrouve à payer une prime de risque vis-à-vis des autres signatures européennes qui présentent de meilleurs profils.

« La Cour des comptes a raison de s’alarmer, car elle connaît bien la structure de la dépense publique française et sait que l’investissement ne représente que 4 % de l’ensemble des dépenses, approuve l’économiste Stéphanie Villers. Et il y a un vrai danger que l’État profite de cet environnement pour continuer de financer des dépenses sociales à visée électoraliste. » A. G.

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