Valerie Pecresse

Entretien

La présidente de la région Île-de-France appelle les électeurs à la mobilisation, à quinze jours du premier tour des élections régionales. Pour éviter de la voir basculer en faveur d’une gauche radicale, prête à s’unir pour le second tour.

Le Figaro Magazine - 4 juin 2021 - Par Carl Meeus

LE FIGARO MAGAZINE. - Selon les sondages, la préoccupation numéro un des Français est, pour ces élections régionales, la sécurité. Comment y répondre alors que ce n’est pas une compétence de la région?

VALÉRIE PÉCRESSE. - J’ai été élue au lendemain des attentats du Bataclan. La demande de protection des Franciliens était immense à cette époque. Je ne me suis pas demandé si la région était compétente, j’ai pris le sujet de la sécurité à bras-le-corps. J’ai signé une convention unique en France avec le ministère de l’Intérieur qui me permet de coproduire de la sécurité.

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De quelle manière?

Nous avons créé le «bouclier de sécurité» grâce auquel nous finançons des commissariats, des casernes de gendarmerie et de pompiers, des polices municipales, de la vidéoprotection. Le paradoxe, c’est que ce bouclier de sécurité, mis en place avec mon vice-président, Frédéric Péchenard, l’ancien directeur général de la police nationale, la gauche ne l’a évidemment pas voté, mais le Rassemblement national non plus. Il a eu la main tremblante en prétendant que ce n’était pas de la compétence de la région! Encore une fois, le RN démontre qu’il prospère sur les problèmes, alors qu’à droite, nous sommes le parti des solutions. Ce bouclier de sécurité nous a permis de rénover des dizaines de commissariats, d’équiper 350 polices municipales, de déployer 80.000 caméras de vidéoprotection dans les réseaux de transport. On a multiplié par 5 le budget sécurité dans le mandat. En parallèle, nous avons créé 5 brigades régionales de sécurité dans les lycées. La gauche a dit que c’était inutile: pourtant, elles ont fait 1000 interventions depuis deux ans. Dans les transports, nous avons recruté 1000 agents de sécurité supplémentaires alors que le gouvernement nous a retiré 500 policiers et gendarmes du réseau.

J’ai ajouté un axe républicain à l’action de la région avec la charte de la laïcité adoptée en 2017. Aujourd’hui, plus un euro de la région ne va à des associations qui refusent les valeurs de la République. Les Verts, le Front de gauche et le Parti socialiste ont voté contre cette charte. Et il faut le souligner, le RN aussi! Front de gauche et Verts ont également refusé de voter l’interdiction du burkini sur les îles de loisirs régionales. La défenseur des droits saisie par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), association dissoute par le gouvernement à cause de son rôle dans l’assassinat de Samuel Paty, me demande aujourd’hui d’abroger cette décision et m’accuse de discrimination religieuse. C’est tout le contraire. Je ne céderai pas. Cette gauche a perdu sa boussole républicaine. On est bien loin de la sensibilité sociale-démocrate rocardienne de mon prédécesseur. Aucun de mes adversaires, ni Julien Bayou, ni Audrey Pulvar, ni Clémentine Autain n’est allé à la manifestation pour défendre les policiers! Il y avait pourtant des représentants de la gauche: Olivier Faure, Anne Hidalgo.

Sur la sécurité, comment jugez-vous le bilan du gouvernement?

Sur ces sujets, il y a une défaillance de l’État. Le «en même temps» ne marche pas. L’ordre ne se choisit pas à moitié. Il y a eu une prise de conscience tardive qui se traduit par une absence de résultat. Il a fallu attendre la fin du quinquennat pour que le président de la République prenne la mesure du problème du séparatisme, de la radicalisation islamiste, de l’hyperviolence des bandes… tous ces sujets auxquels je suis confrontée au quotidien en tant que présidente de l’Île-de-France. Dès 2019, j’avais appelé à un choc d’autorité dans le pays. Ce quinquennat va rester celui du saccage de l’Arc de triomphe par les «gilets jaunes», de l’assassinat de Samuel Paty, des policiers qui jettent leurs menottes par terre. Les Français ont le sentiment que le pays n’est pas tenu.

Cela fait cinq ans que nous réparons les dégâts des Verts (...) Les vrais écologistes, c’est nous !

Valérie Pécresse

Quelle a été la marque Pécresse au conseil régional?

J’ai fait le choix de l’autorité et de l’efficacité. Nous avons fait prendre à la région des tournants décisifs: celui de la sécurité mais aussi celui de l’écologie positive. L’écologie des solutions, c’est la révolution des transports avec 650 rames de train neuves, l’arrêt de l’achat des bus diesel, la plus grosse commande de bus électriques d’Europe, le premier service de location de vélos électriques du monde, Véligo, l’aide aux artisans pour changer de véhicule polluant…

Donc quand Julien Bayou dit que vous êtes responsable des morts liés à la pollution…

… Quelle outrance indigne! La pollution a baissé de 30 % depuis dix ans. Cela représente 8000 morts de moins à cause de la pollution de l’air. Je renvoie M. Bayou, qui a cogéré la région par le passé, à son bilan calamiteux. Cela fait cinq ans que nous réparons les dégâts des Verts. Ils avaient interdit le Wi-Fi dans les lycées, comme ils veulent aujourd’hui interdire la 5G. Quand je suis arrivée, il y avait une fracture numérique inquiétante: les élèves des familles défavorisées n’avaient pas de Wi-Fi à l’école ni chez eux. Nous étions les derniers de la classe en France pour la pollution de l’air, pour l’agriculture biologique, pour les énergies renouvelables, pour la gestion des déchets. En résumé, ils ont parlé d’écologie, mais ils n’ont rien fait. En 2015, 1300 hectares de terre étaient artificialisés chaque année pour la construction de logements. Nous avons fait baisser ce chiffre à 500 hectares par an. Comment? Nous récupérons les friches industrielles, détruisons l’habitat insalubre, luttons contre les marchands de sommeil et transformons les bureaux en logements. C’est ça, l’écologie des solutions. Ce n’est pas l’écologie punitive ou de la désobéissance civile, celle des «zadistes» qui bloquent la réalisation du métro du Grand Paris Express, ou celle qui interdit la climatisation dans les bus. Les vrais écologistes, c’est nous!

Un choix entre deux modèles de société?

Absolument, c’est un choix de société. Aujourd’hui, il faut tenir le cap des valeurs de la République, de l’autorité et de l’efficacité. Je n’en dévierai pas. J’y ajoute la bonne gestion. Nous avons réalisé 2 milliards d’euros d’économies, ce qui nous permet de financer le plan de relance le plus ambitieux de France, sans augmenter ni la dette, ni les impôts. Le contraire de l’État. Notre région a été la plus touchée par la crise sanitaire et par la crise économique. Nous avons 15 % de chômeurs en plus avec des problématiques aiguës d’intégration et de réussite des jeunes. Si jamais arrivait à la tête de la région cette gauche décroissante et indigéniste, ce serait une catastrophe pour la région et pour le pays. Avoir la région capitale aux mains d’élus qui refusent, comme Mme Autain, d’aider à la reconversion du site Renault de Flins, par refus du capitalisme, parce qu’il ne faut pas aider les grandes entreprises, ce serait dramatique. Il y a ceux qui croient au progrès, à la croissance verte et ceux qui prônent la décroissance. La région ne supporterait pas la décroissance.

Il ne faut pas éparpiller les voix. En votant LREM ou en votant RN, les électeurs prennent le risque de faire gagner cette gauche, qui va fusionner au second tour. C’est une gauche radicale qui peut gagner avec les sympathies indigénistes et islamo-gauchistes

Valérie Pécresse

Votre principal adversaire, c’est donc la gauche, plus que le RN ou LREM?

Il ne faut pas éparpiller les voix. En votant LREM ou en votant RN, les électeurs prennent le risque de faire gagner cette gauche, qui va fusionner au second tour. Pour gagner la région, les socialistes vont s’allier non seulement avec les Verts qui, je cite Anne Hidalgo, «ont un problème avec la République», mais aussi avec les Insoumis, l’extrême gauche! C’est donc une gauche radicale qui peut gagner avec les sympathies indigénistes et islamo-gauchistes…

Mais en se maintenant, le RN peut vous faire perdre.

Le vrai rempart contre le RN, c’est une droite qui assume ses valeurs d’ordre et d’autorité, ses responsabilités en matière de sécurité. Ce que j’ai fait. Et dans ce prochain mandat, nous irons plus loin: nous allons recruter 1000 agents supplémentaires dans les transports. Nous sommes passés de 2000 à 3000 au cours de ce mandat. On atteindra 4000 agents si je suis réélue. Dont 100 brigades de maîtres-chiens. Dans les lycées, nous doublerons les brigades régionales de sécurité pour les passer de 5 à 10. Je souhaite également que les effectifs des polices municipales doublent. J’aiderai à financer leurs commissariats, leurs équipements, mais aussi des drones et leurs armes. Aujourd’hui, l’efficacité commande d’armer en Île-de-France les policiers municipaux. La Ville de Paris commet une faute politique en refusant cet armement. Cinq mille policiers municipaux armés dans Paris renforceraient considérablement la sécurité des Parisiens! Par ailleurs, je souhaite créer à Argenteuil une école nationale des polices municipales.

Sur les drones, le gouvernement doit revoir sa copie, après l’annulation par le Conseil constitutionnel. Ils sont un outil technologique extrêmement puissant, notamment pour prévenir les rixes entre bandes rivales. Je veux en outre que le gouvernement prenne à bras-le-corps un sujet tabou: la question de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance faciale. Les caméras que nous avons déployées dans les transports ont permis de faire augmenter de 20 à 30 % le taux d’élucidation des délits. Voilà la réalité des faits à opposer à ceux qui à gauche disaient «ce sont les caméras Pécresse des femmes en détresse, ça ne marche pas»  Si on veut traiter les images, il faudra de l’intelligence artificielle pour repérer les comportements suspects. Aujourd’hui, 30 % des délits sont repérés par vidéo. Je souhaite enfin un débat national sur l’utilisation de la reconnaissance faciale à l’entrée des transports en commun, pour repérer les terroristes recherchés. Quand on prend l’avion, on l’utilise. Quand on prend le train ou le RER, non. C’est injustifiable d’être mieux protégé dans un avion que dans le train de banlieue, alors que le risque terroriste est actuellement si présent.

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Et pour les sanctions?

Les juges sanctionnent mais le vrai sujet, c’est l’exécution des peines. Tout commence par les premiers délits qu’il faut sanctionner de manière rapide et proportionnée, si on veut éviter la récidive. C’est pourquoi je souhaite créer une agence régionale des travaux d’intérêt général. Elle encadrera les TIG, en lien avec les communes afin que les tribunaux puissent en prononcer davantage et qu’ils soient effectués rapidement. Aujourd’hui, le délai qui s’écoule avant l’exécution d’un TIG, c’est plus de quatre cents jours!

Il n’y a pas besoin d’une loi pour créer cette agence?

Non. Il faut que le ministère de la Justice reconnaisse la région comme lieu d’exécution des TIG, comme il le fait pour les mairies. Nous sommes prêts également à cofinancer de nouvelles prisons et des centres éducatifs fermés pour les mineurs. La promesse du président de la République de doubler ces centres n’a pas été tenue. Si l’État n’y met pas les moyens, la région est prête à y aller. En parallèle, nous doublerons les formations des détenus, pour les réinsérer et éviter la récidive.

Sur les transports, Audrey Pulvar propose la gratuité. Comment jugez-vous cette mesure?

C’est une illusion anti-écologique. Une illusion parce que la gratuité n’existe pas. À la fin, il y a toujours quelqu’un qui paye. Si l’hôpital et l’école sont gratuits, c’est parce que les Français payent des impôts. Qui va payer? Les recettes des voyageurs, c’est 4 milliards d’euros par an. Quelle taxe mes adversaires vont-ils créer pour récupérer 4 milliards par an? Cela représente 500 euros d’impôt supplémentaire par ménage francilien par an! Anti-écologique, car seulement 2 % des automobilistes arrêteraient de prendre leur voiture si les transports publics devenaient gratuits. Le sujet n’est pas le prix, mais la qualité de l’offre de transports. D’où mon projet d’un acte II de la révolution des transports: doubler le réseau de transports en commun, continuer à rénover les RER, faire le RER Vélo, accorder une prime de 6000 euros pour aider les Franciliens à acheter une voiture propre. Car en juin, la zone à faibles émissions (ZFE) qui entre en vigueur à l’intérieur de l’A86 va imposer à des centaines de milliers d’automobilistes de changer de voiture dans les années qui viennent. Si la Mairie de Paris interdit la traversée de la capitale en voiture et supprime une voie sur le périphérique, c’est la thrombose assurée de l’Île-de-France. C’est pourquoi je demande à l’État de confier à la région la gestion du périphérique et j’organiserai un référendum régional sur cette question à l’automne. Tous les Franciliens qui l’utilisent ont leur mot à dire!

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Sécurité, transport, développement économique: vous avez un programme très chargé. En mai 2022, pouvez-vous assurer aux électeurs que vous serez à la tête de la région?

Les Franciliens savent une chose de moi: je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. Ils veulent savoir si ce programme, extrêmement ambitieux, sera mis en œuvre? Il le sera car dès l’été, je lancerai ces projets sans attendre. Je veux porter un espoir. Aujourd’hui, il y a la tentation de baisser les bras, le risque du déclinisme et de la dépression collective. De mon côté, j’ai la conviction que nous pouvons nous relever plus forts de ces crises, économique, sociale et identitaire que nous traversons. J’ai au cœur la phrase de Georges Bernanos qui dit que l’espérance est un risque à courir. J’ai l’espérance que la politique peut changer la vie. Avec moi, les Franciliens auront plus d’ordre, plus de liberté, plus de justice. Il faut que les valeurs que je représente regagnent en Île-de-France. L’enjeu est si important pour la région que je ne me trompe ni de combat, ni d’échéance. Évidemment, ce que nous faisons en Île-de-France, je le veux aussi pour la France. Nous devons retrouver notre fierté française.

Et en 2022?

En 2022, il faudra inventer une troisième voie entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Les Français ne veulent pas de ce duel. Les solutions de la droite n’ont jamais été aussi nécessaires pour le pays. Je suis confiante. Je sais que les figures de la droite et du centre se rassembleront et que nous incarnerons cette troisième voie.

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Certains prétendent que vous visez le poste de premier ministre d’Emmanuel Macron…

D’abord aux régionales, je ne ferai pas d’accord avec LREM, ni au premier, ni au second tour. C’est clair et net. D’ailleurs, le président de la République a envoyé 5 ministres contre moi… Ensuite, je ne partage pas sa ligne, car le «en même temps» est le summum de l’ambiguïté politique. Ça fait des années que je tire le signal d’alarme sur la crise des banlieues, sur le laxisme en matière d’immigration irrégulière et l’échec de l’intégration, sur la crise d’autorité, sans être écoutée.

La droite est en manque de leader mais pas de candidats. Quelle est la bonne méthode pour départager les prétendants?

Soit à l’été émergera un candidat naturel, soit après l’été on trouvera un système de départage. Ce qui m’apparaît, c’est qu’il y a finalement une «dream team» à droite aujourd’hui. Et cette équipe est, notamment, dans nos régions. Après les régionales viendra le temps du rassemblement. J’y prendrai toute ma part et je sais qu’ensemble nous pourrons incarner un vrai projet pour la France.