Social

Le secrétaire général de la CFDT s’inquiète de la dégradation du climat social.

 

Le Figaro - 3 avril 2018 - Par Cécile Roussel et Marie Visot

Alors que la CFDT est devenue il y a un an le premier syndicat dans le privé, son secrétaire général, Laurent Berger, affirme ses positions face au gouvernement.

LE FIGARO. - Les contestations se multiplient. Le climat social est-il éruptif ?

Laurent BERGER. - La France compte 5 millions de pauvres, des millions de chômeurs. La précarité du travail est très présente, notamment pour les jeunes. De nombreux salariés et retraités sont inquiets sur leur avenir et trouvent injustes les politiques menées. Comment voulez-vous que le climat ne soit pas éruptif ? Samedi, les salariés de Carrefour ont manifesté contre la baisse des effectifs et de la participation. Les Ehpad sont mobilisés, les agents de la justice, les archéologues aussi. L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) se bat pour conserver ses moyens. Et ce mardi, les cheminots commencent leur grève.

Pour chacun de ces secteurs et dans chaque entreprise, nous nous battons pour qu’il y ait des résultats pour les travailleurs. Il ne suffit pas de dire « allons manifester parce qu’on n’est pas content ». Le climat social est dégradé, oui. Mais je ne me laisserai pas enfermer à commenter la situation sociale sous le prisme de la convergence des luttes de la CGT.

Justement, quel regard portez-vous sur la situation à la SNCF ?

Les cheminots ont été heurtés par le fait qu’on les présente comme des privilégiés ; mais aussi par le fait qu’on dise que rien ne fonctionne à la SNCF. Des trains qui arrivent à l’heure, il y en a ! Et quand il y a des problèmes sur les lignes - et je sais que les Franciliens en subissent -, ce n’est pas de la faute du statut de cheminot. N’y a-t-il pas eu un manque d’investissements sur les réseaux depuis des années par les gouvernements successifs ? Dans cette histoire, il n’y a pas de coupable, il y a des responsabilités partagées. J’en ai assez qu’on tape sur un service public et sur les cheminots. Je ne dis pas pour autant que rien ne doit bouger. La CFDT cheminots a intégré l’ouverture à la concurrence et a fait des propositions au gouvernement sur les conditions sociales. Plus on discutera vite avec l’exécutif, plus on a de chances d’éviter un conflit dur que je ne souhaite pas. Plus globalement, pour qu’il n’y ait pas d’éruption dans le pays, pour reprendre votre expression, il faut renforcer la cohésion sociale, il faut construire des politiques sociales avec les acteurs. Le gouvernement doit comprendre ça.

Vous semblez en douter aujourd’hui…

Je ne suis ni pro ni anti-gouvernement : je cherche à avoir un discours cohérent. Mais nous sommes à un moment où il va falloir que l’exécutif éclaircisse sa vision de la démocratie sociale et du rôle des organisations syndicales. Quand je lis que nous ne contribuons pas à l’intérêt général, je me dis qu’il y a un problème. Mme Pénicaud [la ministre du Travail, NDLR] serait bien inspirée de relire l’histoire sociale, pour voir si la CFDT n’a pas contribué à l’intérêt général !

Et puis, il y a des pratiques qui sont inacceptables. Prenons l’assurance-chômage : on négocie un accord et quelques jours plus tard, on découvre dans le texte que certains droits pourraient être fixés par décret. Sur la formation professionnelle, certains points de l’accord - comme le Compte personnel de formation de transition professionnelle - ont tout simplement disparu. C’est une forme de mépris à l’égard des partenaires sociaux et de la négociation collective. Et dans le même temps, on voit le président du Medef affirmer qu’il faut « moins de social ». On croit rêver. Va-t-on vers le vide démocratique ? Ce n’est évidemment pas trop tard pour rectifier le tir, mais il faut que le gouvernement entende ça. On ne transforme pas un pays sans entraîner ceux qui sont concernés.

Que pensez-vous du projet du gouvernement de revoir la définition de l’entreprise ?

Le rapport rendu au gouvernement sur ce sujet par Nicole Notat et Jean-Dominique Senard est équilibré et audacieux. Même s’il y a des points où nous aurions voulu aller plus loin - comme le nombre de représentants des salariés dans les conseils d’administration. Il faut transcrire ce rapport intégralement dans la loi sans tergiverser, malgré les réticences des organisations patronales. L’esprit du texte est bon : l’entreprise du XXIe siècle ne peut pas être une entreprise qui se fiche de la reconnaissance des travailleurs et des parties prenantes pour ne se concentrer que sur la seule recherche du profit.

La CFDT est devenue il y a un an la première organisation syndicale dans le privé. Visez-vous toujours la première place générale, privé et public confondus, à l’issue des élections dans la fonction publique de fin d’année ?

Que le syndicalisme réformiste soit devenu numéro un dans les entreprises, c’est un moment historique pour l’histoire sociale de notre pays ! Le patronat et le gouvernement semblent ne l’avoir pas vu. Oui, bien sûr, nous voulons faire le meilleur score dans la fonction publique et devenir le premier syndicat au niveau général. Mais surtout, nous voulons montrer que les agents publics sont une richesse pour notre pays et pour la cohésion sociale. Il faut qu’ils aient une juste reconnaissance. J’en ai assez des discours culpabilisants sur la fonction publique qui ne serait qu’un coût.

La CFDT a la capacité à porter une vision, une conception de la transformation sociale et de la démocratie ; et en même temps d’ancrer cette vision dans la recherche de résultats concrets pour les travailleurs dans les entreprises, leurs administrations, sur les questions de salaires, de qualité de vie au travail, d’égalité salariale, de protection sociale, etc. Nous avons obtenu des avancées : l’augmentation des droits du Compte personnel de formation, les droits rechargeables de l’assurance-chômage, la complémentaire santé pour tous dans les entreprises… Notre vision du modèle social, ce sont des protections universelles, un accompagnement dans les parcours professionnels, des politiques de solidarité assumées à l’égard de ceux qui en ont le plus besoin. Nous ne sommes pas pour la recherche du statu quo, mais pour la transformation sociale au service de tous.

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