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Pour lutter contre les emplois vacants, Muriel Pénicaud a dévoilé le volet digital du plan d’investissement compétences (PIC) de 15 milliards d’euros sur cinq ans.

 

Le Figaro - 6 avril 2018 - par Manon Malhère

Pour lutter contre les postes vacants dans les entreprises faute de candidats ayant les compétences requises, le gouvernement a décidé d’investir près de 15 milliards d’euros en cinq ans dans un vaste plan compétences, baptisé PIC. Il est conduit par Estelle Sauvat, la haut-commissaire à la transformation des compétences nommée en novembre. Muriel Pénicaud en a dévoilé ce jeudi le premier volet consacré au numérique.

Lors d’un déplacement à Roubaix, la ministre du Travail a annoncé la création de 10 000 places de formation dans les métiers du digital, dont le secteur, en croissance de 4 % par an, connaît de graves problèmes structurels de recrutement. L’objectif du PIC, qui fait partie du plan global d’investissement (PGI) de 57 milliards promis par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, est de former et d’accompagner vers l’emploi sur l’ensemble du quinquennat 1 million de salariés faiblement qualifiés et 1 million de décrocheurs. ­La mise en place du plan passe notamment par la signature de pactes d’investissement pluriannuels avec chacune des régions, en raison de leurs compétences dans la formation des demandeurs d’emploi.

Pénicaud veut doper l’emploi numérique

Avancer lentement, mais sûrement. Doté de près de 15 milliards d’euros, le plan d’investissement dans les compétences (PIC), qui vise à former 1 million de jeunes et 1 million de demandeurs d’emploi peu qualifiés avant la fin du quinquennat, prend progressivement forme. En déplacement à Roubaix ce jeudi, Muriel Pénicaud a lancé le volet numérique en ­annonçant le financement de 10 000 formations aux métiers du numérique, dont le secteur, en croissance de 4 % par an, connaît d’importants besoins de recrutement. Or 80 000 emplois, faute de profils adéquats, ne seraient pas pourvus. « On a décidé de commencer par le secteur numérique parce qu’il recrute énormément, a déclaré la ministre du Travail, lors de son déplacement. Le numérique, c’est partout, c’est dans l’environnement, c’est dans la communication, c’est dans l’industrie lourde. » Déployées par Pôle emploi et le ­réseau de la Grande École du ­numérique, en partenariat avec des entreprises volontaires, ces formations doivent faciliter l’insertion professionnelle des jeunes ­décrocheurs et chômeurs en privilégiant ceux qui ne possèdent pas le baccalauréat.

« C’est une première impulsion et c’est du concret dans un plan d’investissement », explique au Figaro Estelle Sauvat, la haut-commissaire en charge de la conception et du déploiement du PIC, qui était également présente à Roubaix.

Cette annonce de 10 000 formations dans le numérique a beau être concrète, elle paraît quelque peu anecdotique face à l’ampleur du phénomène. Les difficultés de recrutement touchent en effet de plus en plus d’entreprises dans de nombreux secteurs, alors même que le chômage reste élevé. Un phénomène qui risque d’ailleurs de « brider la croissance », avait d’ailleurs averti Muriel Pénicaud lors de la troisième édition mi-mars des rendez-vous de Grenelle consacrés à la situation du marché du travail. Selon le ministère, pas moins de 50 % des emplois devraient être transformés au cours des prochaines années. Pis, selon des experts américains, 85 % des postes de 2030 n’existent pas aujourd’hui…

Certes, le gouvernement mène actuellement une réforme de la formation professionnelle en vue de simplifier le système peu efficace, mais les effets ne seront pas visibles rapidement. Aussi, l’exécutif mise-t-il aussi sur ce PIC massif, d’un montant total de 14,6 milliards d’euros, dont 13,8 pilotés par le ministère du Travail. Et il n’entend pas faire la même erreur que l’ancien gouvernement, qui s’était fixé un objectif purement quantitatif avec son plan 500 000 chômeurs en formation et dont les résultats, au final, ont été décevants.

« On ne forme pas juste pour former. On veut que les formations soient utiles », insiste ainsi Estelle Sauvat. Engagé sur plusieurs années (2018-2022), le PIC se focalise davantage sur la qualité, les objectifs et les parcours de formation « en prenant en compte les besoins des entreprises », précise la haut-commissaire.

Pactes régionaux

Il reste maintenant à mettre en œuvre les grands axes de ce plan ambitieux qui va bien au-delà du seul volet numérique. Or le gouvernement doit encore ­arbitrer sur certains sujets importants…

Quoi qu’il en soit, les orientations sont d’ores et déjà connues. En particulier, l’exécutif a décidé d’associer étroitement les régions en raison de leurs compétences dans la formation des chômeurs. Mais pas question de leur donner un chèque en blanc. « Nous sommes dans une logique de contractualisation », confirme Estelle Sauvat. Concrètement, le gouvernement finalise - non sans difficulté - les discussions avec chaque région sur les financements octroyés à la formation pour 2018 au titre du PIC. ­Dirigée par le Laurent Wauquiez, le président des ­Républicains, la région Auvergne-Rhône-Alpes n’a pas signé ce contrat, mais entend bien participer à la phase suivante.

L’exécutif doit en effet entrer dans le dur en engageant des discussions pour sceller, cette fois, des pactes régionaux d’investissement pluriannuels (2019-2022). Ces pactes devront respecter les lignes stratégiques définies par l’État - tout en tenant compte des spécificités de chacun des territoires - et être mis en œuvre en étroite coopération avec les acteurs du terrain, comme Pôle emploi et les entreprises. Et l’exécutif entend bien évaluer leur mise en œuvre tout au long du processus. « Nous ne voulons pas être des prestataires de services, mais de véritables ­acteurs, avec des marges de manœuvre et un pilotage souple », insiste déjà David Margueritte, ­vice-président de la région ­Normandie. Il reste à voir…

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