Social

Le chef de l’Etat a affiché mardi, recevant les leaders des huit confédérations syndicales et patronales, sa volonté de renouer le fil avec les corps intermédiaires.

 

L'Opinion.fr - 17 juillet 2018 - Par Fanny Guinochet.

Le président de la République a reçu à l’Elysée pendant près de trois heures patronat et syndicats dans le cadre d’une réunion multilatérale, mardi. L’objectif était de discuter des grands chantiers à venir, dont l’assurance-chômage, ou encore de l’avenir du paritarisme.

Une fois n’est pas coutume, ils sont tous sortis de l’Elysée le sourire aux lèvres. Satisfaits d’avoir pu dire au président de la République qu’ils avaient eu l’impression d’être négligés cette année. Et combien ils en avaient souffert. Satisfaits aussi d’avoir eu l’impression d’être entendus par le chef de l’Etat. « Cette réunion dense et longue marque un virage, un vrai tournant », s’est ainsi réjoui François Asselin, le président de la CPME, l’un des huit leaders syndicaux et patronaux reçus mardi par Emmanuel Macron. Et de souligner qu’Emmanuel Macron avait « assumé que cette année il était allé vite » mais qu’il avait « besoin désormais de s’appuyer sur les partenaires sociaux ».

Le nouveau secrétaire général de FO, Pascal Pavageau, a noté, lui aussi, un changement de méthode de la part du chef de l’Etat. « Nous avons un point d’espérance sur le fait qu’il y ait un avant et un après 17 juillet. Le président a donné des signaux qui témoignent d’une volonté de travailler avec les interlocuteurs sociaux ». Même son de cloche côté CFDT, où Laurent Berger a perçu « une volonté de revenir à une République contractuelle, et à une forme de dialogue entre organisations syndicales et patronales de l’État ». Même Philippe Martinez, numéro 1 de la CGT, d’habitude le plus critique, estime que « le président de la République a convenu que l’année dernière, il avait été à son rythme à lui et sans écouter beaucoup ». Avant de conclure : « Parfois il en convient, mais il ne change pas pour autant ».

Car c’est bien le pragmatisme qui semble l’emporter du côté de l’Elysée. « Il ne s’agit pas uniquement de construire les réformes, il faut aussi assurer leur mise en œuvre ». Et pour le coup, l’exécutif a besoin des corps intermédiaires. Aussi, devant le changement de ton du président à leur endroit, patronat et syndicats restent-ils extrêmement prudents. Tous disent attendre les réunions bilatérales avec le Premier ministre, qui se tiendront à la rentrée.

Focale large. Ils sont aussi dans l’expectative de la lettre de cadrage du gouvernement sur la négociation assurance-chômage. Le président de la République leur a promis que l’exécutif la coconstruirait avec eux et que, surtout, elle ne serait pas trop contraignante. « La focale sera large », répète l’Elysée qui peut se féliciter, en tout cas, qu’à l’issue de ce mini-sommet social, aucun leader syndical et patronal ne semble opposé formellement à l’ouverture d’une telle négociation. « L’idée, plaide l’entourage du Président, est bien de favoriser le retour à l’emploi des chômeurs, de lutter contre la précarité et la “permittence” », cette alternance prolongée entre chômage et emplois de courte durée, favorisée par certaines règles d’indemnisation. Il faut aussi « faire en sorte que l’on ait moins de difficultés à recruter », insiste un conseiller.

Emmanuel Macron a d’ailleurs accepté la proposition de Laurent Berger de travailler en amont sur un diagnostic partagé. Pas question toutefois de perdre trop de temps, le chef de l’Etat laisse quelques mois aux partenaires sociaux pour négocier et fixe janvier ou février comme horizon pour un accord (ou pas), l’objectif étant de voir de nouvelles règles d’assurance-chômage s’appliquer au printemps prochain.

Expert neutre. Quant au contenu du nouveau système, il reste à définir. Une certitude toutefois, la question du cumul emploi-chômage et celle des contrats courts seront au cœur des débats. Emmanuel Macron a ainsi évoqué, lors de la réunion, l’éventuelle adoption d’un dispositif de bonus-malus comme il s’y est engagé pendant la campagne – mais cette option ne semble pas bloquée. Le chef de l’Etat se serait aussi montré rassurant sur le maintien des droits des chômeurs, assurant qu’il s’agirait non pas de faire absolument des économies mais de réformer à budget constant. « Ne nous y trompons pas, rectifie cependant un conseiller ministériel, nous voulons faire un big-bang de l’assurance-chômage et on ne négligera pas les paramètres qui permettront de réduire la dette de l’Unédic ».

Enfin, les partenaires sociaux ont apprécié que le Président pose la question de l’avenir du paritarisme « dans le cadre d’une nouvelle République contractuelle », pour reprendre les termes de l’Elysée, afin de mieux définir les rôles et l’utilité respectifs de l’Etat et des partenaires sociaux. L’entourage du président précise ainsi que « ce sujet participe de la modernisation de l’action publique, à laquelle Emmanuel Macron est si attaché. Et ce n’est pas parce que, par exemple, l’impôt devient plus important dans l’assurance-chômage, que les partenaires sociaux y ont moins leur place ».

Sous quelle forme cette réflexion s’engagera-t-elle ? Pour l’heure, rien n’a été précisé mais l’idée portée par Force ouvrière d’avoir un expert extérieur, « neutre », semble avoir retenu l’attention du Président.

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