Anne Hidalgo dans son bureau

Municipales Paris

Les voies sur berge, la place de l’Hôtel de Ville, l’arrière de l’opéra Garnier et le parvis de la gare de Lyon verront d’ici un an des arbres sortir de terre. La maire (PS) «débitumise» pour redonner une place au vert.

Le Parisien - 13 juin 2019 - Par Nicolas Maviel et Eric Le Mitouard

Un grand projet de jardin entre le Trocadéro et l’École militaire et maintenant quatre nouveaux lieux à Paris qui verront, d’ici un an, des arbres ou de la pelouse pousser, s’implanter et grandir. Paris devient, doucement, une capitale plus verte, même si certaines associations râlent encore sur le trop faible taux d’espace de verdure par habitant (NDLR : on évoque 5,6 m2) et que d’autres, usagers de la voiture notamment, pestent contre la succession de travaux, la réduction des voies de circulation et l’augmentation des bouchons. Pour autant, la maire maintient le cap. « Le trafic recule de 5 % par an dans la capitale », n’hésite-t-elle pas à rappeler.

Mais l’urgence climatique est là et Paris ses pierres ont besoin d’air et donc de verdure. Ainsi, le parvis de l’Hôtel de Ville (IVe), celui de la gare de Lyon (XIIe), la placette derrière l’opéra Garnier (IXe) et les voies sur berge (IVe) seront désormais garnis d’arbres. Un nouveau geste d’Anne Hidalgo à destination des Parisiens, mais aussi peut-être des élus Verts de la capitale. L’écologie et les écologistes seront en effet au cœur de la campagne des municipales du printemps 2020 surtout après leur score aux élections européennes.

C’est dans son bureau qu’Anne Hidalgo nous a reçus ce mercredi midi. Détendue, elle nous présente les quatre sites parisiens qui vont bénéficier d’une grande refonte pour y planter des arbres.

Après la reconquête de l’espace public pour les circulations douces, vous voulez marquer votre mandature par la reconquête des espaces verts ?

ANNE HIDALGO. Je voulais que, dans ce mandat, la nature retrouve ses droits à Paris à travers l’agriculture urbaine des toits et des façades, mais aussi dans les rues et les places (comme la place de la Nation qui sera inaugurée le 7 juillet et la place de la Bastille). Je m’étais engagée à créer 30 ha d’espaces verts et de retour vers de la pleine terre, pour améliorer le cadre de vie des Parisiens et répondre au défi climatique. Nous avons réussi à dépasser cet objectif : nous en sommes à 40 ha. Je suis convaincue que Paris doit s’adapter à l’évolution des températures. Le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) prévoit des pics de canicule à 50° d’ici à 2050. Nous avons l’obligation d’agir aujourd’hui pour éviter l’impossibilité de vivre dans cette Ville plus tard.

Vous ne parlez pas seulement du retour au végétal. Vous voulez créer des forêts en pleine ville ?

J’ai en effet souhaité aller plus loin. On y travaille déjà sur l’esplanade du château de Vincennes où l’on replante 1,7 ha de végétation. Nous avons aussi les cours d’école « oasis », où la nature est revenue. Il y en a trois actuellement. À la rentrée de septembre, on en aura 28 de plus, dans tous les arrondissements.

Mais surtout, on a repéré quatre grands sites emblématiques sur lesquels nous allons créer de la forêt urbaine. Sur le parvis de l’Hôtel de Ville, l’esplanade nord de la gare de Lyon, l’arrière du Palais Garnier. Et nous allons débitumer l’une des deux voies des berges de Seine piétonnes, Rive droite, l’autre voie devant rester goudronnée pour la circulation des véhicules d’urgence.

Des sites plus petits, comme la rue Louis-Blanc (Xe), le boulevard Pasteur (XVe) seront végétalisés. Sur l’avenue Daumesnil, la plantation en pleine terre se fera à la place du stationnement. Il y a une baisse du trafic de 5 % par an à Paris. Cela veut dire que l’on peut régulièrement gagner 5 % de places de stationnement. Enfin, il est prévu une promenade végétale du parc de la Villette aux Buttes-Chaumont (XIXe). Pour tous ces sites, nous avancerons en lien étroit avec les maires d’arrondissement dont je tiens à ce qu’ils soient partie prenante.

Quelles procédures devrez-vous respecter pour la transformation des quatre grands sites ?

La procédure sera assez simple. Nous engagerons bien sûr toutes les concertations nécessaires, avec les maires d’arrondissement et les habitants. Nous en discuterons aussi au sein du Conseil de Paris. Puis ce sera une déclaration de travaux, avec une consultation préalable des ABF (Architectes des bâtiments de France). À l’Hôtel de Ville ou à la gare de Lyon, nous envisageons de neutraliser l’étage supérieur des parkings pour les remplir de terre. Sur ces deux sites, nous passerons donc des avenants avec les gestionnaires et la SNCF.

Pour Opéra, nous serons en pleine terre, tout comme pour les voies sur berge. Une fois les marchés de travaux passés, viendra alors le temps des aménagements et des plantations. Il nous faudra bien sûr respecter le cycle des saisons. Dans ces conditions, la livraison de l’ensemble des quatre lieux pourra se faire, au mieux, au cours de l’année 2020. C’est mon ambition.

Concrètement, comment verrons-nous ces quatre sites dans un an ?

À l’Hôtel de Ville, nous allons faire des plantations d’arbres de part et d’autre du parvis. Mais on respectera la perspective et le maintien d’un espace sur le parvis pour les cérémonies ou des événements.

Derrière l’Opéra, la végétalisation sera réalisée afin de respecter la vue historique sur le monument. On plantera à un endroit où l’on a besoin d’arbres en pleine terre, à la place de tous les cars touristiques qui se garaient là.

Sur la place Henri-Frenay, sur le parvis nord de la gare de Lyon, cela donnera lieu à la plantation d’une petite forêt urbaine qui assurera le rafraîchissement de la Ville.

Sur les berges de Seine, après une consultation de l’Unesco et de tous les acteurs concernés, je n’envisage pas de plantation d’arbres mais plutôt de l’herbe pour respecter la minéralité des berges. Ce sera un aménagement pour la détente et les pique-niques.

 projet hotel de ville  projet opera paris
 Place de l’Hôtel de Ville.©Ville de Paris/Apur/Céline Orsingher  Derrière l’opéra Garnier.©Ville de Paris/Apur/Céline Orsingher
projet gare de lyon projet voies berge
Le parvis de la gare de Lyon.©Ville de Paris/Apur/Céline Orsingher Les voies sur berge rive droite.©Ville de Paris/Apur/Luxigon

Pont d’Iéna (XVIe-VIIe), vous envisagez de faire des plantations dans le cadre des jardins Trocadéro-Tour Eiffel. Cela veut dire que vous accélérez ce passage du minéral au végétal dans Paris ?

C’est le devoir que nous avons de transformer notre Ville et de le faire sans perdre de temps. Les transformations sont spectaculaires. Elles créent parfois des polémiques. Mais tout le monde reconnaît qu’il est indispensable d’embarquer Paris, ville historique et minérale, dans la transition écologique. Nous devons à la fois nous adapter au changement climatique et respecter le patrimoine. C’est une transformation radicale. C’est ça le défi.

Vous avez le sentiment d’un pari gagné ?

Oui, je l’ai vraiment. Certains me disaient : « C’est dommage, tu es un peu en avance sur ton temps. » J’ai plutôt le sentiment désormais que nous sommes passés à un : « Heureusement que tu as fait ces transformations au moment où il fallait les faire. »

Vous vous adaptez au côté minéral de Paris ?

Pour en arriver là, il a fallu plusieurs mois de recherche, de travail, avec l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), notamment sur les espaces de pleine terre possibles. On a aussi regardé les parkings où il était envisageable de récupérer les étages supérieurs pour mettre de la pleine terre. C’est un travail de presque un an. En parallèle, il y avait le travail sur la tour Eiffel, le pont d’Iéna, etc. Et tout le travail sur la « débitumisation » que nous avons démarré il y a trois ans avec les cours d’école, les cours « oasis », et sur tous les espaces qui nous permettaient de récupérer les eaux de pluie. Tout cela converge vers une même vision de la ville. C’est une transformation… Aujourd’hui on peut dire « sur les pavés la forêt » (rires).

C’est une nouvelle étape… Y en aurait-il d’autres ?

On va continuer sur Daumesnil, le boulevard Pasteur… En fait il y a vraiment une reconquête à faire sur toute la partie qui est encore occupée par de la voiture aujourd’hui. Je pense à des places de stationnement qui pourront devenir de petits jardins ou de micro-jardins. Il y a aussi un travail sur les façades, sur les toits avec des murs et des façades végétalisés. Sur le périphérique, nous allons travailler à des propositions, là encore très ambitieuses, à travers les ateliers du périphérique qui débutent dès le 12 juillet.

Pont d’Iéna pourra-t-on d’ailleurs planter des arbres ? Il y a débat sur la question…

Pelouse, arbustes, arbres… Plusieurs possibilités sont sur la table. L’équipe d’architectes est au travail et trouvera des solutions innovantes et adaptées.

Les Écologistes ont pris davantage de poids après les européennes. On voit que des projets de la Ville vont changer comme le TEP Ménilmontant ou le projet Bercy-Charenton avec plus d’espaces verts. Est-ce une politique électoraliste ?

Si je n’avais commencé qu’aujourd’hui, bien sûr qu’on pourrait se poser la question. Mais dès mon élection en 2014, j’ai pris tous les risques en annonçant avant tout le monde la fin du diesel à Paris. Il y a aussi eu la COP 21 en 2015 avec le sommet que j’ai organisé à Paris des 1000 maires du monde entier, j’ai la présidence du C40 des grandes villes monde engagées sur le climat. J’ai tout de suite été appelée par l’OCDE pour prendre le leadership de ce qu’ils nomment les maires champions de la croissance inclusive sur les questions climatiques.

Yannick Jadot dit qu’il rêve d’un maire écologiste à Paris… ?

Alors son rêve est réalisé (rires). D’ailleurs, dès 2015, j’ai arrêté un bon nombre de projets de densification notamment dans le XVIIIe sur le TEP Championnet. Un seul est passé à travers les mailles du filet : le TEP Ménilmontant. Mais quand j’ai vu la mobilisation, nous avons pris la décision avec le maire du XIe arrondissement, François Vauglin, de dire que notre majorité, qui nous importe beaucoup, ne doit pas se déchirer sur une opposition entre le social et l’écologie. On va donc reprendre les discussions avec la population. Ce qui fait ma marque de fabrique c’est l’écologie, le social et l’innovation. Il ne faut jamais déséquilibrer ce trépied sur lequel les transformations de Paris sont assises.

Sur l’aménagement de Bercy-Charenton…

On peut toujours faire plus et mieux. Il faut toujours placer la barre très haut. Un projet d’aménagement ne se fait plus du tout comme dans le passé. Il faut pouvoir s’adapter et garder une souplesse.

Ne va-t-on pas parfois vers une végétalisation spectacle ?

Il faut garder de l’esthétique. Paris a toujours gardé et proposé des projets qui sont spectaculaires. C’est l’image qu’en a le monde.

Mais dans le XIIIe, la tour végétale ne fonctionne pas vraiment…

En matière architecturale, elle est mon principal regret à Paris. Ça ne marche pas. Ce n’était pas le projet prévu. J’en ai parlé avec le maire du XIIIe et à Paris Habitat pour qu’ils nous fassent des propositions mais ça va être un coût, des travaux. J’assume absolument tout sur nos ZAC, qui sont d’ailleurs régulièrement primées, mais ce truc-là…

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