Urbanisme

Face aux nuisances, à la pollution atmosphérique et à l'urgence climatique, quatre équipes d'urbanistes et d'experts ont planché sur les routes du futur dans le Grand Paris aux horizons 2030 et 2050.

Le JDD - 11 juin 2019 - Par Bertrand Gréco

Les autoroutes urbaines d'Ile-de-France, à commencer par le périphérique, sont vouées à disparaître dans un avenir proche. Même si cette perspective ne réjouira pas forcément les automobilistes, tout porte à croire que, dans les dix ans qui viennent, les axes du réseau autoroutier aux portes de la capitale – A1, A3, A4, A6, A13, A14, N118, A86… – seront transformés peu à peu en boulevards urbains. "C'est inéluctable, le sens de l'Histoire ; de même que la fin de l'autosolisme [circuler seul dans sa voiture]", veut croire Jean-Louis Missika, adjoint d'Anne Hidalgo chargé de l'urbanisme, de l'attractivité et du Grand Paris.

Lire aussi - TRIBUNE. "Moins de voitures, moins de pollution, moins de bruit : la métamorphose des autoroutes urbaines est possible"

Tous les grands élus d'Ile-de-France – Ville de Paris, Région, Métropole, départements, territoires, Association des maires – ont inauguré jeudi une exposition au Pavillon de l'Arsenal baptisée "Les Routes du futur du Grand Paris"*, qui présente les travaux de quatre collectifs d'architectes, d'urbanistes, d'ingénieurs, de paysagistes, d'experts en mobilité, en environnement et en analyse de trafic. Une consultation internationale avait été lancée en juin 2018 à l'initiative du Forum métropolitain du Grand Paris.

L'Ile-de-France détient le record d'Europe des bouchons

A l'issue d'un appel d'offres, quatre équipes pluridisciplinaires ont été sélectionnées, menées respectivement par la prestigieuse agence britannique Rogers Stirk et celles des Français David Mangin (Seura), Christian Devillers (D&A) et Thomas Richez (Richez Associés). Leur mission : réfléchir à l'avenir de "1.000 kilomètres d'axes structurants franciliens" (dont les 35 kilomètres du périphérique) et proposer des évolutions possibles aux horizons 2030 et 2050.

Il ressort de ce grand brain­storming une vision convergente. Côté diagnostic, chacun constate la nécessité de lutter contre la pollution atmosphérique et le dérèglement climatique, les nuisances sonores et l'engorgement – l'Ile-de-France détient le record d'Europe des bouchons (de 300 à 400 kilomètres par jour) et le nombre d'heures de congestion a plus que doublé entre 2007 et 2017.

Principale préconisation : réduire l'espace accordé aux voitures

Côté solutions, les quatre études vont dans le même sens, prônant une réduction de la place de la voiture et une augmentation du nombre de passagers dans chaque véhicule. Toutes plaident pour des suppressions de files de circulation, lesquelles seraient réservées aux transports en commun et au covoiturage, voire remplacées par des pistes cyclables ou des espaces verts.

La réduction de la capacité des infrastructures routières est la seule manière qui nous permettra à long terme de réduire la circulation automobile

"Tous les experts confirment ce que les opposants à la piétonnisation des berges de Seine ont toujours voulu nier : la réduction de la capacité des infrastructures routières est la seule manière qui nous permettra à long terme de réduire la circulation automobile et les nuisances associées", analyse Jean-Louis Missika. Tous préconisent aussi de développer l'intermodalité avec les transports en commun ferrés et les espaces de logistique.

Relatif consensus chez les élus franciliens

Les futures voitures intelligentes, connectées, autonomes, propres ne suffiront pas pour répondre aux problèmes. Certaines équipes proposent de réduire la vitesse à 70 km/h aux abords de la métropole et à 50 km/h à l'intérieur de l'A86. David Mangin suggère que la boucle intérieure du périphérique soit réservée aux circulations douces. Richard Rogers, lui, imagine de transformer radicalement la portion de l'autoroute A4 entre Paris et Nogent-sur-Marne, le long de la Seine, puis de la Marne, jusqu'à l'A86 (voir notre illustration).

"En 2050, il est proposé […] d'attribuer 50% de la superficie de la voirie à de nouvelles fonctions", explique le collectif auquel participe également le paysagiste Michel Desvigne. Et de décrire un "parc linéaire bordant le fleuve" sur 8 kilomètres, des "parcours piétons", une "voie cyclable majeure" suspendue ou encore "un nombre important d'arbres", des équipements, restaurants, buvettes…

Un relatif consensus s'observe aussi parmi les élus franciliens – c'est nouveau –, qui se sont montrés unis sur la question, jeudi, au Pavillon de l'Arsenal. Toutes et tous – dans un "dialogue apaisé", dixit Missika – ont loué le travail des quatre équipes et jugé les pistes intéressantes. Une synthèse est prévue en octobre, laquelle ­débouchera sur un "programme de transformation". Même le préfet de Région, Michel Cadot, dont le discours a été remarqué, s'est engagé à participer au futur groupe de travail, étant donné que la plupart des routes appartiennent à l'Etat. Il s'agira, pour commencer, d'installer des caméras de vidéoverbalisation pour faire respecter les voies réservées.

*"Les Routes du futur du Grand Paris", jusqu'au 1er septembre. 21, boulevard Morland (4e). Entrée libre. L'exposition sera aussi présentée dans 11 autres lieux franciliens jusqu'au 13 octobre.

Partagez cet article

Ajoutez votre commentaire

5000 caractères restants


Nos Visiteurs

157197
Aujourd'huiAujourd'hui208
HierHier542
Cette semaineCette semaine750
Ce mois-ciCe mois-ci13160
Depuis toujoursDepuis toujours157197
Le jour le plus visité et pays d'origine du dernier visiteur 01-13-2019 : 1097
UNITED STATES
US

Vous connecter

Notre Lettre d'Information

Abonnez-vous et recevez gratuitement la Lettre Ambition France.
Civ.
J'accepte que mes données personnelles soient conservées par Ambition France
Si vous ne souhaitez plus recevoir notre Lettre d'Informations, merci de vous désinscrire ci-dessus après avoir rempli tous les champs
Voir notre politique de confidentialité

Acteurs Société Civile

Europe - Consultations citoyennes