Municipales Paris

À la veille de son oral devant la commission nationale d'investiture de LREM pour les municipales à Paris, Benjamin Griveaux livre ses derniers mots.

Le Point - 9 juillet 2019 - Propos recueillis par Mélanie Volland et Erwan Bruckert

Les dernières lignes droites sont souvent les plus douloureuses, et ce n'est probablement pas un hasard si Benjamin Griveaux, pris d'un mal de dos soudain ces derniers jours, a fait l'acquisition d'un tapis d'acupression pour soulager ses points de tension... Lorsque Emmanuel Macron était encore en campagne pour l'Élysée, lui pensait déjà à la Mairie de Paris et à y prendre ses quartiers. Longtemps, l'ancien porte-parole du gouvernement a fait figure de favori, de candidat naturel de la macronie. Mais depuis quelques semaines, la dynamique semble s'être renversée. À quelques heures du grand oral des candidats face à la commission d'investiture nationale de La République en marche, Griveaux revient une dernière fois pour Le Point sur ce qui le sépare de son premier adversaire Cédric Villani, sa stratégie, son image écornée... et l'hypothèse Édouard Philippe. Entretien.

Le Point : Pourquoi seriez-vous le meilleur candidat de La République en marche à Paris  ?

Benjamin Griveaux : À Paris, ce n'est pas quelques semaines ou quelques mois de mobilisation qui font que vous êtes suffisamment entouré, que vous avez pris le temps d'écouter. Moi, j'y travaille depuis près de deux ans, je vais à la rencontre des gens, sans Twitter, sans Facebook, sans caméra, sans journaliste. J'ai lu que la tribune de ce week-end (34 élus parisiens ont confirmé leur soutien à Benjamin Griveaux dans le JDD, NDLR) serait une forme de réaction. Vous pensez vraiment qu'on puisse réunir ces gens en un claquement de doigts pour signer une tribune  ?

Vous ne pouvez pas dire que le timing n'est pas calculé...

On a aussi le droit, quand on mène une campagne, qu'on veut devenir maire de Paris, d'être le maître de ses horloges. Cette tribune, c'est le fruit d'un travail de très longue haleine, ce ne sont pas des ralliements de dernière minute. J'ai autour de moi des gens de toutes les sensibilités, et je pense qu'au fond, c'est ça ma spécificité. J'ai toujours dit, depuis le premier jour, que le candidat soutenu par LREM à Paris devra être central. Je ne crois pas aux stratégies de gauche, écolo, de droite, ou que sais-je encore. Il faut être central, point. Moi, j'ai à mes côtés aussi bien l'adjointe Vert de la mairie du 20e que des élus de droite. C'est ça l'ADN absolu d'En marche  ! Ce qui n'est pas le cas d'autres…

Quel thème vous paraît le plus porteur  ? Vous avez beaucoup parlé d'ordre dans cette campagne...

Il faut remettre de l'ordre dans l'espace public et il ne s'agit pas que de la police municipale. La ville est en désordre. Certains disent que le maire ne doit pas être gestionnaire. Bien sûr que si  ! Je revendique absolument l'idée que le maire de Paris doit être un bon gestionnaire. Quand vous faites des travaux trois fois dans la même rue, la même année, un coup pour l'eau, un coup pour le gaz, un coup pour la fibre, franchement, vous emmerdez, comme disait Pompidou, les gens trois fois. Et écologiquement, c'est un désastre. Être bon gestionnaire, c'est aussi être écolo. Évidemment qu'il faut faire des travaux, je ne suis pas démago, mais on va les séquencer intelligemment. Et il n'y a pas un seul trou de bitume dans Paris sans accord du maire du Paris. La vision, c'est bien, mais il n'y a pas de visions sans réalisations concrètes, sans régler les problèmes des gens en bas de chez eux.

Vous parlez d'écologie, certains disent que vous n'avez d'écologique que la posture. Qu'avez-vous à leur répondre  ?

Rien. Ce sont des effets de tribune. Je ne me suis pas découvert une fibre écologique après les résultats des élections européennes. J'ai été le seul membre du gouvernement à m'opposer, dès novembre, au projet Europa City. Le sujet des maladies respiratoires des enfants, je m'en suis saisi quinze jours après ma sortie du gouvernement. Mon engagement est ancien. Et c'est moi qui ai été rejoint par Antonio Duarte. Je ne veux pas être « le premier maire écolo » (comme l'a dit Cédric Villani lors de son meeting le 4 juillet, NDLR), je veux que Paris soit la première ville écolo.

En quoi vous différenciez-vous de vos adversaires  ?

Je ne crois pas qu'on ait des visions opposées, il y aura des choses à prendre chez les uns et chez les autres. Moi, je porte surtout une méthode, et c'est la raison pour laquelle j'ai voulu que cette investiture se fasse tôt. Je ne conçois pas qu'on fasse une campagne sans associer les Parisiens. Or, si on ne choisit pas de candidat maintenant, on ne pourra pas matériellement le faire. Je n'ai pas demandé ce calendrier pour le plaisir  ! Il faut trouver 17 mandataires financiers, tous les gens qui seront têtes de liste devront emprunter à titre personnel et il faut aussi parler avec nos partenaires... Soit vous le faites à l'arrache parce que vous avez désigné votre candidat trop tard, au mois d'octobre sur un coin de table, et là, ça donne l'actuelle majorité avec un accord d'appareils qui ne résiste pas au moindre coup de vent. Soit vous faites ça de manière sérieuse et ça prend du temps. Et surtout, il faut parler aux gens  ! C'est dans ma culture, c'est ma manière de faire, c'est comme ça que j'ai gagné un canton que l'on disait imprenable en Saône-et-Loire. Surtout quand on est un « connard arrogant »… Pourtant, on y arrive en allant voir les gens  ! Quand je lis le dernier sondage BVA, le plus proche des gens dans la bande, c'est moi. Et ce que disent les entourages de mes adversaires à mon propos est assez contradictoire avec ce que je lis dans mes enquêtes.

Puisque vous en parlez, cela fait de nombreux mois qu'il est dit que vous avez un déficit de sympathie dans votre image, que vous dégagez une certaine insincérité. Est-ce l'un de vos principaux freins  ?

Non, on ne m'a jamais parlé d'insincérité. On me dit arrogant, cassant, mais jamais insincère. Justement, on m'a reproché d'être trop cash  ! Écoutez, si j'ai vraiment cette image, je m'en sors pas trop mal dans les sondages. Je vais vous dire quelque chose que je vais aussi dire à la commission : s'il y en a un qui n'a pas été épargné depuis 18 mois quand il était porte-parole du gouvernement et qui n'a pas été épargné depuis six mois par ses compétiteurs, c'est bien moi. Dans une campagne face à Anne Hidalgo, il faut être solide, savoir résister à la pression et aux attaques. Les autres ont été très épargnés, pas moi. J'ai eu l'occasion de prouver que j'étais résistant. Une campagne est une bonne façon de montrer sa sincérité, et vous ne pouvez pas construire un personnage dans une campagne locale  ! Les gens le voient  ! Est-ce que le maire de Paris doit être lisse  ? Je ne crois pas, les grands maires avaient des aspérités, des coups de cœur et des coups de gueule. Est-ce que je suis cash  ? Eh bien, oui. Est-ce que je ne tourne pas autour du pot  ? Eh bien, non. Est-ce qu'il y a des gens que j'aime bien et des gens que je n'aime pas  ? Eh bien, oui. Mais comme les Parisiens, au fond. Le consensus mou, ce n'est pas Paris. Quand j'embrasse une cause, je la défends, et je le fais sans compter.

Votre expérience d'élu local a-t-elle joué sur votre façon d'appréhender cette campagne  ?

Dans le travail de préparation, sans doute. Une campagne locale ne se gagne pas dans les médias et en notoriété nationale, et Paris en a été la démonstration létale pour beaucoup. J'entends les gens dire que ce soutien d'élus locaux fait très ancien monde... Non  ! Ce sont des gens qui ont fait un mandat, parfois deux, au service des Parisiens. Et ne pas tenir compte de ce que ces gens-là ont à dire, ou peuvent représenter dans cette ville, ce n'est pas possible. Et puis, je suis persuadé qu'on ne peut pas raconter n'importe quoi dans une élection municipale. Et encore moins à Paris, car tout est vérifiable très facilement. Vous ne pouvez pas dire des choses fausses.

Vous faites référence à Cédric Villani, qui a dit que la dette ou les impôts ont augmenté sous le mandat d'Anne Hidalgo...

C'est vrai que la dette s'est aggravée, il n'y a pas de doute, mais vous ne pouvez pas dire qu'Anne Hidalgo a augmenté les impôts. Dans une campagne municipale, vous devez, pour chaque proposition que vous formulez, presque avoir conduit une étude de faisabilité au préalable. C'est la force de l'équipe que j'ai rassemblée autour de moi depuis longtemps et l'apport de Julien Bargeton : il a été adjoint de Bertrand Delanoë et d'Anne Hidalgo, il sait de quoi il parle, il sait ce qui est possible ou non, il connaît les calendriers pour chaque mesure.

Cédric Villani connaît une vraie dynamique ces derniers jours, notamment avec le ralliement des désormais ex-candidats Mounir Mahjoubi et Anne Lebreton. Comment avez-vous vécu cette montée en puissance  ?

Je note que vous avez fait beaucoup moins de bruits pour le ralliement de Julien Bargeton, qui est quand même président d'un groupe au Conseil de Paris. D'ailleurs, trois présidents de groupe m'ont apporté leur soutien, et Antonio Duarte hier. On arrive chacun à la commission avec deux personnalités, qui vont d'ailleurs être entendues. Après, vous avez tous ces élus  ! Qui ont-ils soutenu  ! ?

Lire aussi Villani à Paris… et si c'était lui  ?

Ce n'est jamais que 34 élus sur plus de 500…

Ils auraient soutenu Cédric Villani, vous auriez crié à la victoire.

Ça ne vous ressemble pas de faire le procès les médias en les accusant d'avoir choisi leur camp…

Je ne dis pas ça. Il y a une compétition, je comprends que ça vous intéresse. Mais quand j'entends « il engrange les ralliements, il y a un bloc contre Griveaux », factuellement, c'est faux. Deux candidats se sont ralliés de part et d'autre, et j'affiche 34 élus parisiens, ancrés sur le territoire. Vous me direz « il a Matthieu Orphelin », très bien, mais il est dans le Maine-et-Loire. Émilie Cariou, c'est formidable, mais elle est dans l'est de la France. Les élections sont à Paris…

C'est aussi une question de sensibilités des soutiens…

Oui, c'est la différence entre Cédric et moi. J'assume une stratégie de positionnement central, qui, je crois, est démontré dans mes soutiens. Cédric, lui, assume de vouloir être le candidat de gauche. Sauf que le candidat de gauche, c'est Anne Hidalgo.

Vous attendiez-vous, quand vous vous êtes lancé, à ce que cette course soit aussi serrée  ?

Tout le monde a écrit que c'était déjà fait, moi, j'ai toujours dit que ce n'était pas le cas. Vous avez voulu raconter que j'étais le candidat officiel qu'Emmanuel Macron avait choisi… Il sortira de cette pré-campagne un candidat légitime, car il aura fait face à des rivalités, à une vraie compétition interne. Et puis ça a permis de faire émerger des talents  ! Pour un parti qui n'a que deux ans d'existence, qui selon les médias n'a pas d'ancrage local, pas de banc de touche, pas de personnalités... pardon du peu. On était trois, avec Mounir Mahjoubi, à être devant Anne Hidalgo dans le dernier sondage BVA  ! C'est plutôt une bonne nouvelle, non  ? Cédric et moi sommes au même score depuis des semaines, peut-être que la commission d'investiture est le meilleur moyen pour départager des projets et des personnalités qui ont démontré ces derniers mois qu'elles avaient une identité politique.

L'ancien maire du Havre Antoine Rufenacht, et plus récemment François Bayrou ont déclaré qu'Édouard Philippe serait un bon candidat pour Paris…

Ce qui me laisse songeur, c'est que cela fait un an que vous faites l'Arlésienne sur la candidature d'Édouard Philippe. Ne vous attachez pas à l'écume des petites phrases. Le Premier ministre a fait un discours de politique générale le 12 juin dernier  ! En plus, je suis certain que François Bayrou, comme moi, pense qu'Édouard Philippe est un excellent Premier ministre…

N'est-il pas le mieux placé pour conquérir les arrondissements de l'Ouest, tenus par la droite  ?

Non. Il faut vous dépolluer avec ça, ce n'est pas le sujet. Si la stratégie est de gagner à droite, il prendra les arrondissements aujourd'hui tenus par LR et sera minoritaire. Ce n'est pas la droite qui dirige Paris aujourd'hui. Alors oui, on peut prendre ces arrondissements de l'Ouest, ça ne sert à rien si on ne prend pas les arrondissements de gauche. Il faut sortir de ce schéma. Moi, ma bataille depuis deux ans, c'est de tenir la position centrale, c'est comme ça qu'En marche  ! a fonctionné. Tous ceux qui veulent nous remettre dans un truc gauche/droite ne sont pas fidèles au mouvement. Moi, j'en suis membre, et j'en suis même l'un des fondateurs  !

Que ferez-vous si jamais vous n'êtes pas choisi par la commission d'investiture demain  ?

Moi, je l'ai dit : je soutiendrai le candidat investi. J'ai signé l'engagement, sans aucun état d'âme. Je n'imagine pas une réponse différente de mes deux compétiteurs. Je serai à la place qu'ils souhaiteront que j'occupe dans leur campagne. Je ferai ce qu'ils me demanderont de faire pour gagner Paris.

Vous avez peut-être lu que certains proches du président de la République confient, sous anonymat, qu'il est de moins en moins certain que vous soyez le candidat naturel de LREM à Paris. Qu'en pensez-vous  ?

Eh bien, comme cela je ne serai pas le candidat du président et j'aurai arraché cette investiture à la force de ma conviction et de ma détermination.

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