Education

A l’heure de l’économie de la connaissance, il est vital que l’éducation des jeunes soit performante.

L'Opinion - 20 février 2018 - Par Anne Coffinier

Pour les préparer à relever les défis de notre monde en mutation accélérée, l’école est condamnée à innover. Dans le monde entier, la société civile contribue à la créativité éducative, fonde des écoles, noue des accords avec les institutions scolaires publiques ou privées.

Dans ce contexte, le statut juridique des structures éducatives importe peu. Ecole publique, école privée, école à la maison, école en ligne, instruction libre empruntant à tous ces systèmes… L’heure est au sur-mesure. Ce qui compte, c’est de pouvoir permettre à tous les talents d’accéder à la fécondité et d’éviter de laisser 40 % d’enfants exclus de la réussite, sous prétexte qu’ils n’entrent pas dans le moule unique de l’Education nationale. Ainsi, le choix de l’école privée n’est plus une affaire d’idéologie. C’est un moyen pragmatique qui doit être accessible à tous, un moyen manifestement efficace d’accéder à la connaissance, à l’innovation, à l’audace et au leadership aussi.

Archaïsme administratif. En Grande-Bretagne par exemple, par le système des sponsors, des personnalités pouvant se prévaloir de réalisations hors du commun donnent de leur temps pour inspirer des free schools, leur donner une vision, permettre à leurs élèves de croire en leur destin, de développer des idées audacieuses et innovantes. Les Britanniques ont su adjoindre au monde de l’enseignement, de manière pragmatique, l’énergie de la société civile dans le cadre de l’école publique à gestion privée (free schools) autant que dans celui de l’école privée (independant schools). L’innovation y est la préoccupation dominante, tant il est évident qu’en dépend l’avenir de la compétitivité économique nationale.

Si les citoyens demandent à scolariser leurs enfants davantage dans des écoles privées, il faut ouvrir des postes. C’est une exigence démocratique. Et si en plus ces écoles ont de meilleures performances éducatives, cela devient une affaire de rationalité de l’allocation de la ressource !

Mais en France, qu’en est-il ? Notre Président veut encourager l’innovation, libérer les énergies de la société civile, permettre la diversification des élites. Et pourtant, il laisse l’administration archaïque de l’Education nationale étouffer les libertés éducatives de la société civile. Il laisse l’école publique dans cette situation de rente mortifère qu’est le monopole étatique, alors qu’elle aurait besoin de stimulation extérieure. Alors que Jean-Michel Blanquer prise tant l’expérimentation et l’évaluation, son administration impose des obligations de moyen dans l’irresponsabilité des résultats. Il parle de méritocratie mais supprime le caractère national et anonyme du baccalauréat qui permettait aux élèves d’obscurs lycées d’établir objectivement leur valeur. La liberté des écoles privées n’est pas davantage encouragée. Le président n’a pas libéré le pays de la répartition historique du 80 %-20 % de postes budgétaires entre l’Education nationale et l’enseignement sous contrat.

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Innovations pédagogiques. Si les citoyens demandent à scolariser leurs enfants davantage dans des écoles privées, il faut ouvrir des postes dans ces écoles-là. C’est une exigence démocratique. Et si en plus ces écoles ont de meilleures performances éducatives, cela devient une affaire de rationalité de l’allocation de la ressource ! Au contraire, la dernière loi de finances gèle les crédits alloués aux écoles privées sous contrat, malgré la longueur de leurs listes d’attente. Les enfants sont perçus comme un cheptel à se partager, en assurant des équilibres politiques, non comme des trésors à cultiver, dans le terreau scolaire qui leur convient le mieux.

De surcroît, le ministère de l’Education nationale soutient une proposition de loi portée par la sénatrice centriste Gatel, qui vise ouvertement à freiner la création d’écoles ou de classes hors contrat. Ces écoles sont pourtant des laboratoires développant des innovations au service de tout le système. Trois cinquièmes d’entre elles sont aconfessionnelles – beaucoup d’écoles Montessori ou bilingues par exemple. Elles apportent des innovations pédagogiques, qui conduisent vers le succès des enfants condamnés trop souvent à l’échec par le modèle unique éducatif, notamment pour les enfants dyslexiques ou à haut potentiel.

Comment expliquer un tel paradoxe, alors que le ministre disait sur France culture, le 27 juillet 2017 : « Je suis pour la créativité, la diversité des expériences. Au lieu de voir ces expériences menées dans l’école privée comme bizarres, voire inquiétantes, j’aimerais à l’avenir qu’elles puissent être inspirantes pour le service public » ? Paradoxe des ministres novateurs mais soumis à la pression corporatiste de leur ministère ?

Anne Coffinier est directrice générale de la Fondation pour l’école.

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