Jean Michel Blanquer

Éducation

Taxé d’autoritarisme, chahuté dans des manifestations, le populaire ministre de l’Éducation poursuit ses réformes vaille que vaille et garde la confiance de l’exécutif.

 

Le Figaro Premium - 9 juin 2019 - Par Marie-Estelle Pech

«Heureusement, je l’avais anticipé. L’attrait que représente un nouveau ministre, l’état de grâce des débuts, finit toujours par retomber un peu», confie Jean-Michel Blanquer, à l’occasion d’une remise de Légion d’honneur à un proviseur, Rue de Grenelle. Pour la première fois, depuis son arrivée au ministère de l’Éducation nationale, il y a deux ans, certains titres de presse se sont faits moins amènes: «Pourquoi Jean-Michel Blanquer est-il tombé de son piédestal?», «Blanquer a-t-il perdu la main?», pouvait-on lire en mai. À la veille d’une énième et modeste manifestation d’enseignants, un proche de Gabriel Attal, secrétaire d’État chargé de mettre en place le Service national universel, glissait «qu’en ce moment, ce n’est pas facile facile pour Blanquer». Sa cote de popularité faisait alors le yo-yo dans le baromètre Ifop-Paris Match, passant à 32 % d’opinions favorables en mai, contre 38 % en mars.

Si Jean-Michel Blanquer conserve, malgré des remous, la confiance de l’exécutif, c’est qu’il compte toujours beaucoup d’atouts. «Il est solide, connaît ses dossiers, mène ses réformes. Difficile de le prendre en défaut», confirme un ministre. Brigitte Macron, dont il est proche, a d’ailleurs assisté la semaine dernière, à ses côtés, à une cérémonie sur le harcèlement scolaire. Même les vieux routiers ronchons de la Rue de Grenelle lui reconnaissent certains mérites, celui par exemple de s’être attaqué à une réforme du bac et à celle du lycée jugées nécessaires mais repoussées par ses prédécesseurs en raison du risque politique qu’elles représentent. Connaisseur des différents courants syndicaux et intellectuels de l’Éducation nationale, le ministre sait par ailleurs s’adresser aux parents de façon pragmatique, même si son discours sur les fondamentaux, le «lire, écrire, compter» jugé facile, insupporte une partie des enseignants.

Faible mobilisation

La réforme du lycée, en cours, perturbe l’organisation interne des établissements en faisant exploser les filières. Ainsi que les emplois du temps des professeurs, plus aléatoires qu’avant… Le projet de loi «pour une école de la confiance», qui sera examiné en commission mixte paritaire dans quelques jours, a cristallisé des mécontentements. Ceux des professeurs, surtout, qui ont pour habitude de vouer aux gémonies leur ministre: Blanquer ne fait pas exception. Ils ont multiplié grèves et manifestations ces derniers mois sans réussir à mobiliser les foules des grands jours. Leurs préoccupations restent catégorielles aux yeux des parents qui ne les suivent pas, sauf dans quelques établissements très marqués politiquement, dans le nord-est de Paris, à Créteil, Toulouse ou Montpellier. Inquiets pour l’avenir des directeurs d’écoles rurales appelés dans le projet de loi à se rapprocher, sous certaines conditions, des principaux de collège, les sénateurs ont retoqué le texte. «Rapprocher écoles et collèges a pourtant du sens sur un plan pédagogique, mais j’ai bien compris que cela ne passait pas. Mon projet a été caricaturé. Je préfère rediscuter de ce dossier au cours des prochains mois avec les différents partenaires», commente le ministre.

Malgré son côté chamboule-tout, la réforme du lycée n’a pas mis les élèves dans la rue.

Malgré son côté chamboule-tout, la réforme du lycée n’a pas mis les élèves dans la rue. Début janvier, le mouvement était plié. Or c’est sur la jeunesse que s’appuient le plus souvent les enseignants pour obtenir gain de cause. De fait, ils restent seuls à critiquer la réforme. Force est de constater que malgré les communiqués rageurs du Snes-FSU, qui proteste contre les pertes d’heures dans certaines disciplines, la mobilisation ne prend pas. «Chez nous, c’est le calme plat», commentent Pascal Charpentier, proviseur du lycée du Parc, à Lyon, ou Fabien Decq, du lycée Robespierre, à Arras. «Faute d’être entendus», plusieurs syndicats ont décidé, dans une manœuvre quelque peu désespérée, de faire une grève de la surveillance le jour du bac. Et assurent qu’ils seront suivis, notamment dans l’académie de Créteil et dans le Sud-Est. Ce défi n’inquiète guère les proviseurs du SNPDEN-Unsa, comme Pascal Bolloré du lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne): «Cette vieille lune syndicale est contraire à l’ADN des professeurs et très impopulaire. Réaliser cette menace, c’est l’assurance de se mettre les parents et les élèves à dos.» La réforme devrait pouvoir suivre son cours.

Il n’empêche. La période est moins facile pour le ministre. Le discours d’Agnès Le Brun, vice-présidente de l’Association des maires de France, s’est durci. Même si cette ex-LR a vécu comme une «bouffée d’air» l’arrivée de Jean-Michel Blanquer après «l’époque dogmatique de Najat Vallaud-Belkacem», elle s’agace aujourd’hui d’un ministre qui «communique beaucoup» et «décide de façon très verticale». Son annonce sur les petits déjeuners gratuits à l’école «n’est pas financée», déplore-t-elle. «Le énième exemple d’une mesure paillette qui ne sera que peu ou pas appliquée.»

Ce que Jean-Michel Blanquer a accompli:

● Les classes dédoublées: un résultat encourageant

Les classes de CP et de CE1 ont été limitées à douze élèves dans l’Éducation prioritaire afin d’asseoir les savoirs fondamentaux. Grand engagement présidentiel d’Emmanuel Macron, c’est la mesure la plus sociale en matière éducative. Les CP dédoublés ont commencé à se mettre en place dès la rentrée 2017. Fin janvier, le ministère a dévoilé les premières évaluations, plutôt positives, de ce coûteux dispositif. La proportion des élèves les plus en difficulté en CP en REP + a baissé de 7,8 % en français et de 12,5 % en mathématiques. Tous les élèves ont, par ailleurs, progressé, même si certains chercheurs considèrent que cette progression est encore faible eu égard aux moyens déployés.

● Changement de cap pour les programmes

Le Conseil supérieur des programmes a été chargé de réécrire les contenus des enseignements du lycée. Il est piloté par la philosophe Souad Ayada, qui a marqué un changement de cap après l’ère Najat Vallaud-Belkacem, affichant son attachement à la dissertation en français. Et à une forme de pédagogie explicite. Publiés, les programmes n’ont pas suscité de polémiques, sauf en philosophie. Certains enseignants ont salué une exigence renouvelée ; d’autres les jugent, de ce fait, inapplicables…

● De nombreuses missions à l’impact difficile à mesurer

Mission mathématiques, mission latin, mission langues, création d’un conseil des sages de la laïcité et d’un conseil scientifique, mission sur l’enseignement professionnel: les rapports et missions se sont multipliés depuis l’arrivée de Jean-Michel Blanquer. Difficile, cependant, d’apprécier les effets concrets des recommandations d’un Cédric Villani, par exemple, dont les constats de bon sens sur l’enseignement des mathématiques ne différaient guère de ceux de ses prédécesseurs.

Ce qui attend Jean-Michel Blanquer:

● La mise en place de la réforme du bac et du lycée

Ce sera le gros chantier de l’année à venir. Cette réforme, qui supprime les traditionnelles filières au profit de spécialités, va bouleverser l’organisation des établissements. À l’issue des conseils de classe du 3e trimestre, en ce début de mois de juin, les chefs d’établissement auront une vision définitive des vœux des élèves. Les spécialités étant mises en concurrence, toutes les disciplines et les professeurs qui les enseignent y trouveront-ils leur compte? Cette réforme, qui vise clairement la réduction des coûts, s’accompagne en outre de suppressions de postes.

● L’amélioration des résultats des élèves en primaire

À l’entrée en sixième, 20 % des enfants ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux. Le ministre s’est engagé à inverser la tendance. Il pourra actionner plusieurs leviers: le dédoublement des CP et CE1 en éducation prioritaire, des effectifs réduits à 24 de la grande section de maternelle au CE1 d’ici à la fin du quinquennat, mais aussi les méthodes pédagogiques qu’il promeut, se fondant sur la recherche et les neurosciences.

● Une meilleure formation des enseignants

Le ministre entend mieux préparer au métier. «Au moins 55 % du temps de formation des professeurs du premier degré doit être consacré à l’enseignement des maths, du français et des valeurs de la République», selon le DRH des professeurs, Édouard Geffray, cité dimanche dans le JDD.

● Le plan contre les violences scolaires

Il devait être annoncé en novembre, à la suite d’un mouvement de protestation, après l’agression filmée d’une enseignante. Faute de solution miraculeuse, l’annonce de ce plan a été maintes fois repoussée. Le ministre s’est engagé à le mettre en place à la rentrée 2019.

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