La France en voie d'abandon …

Le constat est partagé mais rien n'est fait...Nous proposons un modèle qui fasse de la diversité des territoires notre projet d'avenir

 

Par Territoires en Mouvement - Jean Christophe Fromantin

« La nouvelle désertification de la France porte en germe une triple urgence, à la fois politique, économique et sociale. L’abandon de nos territoires, le délitement de notre patrimoine et le décrochage de nos exportations sont les marqueurs d’une résignation dramatique et dangereuse.

Nous proposons de réinventer la France à partir de tout ce qu’elle a de singulier et de répondre à une aspiration très forte des Français de vivre et de travailler là où ils le souhaitent.

Nos territoires, nos paysages et nos cultures constituent le socle à partir duquel nous pourrons construire l’avenir avec confiance : ils sont les espaces qui permettent à chacun de réaliser son projet de vie ; ils sont les atouts qui donnent à l’économie sa raison d’être ; ils sont le creuset d’une histoire qui façonne la cohésion sociale.

L’enjeu est essentiel de réinvestir la diversité culturelle de la France. C’est un enjeu de prospérité et de solidarité. C’est la condition pour que la France fasse de l’innovation une chance. C’est la seule voie pour retrouver du sens et de la confiance.

C’est un projet de société »

Jean-Christophe Fromantin, Président de Territoires en Mouvement

LA FRANCE EN VOIE D’ABANDON …

Le croisement d’indicateurs démographiques, d’emploi, de niveau de vie, d’investissement et de valeur ajoutée révèle que les 3/4 du territoire national sont exposés à plusieurs des effets suivants : une démographie vulnérable, la disparition de capacités productives et d’emplois, une économie de proximité déclinante et un cadre de vie précaire.

Cette dissémination de menaces a un effet viral. La majeure partie du territoire s’éteint progressivement et les activités économiques et sociales se condensent autour de quelques zones à forte densité isolées du reste du pays. Les métropoles, plus utilitaires qu’attractives, ne jouent plus leur rôle de moteur d’entrainement, ni de vecteur d’insertion.

C’est une situation très préoccupante qui n’est pas la conséquence d’une quelconque fatalité mais des effets délétères d’une centralisation en fin de cycle.

Les impacts de ces déséquilibres sont étendus et profonds. La gouvernance politique nationale n’a plus les moyens de pourvoir aux nécessités de régions aussi fragmentées et disparates. Les atouts historiques de nos territoires – ceux-là mêmes qui devraient qualifier la France dans le monde – ne jouent plus leur rôle de vecteurs de développement. Une large majorité de Français, qui a de plus en plus de difficultés à conjuguer épanouissement personnel, familial, social et professionnel, s’estime victime de conditions de vie injustes et abandonnée à un avenir incertain.

« 78% des Français jugent la société actuelle injuste et 63% sont convaincus que la réussite sociale est jouée d’avance et dépend beaucoup des origines des gens (…) 70% des Français sont pessimistes sur l’avenir de la société » La France en morceaux – Etude Elabe, institut Montaigne 2019

RETROUVER LA CONFIANCE : UN ENJEU D’AVENIR

La France est face à un véritable enjeu d’avenir. Le délitement de la confiance a un double effet négatif : sur son dynamisme économique et sur sa cohésion sociale. Il nous appartient par conséquent d’inverser la courbe de la confiance et de susciter un nouveau projet de société qui touche tous les Français et tous les territoires.

La confiance suppose que chaque Français puisse se construire un avenir là où il souhaite vivre. Pour cela il nous appartient de bâtir une politique qui combine l’innovation et l’aménagement du territoire et de considérer la France dans son entièreté. C’est la pierre angulaire de notre développement.

Dans un pays dont le taux d’épargne vient de passer la barre des 16,1%, l’enjeu n’est pas de trouver des financements mais de leur donner du sens. C’est le fondement de la confiance.

LES IMPASSES (URGENTES ET NON RESOLUES) DE L’EVOLUTION ACTUELLE

L’appel à un « projet de société » dont nos territoires seront à la fois la fin et les moyens, tient à quelques constats phares :

  • Le glissement vers une économie financière et « de prédateurs » réinterroge notre capacité à faire de nos avantages comparatifs une valeur d’échange authentique
  • La technologie neutralise l’injonction de concentration urbaine dans le sens qu’elle rend les services accessibles quelque-soit l’endroit où nous sommes
  • Les métropoles stimulent l’isolement et l’exclusion sociale ; cela appelle à reconstruction d’une socialité d’affinité
  • L’approche que nous devons avoir de l’innovation est de la mettre au service de nos projets de vie, sinon elle configurera nos vies en système de datas
  • L’hyper-concentration urbaine est un prolongement artificiel de la révolution industrielle, elle ne correspond plus à aucune logique économique et sociale
  • Notre modèle économique et d’emploi va être percuté par l’Intelligence artificielle et les technologies dont on estime qu’elles pourraient automatiser 50% des emplois actuels (Mac Kinsey Global Institute – 2017)

POUR UNE FRANCE REDISTRIBUÉE

La France a besoin d’une nouvelle géographie politique qui réinvestisse tous ses territoires, revitalise ses avantages comparatifs, régénère la capacité d’initiative des Français et multiplie ses connexions avec le reste du monde.

Nous proposons de bâtir cette nouvelle géographie politique autour de deux pivots :

  • Des carrefours à forte intensité : 8 Pôles régionaux – autour des métropoles de Lille, Strasbourg, Paris, Nantes, Clermont-Ferrand, Lyon, Bordeaux et Marseille – qui seront les pivots de l’action territoriale et les interfaces avec le reste du monde. Leur capacité de connexion s’appuiera sur des infrastructures de communication physique et numérique, la concentration de centres de décision de portée internationale et l’aptitude à allouer des ressources aux projets de croissance
  • Des espaces de vie et d’équilibre : Un réseau d’environ 350 à 400 villes moyennes – points d’interface des territoires avec leurs métropoles régionales – qui assureront une distribution équitable des politiques de proximité. Cet échelon intermédiaire entre métropoles et communes permettra d’optimiser l’accès aux équipements publics, les parcours scolaires, la gestion des mobilités, l’action sociale, les politiques de logement, le développement économique.

Chaque Français, quel que soit l’endroit où il habite, sera à moins de 15 minutes d’une ville moyenne et à moins d’1h30 d’une métropole.

« Pour 80% des Français, le métropoles et Paris sont les territoires qui bénéficient le plus de la politique de l’actuel Gouvernement (…) La taille idéale aux yeux des Français correspond aux villes de 5000 à 30000 habitants (c’est la strate préférée par 32% des Français) » Baromètre Banque des Territoires- Groupe CDC-2019

« 60% des habitants d’Ile de France rêvent de travailler ailleurs »  Etude Régionsjob.fr-juin 2018

« Au gré des arbitrages entre avantages de la concentration et inconvénients de la saturation, un mouvement contraire de diffusion peut s’affirmer. Il répond davantage à des logiques de polycentrisme qui s’appuient sur des corridors d’urbanisation, mais aussi sur d’autres formes plus originales (…) Les flux s’individualisent de plus en plus avec des capacités mobilitaires individuelles décuplées et surtout variées en termes d’échelles, d’espaces, de modes et de durées » Nadine Cattan et Jean-Baptiste Fretigny, géographes – Les portes d’entrée de la France et les systèmes territoriaux de flux

CINQ LIGNES-FORCES

Réformer l’architecture territoriale 

Pour rendre plus efficaces nos politiques économiques et sociales, nous proposons d’agréger autour des métropoles des territoires de taille critique avec notamment :

  • Une population de 3 à 5 millions d’actifs et de 1,5 à 2,5 millions d’emplois dans le secteur marchand
  • Au moins 500 milliards € de patrimoine financier et 20 à 30 milliards € de création d’épargne annuelle
  • 150 000 à 200 000 PME, 500 à 600 ETI et 20 à 30 grandes entreprises
  • Un pôle financier composé d’intermédiaires, de compétences autonomes d’ingénierie financière et de décision, et d’une bourse des valeurs régionale avec un minimum de 50 sociétés cotées
  • Une capacité d’émission obligataire pour les collectivités de 300 à 500 millions € par opération.

Nous proposons également de reconstruire une trame de 350 à 400 villes moyennes, bien réparties sur le territoire, et d’en faire des espaces d’équilibre riches en service et équipements publics : en matière d’éducation, de santé, d’accompagnement des personnes fragiles et d’activité culturelle.

Nous proposons de renforcer l’articulation métropoles/villes moyennes autour de trois paramètres prioritaires :

  • La santé, via le raccordement de chaque hôpital de proximité à un centre hospitalo-universitaire
  • L’enseignement supérieur et professionnel, via un réseau d’établissements satellites dans les villes moyennes
  • Le travail, via des espaces de coworking, des ateliers-relais et des stations de Fab-lab connectés aux réseaux d’entreprises.

Simplifier la gouvernance

Pour une gouvernance à la fois plus lisible et qui intègre pleinement les leviers territoriaux, nous proposons de créer une Assemblée des Territoires où siègeraient les présidents des 8 régions et des 350 à 400 intercommunalités de villes moyennes.

L’Assemblée des Territoires statuerait en première lecture sur tous les projets et propositions de loi relatifs au déploiement des politiques publiques dans les territoires – les questions sociales, d’aménagement du territoire, de mobilité ou d’entreprise – et la mise en cohérence des actions nationales. Elle pourrait également introduire des propositions de loi et valider des expérimentations.

Pour améliorer la contractualisation, nous proposons également que les 350 à 400 bassins de vie formés autour des villes moyennes soient les mêmes périmètres qui rassemblent le Président de l’intercommunalité, le Préfet et le Député.

On estime à environ 50 milliards le niveau d’économie que l’on peut attendre en vitesse de croisière d’une simplification des strates de gouvernance territoriale.

 Connecter les territoires

Pour donner à chaque territoire et à tous les Français les mêmes chances de réussite – là où ils vivent – nous proposons de :

  • Lancer un vaste plan d’aménagement du territoiredont les axes centraux seront la mobilité des personnes, des biens et des services qui contribuent dans des proportions décisives à la croissance, à la compétitivité et à l’attractivité des territoires
  • Relier les villes moyennes et les métropoles entre elles afin de se rapprocher de la règle « 15’ d’une ville moyenne/ 1h30 d’une métropole »
  • Développer la connexion des métropoles au reste du monde ; finaliser le câblage en haut débit des territoires ; développer l’hinterland des grands ports maritimes et de puissantes bases logistiques ; assurer les connexions aéroportuaires pour le fret comme pour les passagers
  • Rénover massivement le patrimoine afin de reconstruire le socle culturel à partir duquel se développent les avantages comparatifs de chaque territoire et de son économie.

Mobiliser l’épargne, baisser l’impôt

Plutôt que d’augmenter sans cesse la fiscalité sans atteindre pour autant le niveau d’investissement dont la France a besoin, nous proposons de relancer les investissements publics au moyen d’un emprunt national et d’une série de grands emprunts régionaux avec une garantie publique ; le tout représentant un montant de 70 à 90 milliards d’EUR de levée de capitaux.

Cette série de grands emprunts seront focalisés sur trois priorités :

  • La revitalisation du patrimoine matériel et immatériel
  • La mise en place de nouvelles infrastructures de connexions physiques et numériques
  • Le renforcement de la trame des villes moyennes par la mise à niveau des équipements publics nécessaires pour les rendre attractives.

Le recours à l’épargne ainsi que les impacts économiques et sociaux d’une relance de l’investissement permettront de diminuer la pression fiscale. Une étude du Fonds monétaire international de mai 2015 montre que, dans les conditions économiques actuelles, des investissements publics équivalent à 1% du PIB produisent une croissance de 2% la première année et de 2,5% à moyen terme (rappel, le PIB de la France est d’environ 2,200 milliards d’EUR => 1% du PIB correspond à 22 milliards d’investissement … )

Ajuster les compétences

Pour neutraliser les effets négatifs de la centralisation, nous proposons la simplification ou la redistribution de quelques grandes politiques publiques :

  • En matière sociale : remplacer les multiples systèmes d’aides sociales par une « allocation sociale unique » afin de restaurer équité et lisibilité de la redistribution sociale, d’éliminer les effets d’aubaine et de ramener les montants alloués à un niveau socialement acceptable pour la communauté nationale.
  • En matière d’emploi : territorialiser la politique de retour à l’emploi ; simplifier les structures et donner une plus grande autonomie locale à l’Education pour adapter l’école à la diversité des situations et des attentes.
  • En matière économique : aligner au niveau du couple métropole-région, l’essentiel des compétences en matière de développement, d’aménagement et de financement.

 

« Il apparait indispensable de dépasser l’idée d’un développement unique sur un territoire (…) L’enjeu est bien davantage de redonner le pouvoir de choisir leurs parcours de vie aux Français qui l’ont perdu, afin que chacun puisse choisir de partir comme de rester pour réaliser son projet de vie sur le territoire qu’il souhaite » La France en morceaux – Etude Elabe, institut Montaigne

« La première vertu de territoires équilibrés est de permettre un meilleur ajustement des compétences économiques et sociales et davantage d’équité dans le déploiement des grandes politiques publiques » Philippe Giry-Deloison, Coordinateur des études TEM

 

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