Emploi

Geoffroy Roux de Bézieux prône une refonte complète, avec une couverture à deux niveaux. Objectif : inciter davantage à la reprise d'emploi. Pas de tabou sur la dégressivité pour l'exécutif.

 

Les Echos - 3 septembre 2018 - Propos recueillis par Nicolas Barré, Marie Bellan, Ingrid Feuerstein et Etienne Lefebvre

Alors que le gouvernement imaginait peut-être que le Medef allait claquer la porte de l'Unédic, son nouveau président, Geoffroy Roux de Bézieux, avance dans « Les Echos » un projet ambitieux de refonte du régime d'assurance-chômage. L'indemnisation se ferait à deux niveaux, propose-t-il : une première couverture universelle financée par la CSG, gérée par l'Etat, à laquelle s'ajouterait une assurance complémentaire obligatoire, pilotée par les partenaires sociaux. Une architecture proche de ce qui existe aujourd'hui pour les retraites. Objectif avancé par le président du Medef : « Changer radicalement les règles pour inciter plus efficacement à la reprise d'emploi. » Interrogée dimanche sur l'hypothèse d'une dégressivité dans le temps des allocations chômage, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a assuré que le gouvernement n'aurait « aucun tabou » dans la négociation à venir. « On est un des rares pays d'Europe qui indemnise les demandeurs d'emploi deux ans, trois ans pour les seniors, sans dégressivité », a-t-elle indiqué. Geoffroy Roux de Bézieux estime que la dégressivité est « un paramètre comme un autre », dont il faut discuter, à l'instar du plafonnement des indemnités.

Geoffroy Roux de Bézieux : « Il faut changer les règles d'indemnisation du chômage pour inciter à la reprise d'emploi »

Dans sa première interview comme président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux détaille sa proposition de réforme du régime d'assurance-chômage.Il appelle l'exécutif à trancher rapidement sur le prélèvement à la source.

Alors qu'une nouvelle négociation sur l'assurance-chômage va s'ouvrir, Geoffroy Roux de Bézieux détaille aux « Echos » la proposition de réforme du Medef. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a indiqué dimanche sur RTL que le gouvernement « n'avait aucun tabou », y compris au sujet de la dégressivité des allocations chômage. Pour le président du Medef, les règles d'indemnisation actuelles n'incitent pas au retour à l'emploi et doivent être revues « radicalement ».

Depuis la démission de Nicolas Hulot, plusieurs voix se sont élevées pour dire que le modèle libéral n'était pas compatible avec l'écologie. Qu'en pensez-vous ?

La transition écologique est devenue un véritable axe de développement pour les entreprises, et pas seulement les plus grandes. Le basculement s'est fait au moment de la COP21. Ce qui était vécu autrefois comme une contrainte, on le fait maintenant par intérêt. D'abord vis-à-vis des consommateurs qui font de l'écologie un vrai critère de choix dans leur comportement d'achat. Mais aussi vis-à-vis des salariés, notamment des jeunes cadres que nous cherchons à recruter et que l'on a de plus en plus de mal à attirer. Il y a cependant une vision punitive de l'écologie que je ne partage pas. Le renchérissement des coûts énergétiques, par exemple, est gérable, si on nous donne de la visibilité pour nous adapter. Les entreprises sont la solution, pas l'inverse.

La rentrée du gouvernement s'avère compliquée. Craignez-vous que cela n'entame sa capacité à poursuivre les réformes que vous attendez ?

La réalité, c'est que la marge de manoeuvre budgétaire s'est réduite, d'autant plus qu'il n'y a pas de réflexion de fond sur la dépense publique. Il y a un cap oui, mais pas de vision, c'est pour cela que j'ai parlé de tambouille comptable à propos du budget. Cela dit, nous ne sommes pas demandeur d'une grande réforme fiscale chaque année. La stabilité est en soi une politique pro-entreprise.

Le gouvernement hésite à retarder encore le prélèvement à la source de l'impôt. Est-ce un soulagement pour vous ?

J'ai été le premier à soulever le problème psychologique que cela poserait pour le salarié qui verrait sa feuille de paie de janvier entamée de son impôt sur le revenu. Quand deux salariés assis côte à côte, avec la même ancienneté, font le même job dans une même entreprise et que leur feuille de paie nette n'est pas la même, c'est compliqué à expliquer dans des PME. Il a fallu deux ans pour s'en rendre compte, mais ce n'est pas en décalant d'une année de plus que cela va changer. Si on doit décaler, c'est pour ne plus passer par l'entreprise, en gardant l'impôt contemporain. Sur le plan technique, il y aura des bugs, mais c'est l'effet psychologique qui est le plus préoccupant. Le marketing de la feuille de paie l'an prochain sera compliqué. Mais si le gouvernement décide d'y aller, les entreprises feront leurs efforts pour que ça marche. Maintenant, il faut vite trancher !

Vous allez entamer une nouvelle négociation sur l'assurance-chômage, comment l'abordez-vous ?

Avant tout, il faut rappeler que les problèmes de recrutement sont devenus la préoccupation numéro un des chefs d'entreprise. Il y a, à la fois, un sujet de compétences, un problème géographique, avec des zones sinistrées en France, et une question d'efficacité du marché du travail. On a ce paradoxe invraisemblable d'un chômage structurel supérieur à 8 % depuis quinze ans et des emplois qui restent non pourvus. Nous sommes le seul pays de l'OCDE qui fonctionne comme cela. La deuxième raison de faire cette réforme, c'est le problème financier de l'Unédic. Et enfin la troisième, c'est que nous ne sommes plus dans un véritable système d'assurance-chômage. L'Unédic finance le service public de l'emploi, l'Etat garantit la dette et, dernier élément clef : il n'y a plus de cotisations salariales mais un financement universel via la CSG. Ces trois raisons nous donnent l'occasion de remettre complètement le système à plat.

De quelle manière ?

Premièrement, une allocation universelle forfaitaire financée par la CSG, gérée par l'Etat, qui intégrerait l'ASS et potentiellement d'autres minima sociaux. Ensuite, un régime assurantiel complémentaire obligatoire, géré par les partenaires sociaux, comme c'est le cas pour les retraites complémentaires, financé par les cotisations des entreprises, non garanti par l'Etat et avec une règle d'or : l'équilibre des comptes. Il pourrait même y avoir un troisième étage, un régime supplémentaire, pour les indépendants et les chefs d'entreprise qui ne sont pas assurés aujourd'hui par les cotisations. Enfin, le budget de Pôle emploi devrait être financé séparément. Pas en pourcentage des recettes de l'Unédic, comme aujourd'hui, car il augmente quand le chômage baisse.

Quels seraient les paramètres de votre système ? Y aurait-il de la dégressivité ?

C'est un paramètre comme un autre. Mais il ne faut pas confondre plafonnement des indemnités, dont on peut discuter aussi, et dégressivité des allocations. Tout est sur la table. Une chose est sûre : il faut changer radicalement les règles pour inciter plus efficacement à la reprise d'emploi. Et, in fine, réduire le chômage de masse, qui est un frein pour la croissance et la prospérité du pays.

Et pour les contrats courts, quelle est votre solution ?

En tout cas, pas le bonus-malus, car la conséquence de la taxation, ce sera qu'il n'y aura tout simplement pas d'embauche. C'est une vision punitive de l'économie. Même en faisant varier le malus par secteur, on n'y arrive pas. Vous prenez la restauration, par exemple, l'organisation du travail n'a rien à voir entre un traiteur, un restaurateur et un acteur de la restauration collective. Pourtant, c'est le même secteur. D'autres solutions peuvent émerger par la négociation collective dans les branches.

Le gouvernement a renoncé à faire payer aux entreprises les arrêts maladie de courte durée. Comment limiter leur augmentation ?

Dire que c'est la faute des entreprises, je ne l'accepte pas. La conséquence de l'absentéisme de courte durée pour un employeur, c'est de la perte de chiffre d'affaires, c'est donc très pénalisant. De même, il est inacceptable de dire que les conditions de travail se sont dégradées. Il suffit d'aller dans les usines pour voir les progrès qui ont été faits en termes d'ergonomie et tous les efforts de prévention qui sont déployés. Le phénomène de l'augmentation des arrêts courts est probablement lié à l'allongement de la vie au travail, mais, à ce moment-là, il n'y a aucune raison à ce que ce soit l'entreprise qui en supporte le coût. Avant de parler de solution, travaillons sur des statistiques fiables par tranches d'âge, par types de métiers, par types d'arrêts pour essayer de comprendre. Comparons-nous avec d'autres pays de l'Union européenne. Regardons les solutions mises en oeuvre ailleurs. C'est un problème structurel de long terme, donc ne le réglons pas par le seul prisme budgétaire de court terme.

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