Muriel Pénicaud

Emploi

La ministre du ­Travail s'explique dans Le Figaro sur les timides résultats du gouvernement en matière d'emploi.

 

Le Figaro.fr - 13 novembre 2018 - Par Marc Landré et Manon Malhère

LE FIGARO.- Emmanuel Macron a été élu il y a dix-huit mois et la situation, sur l'emploi, ne s'améliore pas vraiment. L'éclaircie de 2017 n'était due qu'aux effets des réformes Hollande et à la timide reprise de la croissance?

Muriel PÉNICAUD. - Pas du tout. Depuis un an, l'investissement repart et la création d'entreprises est extrêmement dynamique. Depuis un an également, le chômage baisse lentement mais réellement: le taux de chômage est passé de 9,7 % à 9,1 % de la population active. Ce résultat est d'autant plus encourageant qu'on observe des premiers signaux favorables concernant le chômage des jeunes.Et, sur le front de l'emploi, on assiste à une hausse inédite des embauches en CDI dans le secteur privé au troisième trimestre: + 14 % sur un an. Enfin, selon les chiffres provisoires de l'emploi salarié à la fin du troisième trimestre, ce sont 211.000 emplois nets qui ont été créés en un an dans le secteur marchand.

La situation est paradoxale: la France crée des emplois mais le taux de chômage, qui reste élevé, n'a que peu baissé sur la période. Il y a certes l'effet démographique (+ 100.000 actifs par an) qui complique la donne mais il n'explique pas tout. Pourquoi le chômage ne baisse-t-il pas plus?

Nous ne pouvons pas régler trente ans de chômage de masse en un an seulement et n'avons pas voulu continuer à faire semblant en plaçant les individus en contrats aidés pour faire baisser artificiellement la courbe du chômage. Ce n'est pas notre choix car on n'aide pas durablement les personnes comme cela. Pour obtenir une baisse structurelle du chômage, il faut s'attaquer aux causes du mal et répondre aux problématiques de fond. C'est la raison pour laquelle nous agissons sur quatre axes: favoriser la création d'emplois grâce aux ordonnances de réforme du Code du travail ; investir dans les compétences grâce à la réforme de la formation professionnelle et de l'apprentissage ; accompagner les plus vulnérables avec le plan d'investissement des compétences (PIC) et lutter contre la précarité excessive et inciter au retour à l'emploi à travers les règles de l'assurance-chômage.

Nous mettons en place des réformes structurelles d'envergure qui n'ont jamais été tentées auparavant dans leur ampleur et de manière concomitante. C'est un travail de longue haleine qui va marcher, si les paramètres de l'économie mondiale ne sont pas bouleversés. Il faut jouer sur tous les leviers et ne rien lâcher pour mobiliser tous les acteurs de l'emploi afin d'atteindre notre ambition d'un chômage à 7 % en 2022.

«Il y a un an, les employeurs disaient qu'ils avaient peur d'embaucher. Aujourd'hui, ils n'ont plus peur mais ne trouvent pas les personnes correspondant à leurs besoins»
Muriel Pénicaud

Quand vos réformes (ordonnances Code du travail, apprentissage, formation professionnelle, assurance-chômage…) auront-elles concrètement un effet?

Les ordonnances, en vigueur depuis septembre 2017, produisent des premiers effets. Il y a un an, les employeurs disaient qu'ils avaient peur d'embaucher. Aujourd'hui, ils n'ont plus peur mais ne trouvent pas les personnes correspondant à leurs besoins. C'est insupportable de se dire que les entreprises ne peuvent pas se développer faute de trouver les bonnes compétences, alors qu'un nombre trop important de nos concitoyens sont au chômage. Avec la loi Avenir professionnel adoptée début août, nous rénovons le système de formation professionnelle - et en particulier le compte personnel de formation (CPF) - pour encourager les individus à se former, à monter en qualification et, in fine, à choisir leur avenir professionnel et non plus le subir.

Par ailleurs, nous transformons le système d'apprentissage afin de promouvoir cette filière d'excellence souvent délaissée qui fait pourtant ses preuves en matière d'insertion. Et, bonne nouvelle, nous assistons aujourd'hui à une hausse exceptionnelle de 40 % de demandes d'inscription en fin de classe de 3e. La révolution culturelle que nous appelions de nos vœux semble en marche… Enfin, nous mettons en place une machine de guerre pour remporter la bataille des compétences avec le PIC.

Le PIC, parlons-en: 14 milliards mis en cinq ans pour former 1 million de demandeurs d'emploi et 1 million de salariés peu qualifiés en plus. Mais les formations annoncées sont limitées (10.000 par-ci, 10.000 par-là) et on n'a pas l'impression d'avoir avancé depuis un an. Quand le PIC deviendra-t-il une réalité?

«Jamais aucun gouvernement n'a autant investi, en montant et en durée, sur la formation des plus fragiles. 2018 a été l'année de la construction. En 2019, on sera en phase d'accélération et en 2020 en rythme de croisière»
Muriel Pénicaud

Jamais aucun gouvernement n'a autant investi, en montant et en durée, sur la formation des plus fragiles. 2018 a été l'année de la construction. En 2019, on sera en phase d'accélération et en 2020 en rythme de croisière. Je m'explique: le plan 500.000 formations mis en place à la fin du quinquennat Hollande à la va-vite, sans se focaliser sur des filières de qualité, a eu peu d'effet. Avec le PIC, nous avons pris le parti, courageux, de ne pas aller trop vite la première année en vue de bâtir, en partenariat avec les régions, un plan robuste et innovant avec une montée en puissance progressive. Et nous nous focalisons sur des formations de qualité pour aller chercher les personnes les plus éloignées de l'emploi et les orienter sur des métiers en tension.

Par exemple, en Occitanie, nous avons développé avec la région un projet pour soutenir la création d'une filière afin de déployer le haut débit, un secteur en pénurie de main-d'œuvre. Pour aider les personnes les plus vulnérables, nous demandons aussi aux entreprises d'ouvrir les écoutilles car elles ont tendance à embaucher les mêmes profils: des personnes de 28 à 40 ans qui ont fait les mêmes études, viennent des mêmes quartiers, ne sont pas en situation de handicap… Il faut oser la diversité.

Les partenaires sociaux discutent, pour la 3e fois en deux ans, de l'assurance-chômage. En quoi cette nouvelle réforme va améliorer le sort des chômeurs?

Certaines règles encadrant l'assurance-chômage ont des effets non voulus négatifs et peuvent enfermer les individus dans la précarité pendant plusieurs années. D'une part, du côté de certains employeurs, on observe un recours excessif aux contrats très courts qui peut être abusif. Certains embauchent toujours les mêmes personnes qui alternent entre périodes d'emploi et de chômage alors qu'ils pourraient faire autrement. D'autre part, le système actuel n'incite pas toujours au retour à l'emploi. C'est notamment le cas du cumul activité-chômage qui peut tourner au désavantage d'un emploi stable.

Une personne qui travaille à mi-temps au smic, qui gagne 740 euros brut par mois, touchera une indemnisation de 480 euros. Mais une personne qui alterne 15 jours de travail et 15 jours de chômage dans le mois bénéficiera, elle, d'un revenu total de 960 euros. La même quantité de travail ne donne pas les mêmes droits. Cette situation est injuste et n'encourage pas le retour à l'emploi car in fine, dans certains cas, le travail seul rémunère moins que le cumul emploi et chômage. Les partenaires sociaux ont entamé une négociation sur ces questions et j'espère qu'ils parviendront à un accord ambitieux, à la hauteur du document de cadrage, faute de quoi l'accord ne sera pas applicable en l'état et il faudra le compléter.

Partagez cet article

Espace Participants

Notre Lettre d'Information

Abonnez-vous et recevez gratuitement la Lettre Ambition France.
Civ.
J'accepte que mes données personnelles soient conservées par Ambition France
Si vous ne souhaitez plus recevoir notre Lettre d'Informations, merci de vous désinscrire ci-dessus après avoir rempli tous les champs
Voir notre politique de confidentialité

Acteurs Société Civile