Entreprises

Les « gilets jaunes » ne sont pas le miroir de la France. La surexposition médiatique dont ils sont l'objet ne doit pas faire oublier l'effervescence entrepreneuriale à l'oeuvre dans notre pays, qui promet de dynamiser notre capitalisme.

Les Echos - 1er février 2019 - Par Eric le Boucher, éditorialiste.

Il ne faudrait pas croire et laisser croire avec la crise des « gilets jaunes » et avec la mauvaise tournure anti-ISF que prend le grand débat que la France est un pays de gens éternellement égalitaristes, immobilistes et aigris. Il ne faudrait pas, après ces semaines agitées, que la politique en revienne à la conclusion chiraquienne que les Français sont des râleurs frustrés et qu'ilconvient de ne rien changer sinon accéder à leurs demandes et les assister plus encore. Il est temps de rectifier cette triste perspective.

« Le Français, une fois payées ses négligences, se redresse à l'improviste », notait le général de Gaulle. Nous sommes dans ce moment improviste. Il ne faut pas le manquer. Il est une France vive et positive. Il s'est créé 691.000 entreprises l'an passé, 100.000 de plus qu'en 2017. La moitié des jeunes de 18 à 24 ans veulent créer leur boîte. Le capital-investissement croît de 37 % l'an depuis 2012, la France est n°2 en Europe derrière la Grande-Bretagne qu'elle rattrape. La France a de l'argent, elle a des savants, des ingénieurs, des managers et elle a une jeunesse aventureuse.

 La France a de l'argent, elle a des savants, des ingénieurs, des managers et elle a une jeunesse aventureuse.

Rares ont été les époques dans l'histoire du pays, où une classe entrepreneuriale a émergé pour le transformer. On songe au Second Empire, à la fin du XIX° siècle, lors de l'avènement de l'industrie. En cette deuxième décennie du XXIe siècle, avec Internet et les biotechnologies, nous y sommes. Naît un capitalisme français neuf, qui a la caractéristique heureuse d'essayer d'être écologiquement responsable et socialement inclusif.

Cette France dynamique est caricaturée comme « celle des start-up », celle d'Emmanuel Macron, à laquelle il accorde trop de faveurs. Elle serait très marginale. En réalité, la majorité du pays souffrirait, comme l'a montré le soutien de l'opinion publique aux « gilets jaunes ». En réalité ? Voire. C'est probablement la proportion inverse qui est vraie. L'Insee dénombre 392 grands groupes qui emploient 3,9 millions de personnes. Ce capitalisme du CAC 40, pour résumer, est de première qualité depuis les années 1990. Les champions français ont des positions excellentes sur leurs métiers, leurs salariés sont bien payés. L'Insee ajoute 5.800 entreprises de taille intermédiaire qui emploient 3,3 millions de personnes, souvent dans l'industrie, et 135.000 PME qui comptent 3,7 millions de personnes. Nous parlons de ces deux catégories, le nouveau capitalisme français naît là.

Il a deux caractéristiques particulières. La France, comme l'explique Olivier Millet d'Eurazeo, n'a pas de fonds de pension à cause de la retraite par répartition, elle ne peut pas compter sur la Bourse trop algorithmique et erratique pour jouer son rôle de financement, et l'ISF a fait fuir les familles. Mais la France a des fonds d'investissement les plus importants d'Europe. Sous l'impulsion catalysante de la Banque publique d'investissement (BPI), ils sont divers, très affûtés, en concurrence entre eux. L'essentiel est qu'ils accompagnent pendant plusieurs années les créateurs d'entreprise. Pas seulement avec de l'argent, mais avec des conseils permanents pour la digitalisation, pour l'exportation, pour les ressources humaines, pour l'environnement. Cette « bonne » finance pousse l'entrepreneur non pas à couper dans les coûts, mais à doubler son chiffre d'affaires, meilleure manière pour valoriser leur apport.

Pour que ce capital-risque ait un effet macroéconomique, il fallait surmonter deux obstacles. Le premier était le montant des mises. Dès que l'entreprise a besoin de 100 millions d'euros pour financer son internationalisation, elle devait se tourner vers les fonds américains. Ce handicap est en train de disparaître. Les fonds ont levé 17 milliards d'euros en 2017, beaucoup commencent à être de taille pour empêcher la fuite de nos pépites. Le deuxième obstacle est la timidité des ambitions. Créer son entreprise est un calvaire, fiscal, social. Beaucoup de ceux qui se lancent revendent dès qu'ils se sont enrichis assez pour posséder leur domicile et une maison de vacances. Nicolas Dufourcq, le directeur général de la BPI, ne s'est pas arrêté sur ces « Samsuffit ». La BPI est « une psycho-banque », explique-t-il. Il fait repérer les pépites, leur offre des cours dans une « école des performances », les emmène à l'export, les émule, les expose dans les Salons californiens.

Nicolas Dufourcq, qui joue dans le bouillonnement de ce nouveau capitalisme français un rôle central, à l'image de ce qu'un Paul Delouvrier avait fait pour moderniser l'administration après-guerre, conclut : « Comme une entreprise, un pays ça se réveille.» Voyez, c'est en train. Cessez d'être aveuglés par les marginaux « gilets jaunes ».

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