Europe

Dans l'Union, les décisions doivent se prendre à l'unanimité. Ce cas de figure, trop rare, empêche l'Europe d'avancer. Et si on permettait aux électeurs de véritablement prendre leur destin en main ?

 

Les Echos.Fr - 12 mars 2018 - Par Frédéric Mauro*

Jusqu'à présent, en dépit de tous les bouleversements géopolitiques intervenus depuis l'invasion de l'Ukraine en 2014, les Européens ont su rester unis. Ni Poutine, ni Trump, ni Erdogan et encore moins Netanyahu n'ont réussi à provoquer des fractures entre Européens comme cela avait été le cas lors de l'intervention américaine en Irak en 2003.

La décision des Britanniques de quitter l'Union, loin de servir d'exemple, a ressoudé les rangs européens et permis une relance de la défense européenne spectaculaire dans ses annonces, même si ses effets restent à confirmer. C'est une bonne chose, mais ne nous leurrons pas. Les braises de la division entre Europe de l'Est et de l'Ouest couvent sous les cendres.

Efficacité, légitimité et sens

Le premier problème est celui de l'efficacité. Tel Gulliver, l'Union est entravée dans son action par les mille limites que les Etats membres ont posées. Les domaines où son action est efficace sont ceux où elle dispose d'une compétence exclusive, comme la politique commerciale. Les domaines d'inefficacité sont ceux où les décisions se prennent à l'unanimité tels la politique étrangère.

"Notre indécision a produit pléthore de solutions inachevées."

Le second problème est celui de la légitimité : seules les scènes politiques nationales comptent. Chacun voit midi à sa porte et se fiche comme une guigne de ce qui se passe ailleurs. Les Européens continuent à voir le monde à travers leurs lunettes nationales, comme vient de le montrer l'élection allemande.

Le troisième problème est celui du sens : une Union « plus étroite » mais jusqu'où ? Notre indécision a produit pléthore de solutions inachevées. Nous avons fait l'euro, mais sans harmoniser nos fiscalités. Nous avons créé l'espace Schengen, mais en laissant à chaque Etat le soin de surveiller ses frontières. Nous voulons la défense européenne, mais pas intégrer nos forces ni nos industries.

Politiser l'Europe

Résoudre le problème de l'efficacité des institutions européennes exigerait d'étendre le vote à la majorité qualifiée, car nous sommes dans la situation d'une copropriété où toutes les décisions se prennent à l'unanimité et où aucun copropriétaire ne veut renoncer à son veto. Ca ne peut pas marcher.

Pour ce qui est de la légitimité, des progrès ont été accomplis. L'actuel président de la Commission a été imposé par le Parlement européen, plus que choisi par les dirigeants des Etats membres. Mais la seule façon de purger définitivement la question serait d'élire le président de la Commission au suffrage universel ou à tout le moins accepter qu'il émane d'une majorité parlementaire, ce qui supposed'authentiques partis politiques transnationaux.

Enfin, le problème du sens est lié au fait que les citoyens européens ne perçoivent pas les enjeux des élections européennes, tout simplement parce qu'il n'y a pas de partis politiques européens capables d'exprimer des choix. Il faut « politiser » l'Europe pour intéresser ses citoyens. Comme on le voit, il est plus facile de pleurnicher sur l'inefficacité de l'Union que de trouver des solutions pour l'améliorer.

Des listes transnationales

On ne peut s'en remettre aux chefs d'Etat ou de gouvernement, car pour modifier les traités il faudrait l'accord unanime de vingt-sept personnalités. Un tel alignement astral n'a aucune chance de se produire. Chacun préfère conserver son pouvoir individuel de décider, aussi petit soit-il, plutôt que d'acquérir une capacité d'action collective.

Si on ne peut espérer un alignement au sommet, il faut alors que les citoyens s'emparent du projet européen. A défaut de précéder leurs peuples, les leaders seront bien contraints de les suivre. C'est pourquoi il est nécessaire de créer de grands partis politiques européens et proposer aux électeurs des listes transnationales. Prenons notre destin en main !

*Frédéric Mauro est avocat au barreau de Paris, établi à Bruxelles

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