Europe

Si les embûches sont nombreuses et semblent la condamner à un quatrième mandat pénible, la chancelière pourrait surprendre afin de marquer l'histoire. D'autant que ses alliés du SPD sont aussi au pied du mur.

 

Les Echos.fr - 14 mars 2018 - Par Etienne Lefebvre / Rédacteur en chef "International, Politique et Economie générale"

 

C'est entendu, la grande coalition allemande est une « coalition de perdants ». Mise en place au terme d'une longue et pénible négociation , elle ne fait rêver aucun des partenaires qui la composent. Il n'y aurait donc rien à en attendre, si ce n'est une gestion prudente et sans ambition, à la Merkel.

Usée, contestée dans de son propre camp, la chancelière est fragilisée . A tel point que sa capacité à mener à son terme son quatrième mandat est mise en cause. Sur le fond, le SPD et la CDU restent divisés (immigration, Europe, protection sociale, etc.), et l'extrême-droite pourrait continuer d'en faire son miel. Quant aux projets européens d'Emmanuel Macron, ils seraient mort-nés, le nouveau gouvernement allemand n'étant pas mandaté pour mettre en oeuvre la réforme de la zone euro poussée par la France.

Des marges budgétaires considérables

Cette histoire n'est cependant pas garantie, pour plusieurs raisons. D'abord, il ne faut jamais sous-estimer l'efficacité de la machine à gouverner allemande. Le contrat de coalition n'est pas une feuille blanche, et nul doute qu'il sera scrupuleusement appliqué. D'autant que l'Allemagne, même si elle entend maintenir l'équilibre de ses finances publiques, dispose dans ce cadre de marges considérables : son budget est excédentaire et la dette fond rapidement.

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Deuxième élément à prendre en compte : une « coalition de perdants » n'a rien à perdre. Les sociaux-démocrates ont fini par accepter de gouverner avec Merkel par esprit de responsabilité et parce que de nouvelles élections risquaient de les mettre plus bas que terre. Cette menace n'est que retardée et ils n'ont d'autre choix que de faire bouger les lignes, sur la scène intérieure comme européenne.

Merkel ne veut pas rater sa sortie

Pour la chancelière, le défi est différent : il s'agit de marquer l'histoire, après un très long bail dont le bilan est, à tout le moins, contrasté. Les succès économiques, la culture du compromis et la montée en puissance de l'Allemagne sur le plan international sont occultés par l'incapacité de Berlin à relancer la construction européenne et à empêcher la progression de l'extrême-droite, un sujet traumatisant outre-Rhin. Angela Merkel, taxée d'immobilisme, a la même obligation de réussir qu'Emmanuel Macron : après avoir dévitalisé le clivage droite-gauche, ils doivent parvenir à des réalisations marquantes sauf à laisser un boulevard aux populistes de tous bords.

Cela implique de donner une traduction concrète au « sursaut pour l'Europe » vanté dans le contrat de coalition allemand . Le duo franco-allemand peut avancer rapidement sur l'Europe de la défense, la fiscalité des entreprises, le numérique ou le contrôle des frontières extérieures. Trouver une voie de passage sur la réforme de la zone euro sera évidemment une tout autre histoire.

Etienne Lefebvre

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