Macron et l'Europe

Politique

Le chef de l'Etat avait des ambitions maximales pour l'UE. Il s'est heurté à une réalité complexe.

Les Echos - 28 août 2018 - Par Gabriel Grésillon, du bureau de Bruxelles

Il a eu droit au prix Charlemagne, qui récompense les grands défenseurs de l'idéal européen. Mais en a-t-il été à la hauteur ? Par rapport aux ambitions qu'il avait pour l'Europe à son arrivée à l'Elysée, Emmanuel Macron est loin du compte. Ce qui ne l'a pas empêché d'obtenir quelques réelles avancées.

Au rang des victoires, l'Elysée brandit volontiers l'accord sur le travail détaché, arraché de haute lutte et permettant notamment de limiter fortement la durée du détachement. Cette victoire politique n'a pourtant pas été dénuée d'effets secondaires : pour obtenir le soutien de Madrid, Paris a été obligé de lâcher sur un dossier connexe, celui du transport routier . Et, note une source au Parlement européen, «quelque chose s'est cassé avec les pays de l'est de l'Europe, qui ont eu l'impression de recevoir un coup de couteau dans le dos ».

Autres dossiers qui ont progressé : ceux relatifs à la défense. Certes, le sujet est dans l'air du temps alors que l'Alliance transatlantique bat de l'aile, et la France ne peut s'en attribuer seule la paternité.

Mais Paris a joué un rôle d'accélérateur. Résultat, une série d'innovations, dont un Fonds européen de défense qui va impulser des coopérations industrielles sur le continent. Sans compter l'initiative française pour développer une culture stratégique commune avec un groupe de pays. Mais la liste des frustrations de Paris est également fournie. Pas de consensus européen, à ce stade, pour un budget de la zone euro.Encore moins de réponse collective et apaisée à la question des migrants.Quant au climat politique européen, il s'est un peu plus dégradé, du fait de la montée en puissance de régimes nationalistes, voire « illibéraux ». Une évolution ambivalente : elle complique la tâche de la France, tout en validant, aux yeux de l'Elysée, la vision d'une Europe qui doit se réformer pour éviter la décomposition.

Effectuer une percée

Les circonstances n'ont pas aidé. Les atermoiements de la vie politique allemande ont retardé tous les débats. Paris découvre, en outre, à quel point le couple franco-allemand est devenu insuffisant pour entraîner toute la mécanique. La dernière réunion des ministres des Finances européens en a donné une illustration inédite : le début de projet franco-allemand pour la zone euro a été rejeté par une douzaine de ministres.

Et la France, avec son passé de cancre budgétaire européen, « n'a pas encore totalement regagné la crédibilité requise », note un pilier de la zone euro. Convaincu qu'il doit arriver aux élections européennes avec des victoires tangibles sur la scène continentale, Emmanuel Macron n'a plus que quelques mois pour effectuer une percée.

La taxation des géants de l'Internet ou encore le projet d'une assiette fiscale commune avec l'Allemagne pour l'impôt sur les sociétés font partie des trophées convoités. A défaut de pouvoir croire à une issue rapide dans le plus empoisonné de tous les débats, celui sur la question migratoire.

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