Politique

Dans un entretien au Figaro, l’ancien premier ministre confie qu’il «adhère au constat, à la vision et au projet du président». Il se mobilisera donc «sans aucune hésitation» aux côtés de LREM.

 

Le Figaro Premium - 4 mars 2019 - Par Marion Mourgue

Vous attendiez «les principales options du président quant au projet, à la liste et aux alliances» pour annoncer votre choix aux européennes. Savez-vous quelle liste vous soutiendrez?

Jean-Pierre RAFFARIN. - Je ne dispose que du texte écrit par le président. Mais il s’agit du projet européen le plus abouti. J’adhère au constat, à la vision et au projet. C’est donc le projet du président que je soutiendrai sans aucune hésitation ; un projet fondé sur un constat lucide d’extrême gravité du monde, avec une vision ambitieuse, de renaissance européenne, avec une volonté de progrès sociale et libérale. C’est la trace de la France en Europe. L’intuition que nous avions eue avec Alain Juppé, après le discours de la Sorbonne d’Emmanuel Macron, se confirme aujourd’hui. Je suis constant. Je me mobilise pour l’essentiel. La question européenne impose le rassemblement car la situation actuelle de l’Europe me fait craindre le pire.

 «La question européenne impose le rassemblement car la situation actuelle de l’Europe me fait craindre le pire»
 Jean-Pierre Raffarin

Sur quels aspects de cette tribune vous retrouvez-vous en particulier?

Je trouve la tribune d’Emmanuel Macron bien dosée entre visions et actions concrètes, avec de bonnes idées comme «la Banque européenne du climat»,«le traité de défense et de sécurité» ou «la police commune des frontières». Il y a ce qu’il faut d’audace et de protection. Et je suis fier que le président français prenne cette position dans toute la presse européenne. C’est la France que j’aime! Entre attention aux citoyens et ambition pour l’Europe.

Pourquoi ce choix plutôt qu’un soutien à la liste LR, votre famille politique?

L’action européenne est davantage entre les mains de l’exécutif, au Conseil européen, que dans celles des partis. Aujourd’hui, affaiblir le président français, c’est affaiblir la France. Il ne s’agit pas pour moi d’un engagement de politique intérieure, mais d’une réponse à la menace de déconstruction qui pèse sur l’Union européenne dans un monde extrêmement dangereux. C’est donc avec Emmanuel Macron qu’il faut construire notre riposte.

Connaissez-vous la tête de liste LREM ?

Non, je ne la connais pas pour le moment. Je souhaite qu’elle soit une personnalité particulièrement légitime sur l’Europe et que le centre-droit soit représenté sur cette liste. Tout ceci sera finalisé dans les semaines à venir.

 
«La mesure qui compte pour moi, c’est l’influence de la France en Europe. C’est pour cela que je m’engage»
 Jean-Pierre Raffarin

Dans quel groupe du Parlement européen siégeront les députés européens de la liste LREM?

Ceci dépendra beaucoup du résultat des élections. L’intérêt d’une famille, c’est de peser au sein d’un groupe, donc de siéger tous au même endroit. Les députés participeront à une grande coalition européenne à laquelle appartiendra, je le souhaite, le PPE.

Les députés siégeront donc avec les centristes de l’ALDE?

Ils décideront. C’était le groupe où j’ai siégé à Strasbourg après ma première élection avec le président Giscard d’Estaing.

Combien de sièges obtiendrez-vous sur la liste LREM?

J’ai quitté la vie politique partisane et je ne fais plus de pronostic! La mesure qui compte pour moi, c’est l’influence de la France en Europe. C’est pour cela que je m’engage.

Avec le retrait d’Alain Juppé, êtes-vous celui qui fera vivre sa voix au sein de LREM?

Nous avons travaillé avec Alain Juppé à cette réflexion. Les circonstances font qu’il ne peut plus participer à ce débat. J’assume donc ma fidélité à celle ligne politique qui fut toujours la mienne dans le passé.

Votre soutien à LREM vaut-il désormais pour toutes les élections?

Il ne s’agit pas d’adhérer à LREM. Je reste partisan pour la France d’un centre-droit fort. Et je souhaite qu’après les européennes, on prépare ce qui pourrait être l’Épinay de la droite et du centre en rassemblant toutes les chapelles et toutes les personnalités de la droite et du centre: celles de LR, comme Gérard Larcher, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau, François Baroin, Christian Estrosi, et celles en dehors de LR, comme Xavier Bertrand, Dominique Bussereau, Franck Riester… Avec les autres fondateurs de l’UMP, nous avions réussi à rassembler dans la diversité. À droite, dans le passé, nous avons souvent été dispersés aux européennes. Cela ne nous a pas empêchés de nous rassembler dans les grandes circonstances nationales.

Le rassemblement devra-t-il aller jusqu’à Laurent Wauquiez?

Tous les Républicains qui refusent l’extrémisme y ont leur place.

Ferez-vous activement campagne pour les européennes? Comment?

Je m’engagerai dans cette campagne des européennes avec beaucoup de convictions. Je crois la situation grave. L’Europe est travaillée par des forces négatives intérieures, comme le Brexit, et des forces extérieures. Je pense aux grandes puissances qui envisagent le monde avec une Europe éclatée. Le président américain n’est pas le dernier dans cette catégorie.

Les Républicains s’inquiètent d’un duo-duel entre Emmanuel Macron et les extrêmes. Partagez-vous cette inquiétude?

Je ne crois pas à la disparition des clivages gauche-droite. C’est pour ça que je souhaite le rassemblement du centre et de la droite pour l’avenir. Je pense qu’il est possible de constituer une coalition sur un programme, comme c’est le cas en Allemagne. Ma vision n’est pas celle d’une fusion mais d’une coalition. Raison pour laquelle je souhaite que la liste LREM soit une liste de rassemblement, élargie à d’autres courants de pensée, et notamment le centre-droit.

Qui voyez-vous comme leader de ce rassemblement du centre-droit?

Il y a de nombreux leaders. Ils sont au travail. On verra les résultats.

Mais voyez-vous Emmanuel Macron comme leader de ce rassemblement?

Emmanuel Macron peut être fédérateur. Une partie de nos électeurs a voté Macron en 2017. Mais le centre-droit a une existence propre et un projet précis. C’est pour cela que nous avons, sur la politique intérieure, un certain nombre de divergences avec le chef de l’État, comme sur les questions de décentralisation ou de fiscalité.

 «J’ai choisi de quitter mon mandat de sénateur, ce n’est pas pour me lancer à l’assaut de je ne sais quelle citadelle»
 Jean-PIerre Raffarin



Dans un courrier dont L’Opinion a eu connaissance, Laurent Wauquiez explique qu’il n’y a pas de différences, selon lui, entre vos discours proeuropéens et la position de LR. Est-ce aussi votre sentiment?

J’ai reçu le courrier lundi matin. J’ai quitté la politique partisane, ce n’est pas pour m’enfermer dans les polémiques! Je plaide pour un rassemblement du centre et de la droite après les européennes. Cette démarche pacifique me conduit à ne vouloir participer à aucun règlement de comptes.

Comment jugez-vous le trio LR conduit par François-Xavier Bellamy?

Je les connais peu. Nous verrons le reste de la liste. Mais la vérité est que notre Europe est plus celle des États que des partis.

Dans son courrier, Laurent Wauquiez vous demande de venir vous expliquer devant le bureau politique de LR le 12 mars. Irez-vous?

Je ne veux participer à aucune mise en scène partisane. J’ai toujours été ouvert au débat. Je suis prêt à toutes les discussions, mais à pas à leur théâtralisation.

Vous sentez-vous piégé par ce courrier?

Non! Vous voyez ici qu’il en faut plus pour s’en prendre à la liberté. S’il devait y avoir dialogue, il eût été préférable qu’il s’engageât plus tôt.

Comment s’écrira désormais votre engagement politique?

J’ai choisi de quitter mon mandat de sénateur, ce n’est pas pour me lancer à l’assaut de je ne sais quelle citadelle. J’ai renoncé à toute carrière politique pour préserver ma liberté d’initiative et de parole. Mon engagement se concentre particulièrement sur les relations internationales. Je suis à la tête d’une ONG où je participe à la défense du multilatéralisme. Et l’Europe est un des acteurs majeurs pour la stabilité du monde. Mon engagement majeur reste la paix.

 

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