Retraites

Dans le cadre du futur régime universel, la pension pourrait subir une décote avant une deuxième borne d'âge, qui pourrait être 63 ans. La CFDT s'y oppose.

Les Echos.fr - 8 octobre 2018 - Par Solveig Godeluck

C'est acquis, l'âge minimum de départ à la retraite restera à 62 ans . Inutile d'agiter un chiffon rouge, alors que le Haut-Commissaire à la réforme des retraites , Jean-Paul Delevoye, qui reçoit ce mercredi tous les partenaires sociaux, doit déjà déminer une foule de sujets avant de créer le futur régime universel . Néanmoins, selon plusieurs sources, l'idée d'introduire une deuxième borne, un « âge-pivot » qui pourrait être 63 ans, afin de retarder les départs à la retraite, est à l'étude.

"Si on touche aux 62 ans, la CFDT est mobilisée"

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a réagi ce lundi sur BFMTV et RMC Info : « J'ai lu dans un quotidien ce matin que certains poursuivaient l'idée d'avoir un âge-pivot à 63 ans. Je le dis très clairement : tous ceux qui ont dans la tête un élément paramétrique -jouer sur l'âge - pour cette réforme auront l'opposition de la CFDT. C'est clair et net. »

Sur France Inter, Pascal Pavageau, le secrétaire général de Force Ouvrière, a quant à lui rappelé son opposition au recul d'un an de l'âge de la retraite : «Si, aujourd'hui, on passait d'un âge légal de 62 ans à 63 ans, on aurait à peu près 40% de la population qui partirait avec une décote », a-t-il expliqué.

Une deuxième borne d'âge

Du point de vue des réformateurs, fixer un plancher à 62 ans ne suffit pas. D'une part, les assurés qui ont commencé à travailler tard, ou bien qui ont eu une carrière à trous, risquent de toucher une toute petite pension si on ne les incite plus à prolonger leur activité. D'autre part, l'équilibre financier de cette branche de la Sécurité sociale serait menacé. Le Conseil d'orientation des retraites estime que l'âge moyen de départ permettant de maintenir à flot le système, 62 ans aujourd'hui, sera supérieur à 63 ans dès 2025, et à 64 ans en 2035 (avec 1,5 % de croissance des revenus d'activité).

Le système actuel comporte un deuxième étage pour piloter ce risque : l'âge du taux plein, qui dépend du nombre de trimestres cotisés. Quand on part avant, on subit une décote de 5 % par an (10 % des retraités au régime général). Et si on travaille au-delà, on gagne une surcote (13,7 % des effectifs). La décote ne s'annule qu'à 67 ans.

Un « coefficient de solidarité »

Cette deuxième borne d'âge est très efficace pour retarder les départs à la retraite. Mais dans un système par points, il est difficile de fonctionner à l'identique, puisqu'il n'y a plus de nombre de trimestres minimum de cotisations requis une fois atteint l'âge légal de 62 ans.

Des solutions existent cependant. Ainsi, lors des négociations de 2015 pour redresser l'Agirc-Arrco, le régime complémentaire des salariés du privé qui est un régime par points, le Medef a d'abord proposé de reculer l'âge minimum à 64 ans. Puis il est revenu à la charge de façon plus subtile et a obtenu l'instauration d' une décote temporaire avant l'âge du taux plein... plus un an , soit 63 ans. Ce « coefficient de solidarité » (10 % de décote durant trois ans) entrera d'ailleurs en vigueur en janvier, accompagné d'un coefficient majorant d'un an pour ceux qui prolongent au-delà (10 % à 30 % de surcote, selon le nombre d'années de prolongation d'activité).

La question est loin d'être tranchée

C'est cette conquête que le patronat cherche aujourd'hui à pérenniser et à renforcer, en plaidant pour l'instauration d'un âge-pivot à 64 ou 65 ans. En deçà, la pension serait décotée ; au-delà, augmentée. Selon nos informations, ces bornes d'âges sont jugées trop élevées du côté du gouvernement, qui penche plutôt pour 63 ans.

Cependant, la question est loin d'être tranchée, souligne un proche du dossier. Le futur régime par points pourrait aussi bien se passer d'âge-pivot et instaurer comme en Suède un « coefficient de conversion ». Au moment de la liquidation, il diviserait le capital de points amassés, pour calculer ce qui équivaudrait à des annuités. En Suède, ce coefficient reflète l'espérance de vie de la génération à laquelle on appartient : quand elle s'allonge, il faut travailler plus longtemps pour conserver un bon niveau de pension.

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