L'ancien ministre du Travail « en appelle à un sommet de l'emploi qui ne soit pas réservé aux partenaires sociaux et au gouvernement ».

Les Echos - 01Mars 2013

 François Hollande a-t-il eu tort de se fixer un horizon pour la courbe du chômage ?

Il s'est fixé un objectif, c'est le rôle d'un président de la République. Mais il est en échec et, neuf mois après son élection, il en est le seul responsable. Même si la crise économique est toujours là en Europe, la situation de l'emploi est plus difficile en France à cause des choix économiques du gouvernement. François Hollande, qui renonce à sa promesse, samedi dernier, au Salon de l'agriculture, est d'un cynisme et d'une désinvolture absolus. C'est aussi dur que « le chômage, on a tout essayé » de François Mitterrand. La France ne peut pas réussir avec près de 5 millions de chômeurs. C'est le problème numéro un.

Que faire pour inverser la courbe du chômage ?

Il faut inverser la politique économique : arrêter les hausses d'impôt, redonner confiance aux entrepreneurs, aller beaucoup plus loin que l'accord sur l'emploi. Dès cette année 2013. Il faut aussi des mesures d'urgence. J'en appelle à un sommet de l'emploi qui ne soit pas réservé aux partenaires sociaux et au gouvernement. Je propose de réaffecter une partie de l'enveloppe financière consacrée à l'indemnisation des chômeurs pour accorder une baisse des charges immédiates à l'entreprise qui recrute un chômeur. Qu'on ne me parle pas d'effet d'aubaine… Aujourd'hui, 20 % des besoins d'emploi ne sont pas couverts par les chefs d'entreprise, qui hésitent à recruter en raison des trop lourdes charges et de la difficulté à se séparer d'un salarié si le carnet de commandes baisse. Il y a aussi 250.000 offres d'emploi non pourvues. Remettons à plat les crédits de la formation pour les demandeurs d'emploi. Le gouvernement a tout misé sur des dispositifs qui coûtent très cher et qui ne fonctionnent pas. Les emplois d'avenir sont des contrats aidés qui créent une injustice, car ils sont d'une durée de trois ans, contre un an pour les contrats aidés. Quant au contrat de génération, trop compliqué, il va prendre la place du contrat d'apprentissage.

 

Comment, pour vous, respecter les 3 % de déficit ?

Il faut réduire les dépenses ! Celles de l'Etat, des collectivités et de la Sécurité sociale. Revoyons le périmètre d'action de l'Etat : les missions régaliennes à l'Etat, le reste au privé. Gelons la contribution de la France au budget de l'Union européenne. Baissons massivement les dotations aux grandes collectivités, dès cette année. Comme la classe politique ne se fera pas elle-même hara-kiri, posons par référendum aux Français la question de la fusion des régions et départements. Et puis, économiquement et symboliquement, c'est une folie de revenir sur le jour de carence des fonctionnaires ! Non seulement cela coûte 200 millions d'euros, mais cela choque profondément les Français. La moitié des ouvriers ne dispose pas de contrat de prévoyance. Si vous n'allez pas vers une convergence entre public et privé, les Français ne se sentiront pas associés à l'effort de réformes. Cela crée davantage d'injustice et les dresse les uns contre les autres.

Que faut-il faire sur les retraites ?

Je suis pour avancer le passage à 62 ans dès 2015 s'il le faut, et donc avant 2017 pour avoir les recettes correspondantes. L'étape suivante, c'est passer à 65 ans à partir de 2025. Je privilégie une remise à plat totale complétée par un système par points. Les Français sont prêts à des efforts à une condition : les mêmes efforts pour tous, au même rythme. Des efforts justes. Ce système a l'avantage d'être très lisible et de traiter enfin sur un pied d'égalité public, privé, régimes spéciaux. L'artisan comme le député. C'est un travail à entamer dès la fin 2013. Je suis attaché à la retraite par répartition, mais, en 2050, nous aurons un cotisant pour un retraité. Le système actuel ne pourra plus tenir. Il faut dès maintenant prévoir un étage de capitalisation. Mais aux catégories modestes qui ne peuvent pas épargner, il faut garantir que la répartition leur donnera un niveau de vie suffisant.

Défendez-vous, comme l'UMP, l'universalité des prestations familiales ?

Je défends pour ma part un plafonnement pour les allocations familiales. On pourrait par exemple s'aligner sur les barèmes les plus élevés de l'impôt sur le revenu. Je veux que les classes moyennes et modestes continuent de bénéficier des allocations familiales. Peut-on continuer à donner tout à tout le monde, y compris aux plus aisés ? Ma réponse est non.

Ce raisonnement vaut-il pour d'autres prestations sociales ?

Je réfléchis notamment aux questions de santé. J'étudie les avantages et les inconvénients du « bouclier santé ». Faut-il continuer à rembourser intégralement les frais de santé les plus courants de personnes très aisées ? Je préfère n'avoir aucun tabou plutôt que de rembourser de moins en moins au fil du temps. Je préfère donner moins aux plus aisés que de leur prendre toujours plus d'impôts. Si l'on veut garder notre système de protection sociale, il faut le réformer. La difficulté, c'est que beaucoup disent : « On ne touche à rien » : c'est le meilleur moyen de condamner à mort notre système de protection sociale !

 
Vincent Collen et Isabelle Ficek
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