Grogne des surveillants Macron annonce un plan global nouveaux blocages en vue mardiJustice

Répondant à l'appel de trois syndicats, plusieurs centaines de surveillants pénitentiaires ont manifesté lundi aux abords de leurs établissements dont ceux de Fresnes, Marseille ou encore Vendin-le-Vieil.

 

Europe1 - 15 janvier 2018 - (Photo Anne Christine Poujoulat /AFP)

Barricades de palettes, pneus enflammés et banderoles : lundi, les surveillants pénitentiaires se sont mobilisés dans toute la France, notamment pour réclamer plus de moyens pour leur sécurité après l'agression de trois gardiens par un détenu djihadiste à la prison de Vendin-le-Vieil, jeudi dernier dans le Pas-de-Calais. Comme ils l'avaient espéré, cette opération "prison morte" a provoqué la démission du directeur de l'établissement. Emmanuel Macron, peu après, a promis un "plan pénitentiaire global" d'ici fin février. Ce qui n'a pas empêché les syndicats, lundi soir, d'appeler à de nouveaux blocages mardi.

Les infos à retenir :

Les trois quarts des 188 prisons françaises ont été touchées lundi par le mouvement de colère des gardiens dénonçant leurs conditions de travail

Le directeur de la prison de Vendin-le-Vieil, où avait eu lieu l'agression de trois surveillants jeudi, a démissionné

Emmanuel Macron a promis un "plan pénitentiaire global" d'ici fin février

Les syndicats ont malgré tout appelé à reconduire les blocages mardi

#Les revendications

"Plus de sécurité". L'opération "prison morte", à l'appel des trois syndicats Ufap-Unsa Justice (majoritaire), CGT-Pénitentiaire et FO-Pénitentiaire, a été lancée tôt lundi matin pour réclamer "plus de sécurité" pour les personnels des prisons. Vendin-le-Vieil a été l'épicentre de la mobilisation, après que trois gardiens y ont été blessés jeudi à l'arme blanche par l'islamiste allemand Christian Ganczarski, un des instigateurs en 2002 de l'attentat contre la synagogue de Djerba, en Tunisie (ce dernier a par ailleurs été mis en examen lundi par un juge antiterroriste).

"On achète la population pénale, on achète la paix sociale en prison, sauf qu'au bout d'un moment quand vous n'avez plus rien à donner et qu'ils vous ont croqué les deux bras, ils passent à l'acte", avait dénoncé le secrétaire général de l'Ufap-Unsa, Jean-François Forget, au micro d'Europe 1 dimanche. "On a entre 4.000 et 5.000 agressions de personnels par an, on a une vingtaine de prises d'otage sur personnel. Ça va s'arrêter quand ? Quand on aura un mort ?". "On veut montrer notre soutien aux collègues de Vendin. Pour nous, ça reste un attentat et pas une agression lambda", soutient aussi Frédéric Godet, délégué syndical Ufap-Unsa de la prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne. "On a pas mal de détenus radicalisés en sous-marin dans la détention. Avec la surpopulation et le manque d'effectifs, c'est dur de s'en rendre compte", a ajouté Christian, surveillant dans cette prison remplie à 200% de sa capacité.

Appel à de nouveaux blocages mardi. Les trois organisations syndicales ont appelé à reconduire la mobilisation mardi. Réunies lundi après-midi, elles n'ont toutefois pas réussi à s'entendre sur des revendications communes, Force Ouvrière souhaitant inclure des demandes sur les salaires et les statuts des personnels pénitentiaires alors que les deux autres veulent d'abord se concentrer sur les questions de sécurité.

"Nous repartons demain (mardi) avec la CGT. Ils (Force Ouvrière) font de la surenchère en voulant rajouter un échelon indemnitaire et statutaire. La situation est assez grave, il ne faut pas tout mélanger. La priorité est la sécurité des personnels", a déclaré à l'AFP le secrétaire général de l'Ufap-Unsa, Jean-François Forget. "Nous serons tous présents demain (mardi) mais avec des plateformes différentes. Nous sommes tous d'accord sur la sécurité, mais nous voulons aussi une revalorisation indemnitaire et statutaire, c'est un tout", a expliqué de son côté à l'AFP le secrétaire général de FO-Pénitentiaire, Emmmanuel Baudin.

#Les établissements concernés

Les trois-quarts des établissements bloqués lundi. Les trois-quarts des 188 établissements en France ont été "impactés à des degrés divers", soit par des blocages totaux, partiels, des piquets de grève, des débrayages ou des retards, selon l'administration pénitentiaire. La matinée de lundi a vu le fonctionnement quotidien des prisons (tenue des parloirs, extraction de détenus, approvisionnement de la cantine, accueil d'intervenants extérieurs) perturbé par une forte mobilisation, avec Vendin-le-Vieil comme épicentre. Parmi les autres villes touchées par les perturbations, qui ont parfois occasionné l'intervention de compagnies CRS, figurent Fresnes, Villepinte, Nantes, Pau, Mont-de-Marsan, Angoulême, Limoges, Gradignan et Marseille. Dans les Hauts-de-France, "l'intégralité" des 17 prisons ont été bloquées selon l'Ufap-Unsa.

En fin de journée, tous les blocages avaient été levés, excepté à Fleury-Mérogis, le plus grand centre pénitencier d'Europe, situé dans l'Essonne, où une centaine de surveillants se sont rassemblés à partir de 18 heures.

#La réaction des autorités

Démission du directeur de Vendin-le-Vieil. Le directeur de la prison de Vendin-le-Vieil a demandé à être "relevé de son commandement" a indiqué lundi matin la direction interrégionale de l'administration pénitentiaire. "Il m'a indiqué que compte tenu de la situation, les conditions ne lui paraissaient plus réunies pour qu'il puisse diriger l'établissement avec sérénité", a précisé Alain Jégo, directeur interrégional des services pénitentiaires.

Un mouvement "compréhensible" pour la Garde des Sceaux. La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, qui se rendra mardi matin dans cet établissement de haute-sécurité, a quant à elle estimé que le mouvement des surveillants était "compréhensible". "Je souhaite donc dialoguer avec ces professionnels et leurs représentants afin de dégager les solutions les plus adaptées dans le respect des principes qui fondent notre droit", a-t-elle dit, évoquant notamment le renforcement du "suivi des détenus terroristes ou radicalisés".

Macron annonce un "plan pénitentiaire". Lors de l'audience solennelle de début d'année de la Cour de cassation, Emmanuel Macron a annoncé avoir demandé "un plan pénitentaire global" d'ici à la fin février, portant notamment sur l'immobilier des prisons, le renseignement pénitentiaire et les personnels.

Après la présidente du Front national Marine Le Pen la semaine dernière à Vendin-le-Veil, les grévistes ont par ailleurs reçu lundi à Fresnes le soutien du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. "Les personnels pénitentiaires sont traités comme des chiens par l'État alors qu'ils font fonctionner les prisons. Ils sont agressés. Il n'y a pas de réaction, quels que soient les gouvernements", a déclaré l'ancien candidat de Debout la France à l'élection présidentielle au micro de BFMTV.

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