Mingaud MacronDépenses publiques

Son premier président, Didier Migaud, invite le chef de l'État à cesser la politique du rabot pour réduire la dépense publique et à accélérer les réformes.

 

Le Figaro Premiuim - 22 janvier 2018 - Par Guillaume Guichard (Photo Ludovic Marin/AFP)

Le pupitre présidentiel tricolore jurait quelque peu au milieu des tapisseries et boiseries du palais Cambon où siège la Cour des comptes. Lundi matin, l'institution bicentenaire recevait le chef de l'État à l'occasion de sa très cérémonieuse audience solennelle de rentrée. Coquetterie de vieille dame voulant plaire au jeune président de la République, la Cour des comptes a tenu à montrer qu'elle avait pris, elle aussi, le virage du «nouveau monde». Sans avoir d'ailleurs à changer les fondamentaux de son discours sur la maîtrise des dépenses publiques et l'adaptation de l'État à la révolution numérique, des thèmes chers également au chef de l'État.

Emmanuel Macron a eu droit à une leçon maintes fois répétée entre les murs du palais Cambon, le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, recevant en effet son troisième président en exercice. «En matière de finances publiques, j'ai conscience du fait que le message de la Cour, comme les allers-retours de Sisyphe, peut paraître répétitif», s'en est presque amusé le haut magistrat, juridiquement inamovible. Avant de prévenir: la Cour des comptes fera son travail «sans alarmisme, mais sans complaisance, c'est-à-dire sans trembler».

L'ancien député socialiste, nommé en février 2010 par Nicolas Sarkozy après le décès de Philippe Séguin, a donc livré ses conseils au jeune président. «Trop souvent par le passé, la cigale a pris le pas sur la fourmi», a-t-il regretté. Pire, quand les gouvernants s'attaquent à la dépense publique, «la technique du rabot continue de tenir lieu d'alpha et d'oméga du pilotage budgétaire». Avec le peu de résultats que l'on sait: la France n'a pas présenté de budget à l'équilibre depuis 1974.

«Nous avons créé des dépenses publiques parce que nous voulions régler des injustices, à défaut de régler les causes de ces injustices»
Emmanuel Macron

En réponse, Emmanuel Macron a voulu se montrer bon élève. Il a rappelé viser «60 milliards d'euros d'économies» sur le quinquennat, soit une baisse de trois points de PIB. «Chaque citoyen a une conscience aiguë que l'argent public est aussi son argent», a-t-il reconnu avant de développer sa vision de la réforme des finances publiques. «Nous avons créé des dépenses publiques parce que nous voulions régler des injustices, à défaut de régler les causes de ces injustices», a-t-il analysé. Lui a promis de s'attaquer aux causes profondes des maux français pour réduire la dépense publique. Et d'énumérer les trois domaines où le gouvernement a déjà engagé des réformes: la formation professionnelle, l'emploi et le logement.

Corollaire de ces changements de fond, leurs effets prendront du temps à se traduire en économies, plus longtemps en tous les cas que pour la politique du rabot, a glissé le président. Didier Migaud, pour qui les économies du gouvernement «doivent être affermies et se concrétiser», doit donc se montrer patient, a sous-entendu Emmanuel Macron. D'autant plus que les résistances au changement seront nombreuses. «Sur chacun de ces sujets, nous nous sommes habitués à l'inefficacité de la dépense publique», a dénoncé le chef de l'État.

Une «réforme fanion»

Le chef de l'État a promis par ailleurs que la mère de toutes les réformes, celle de la fonction publique, sera engagée dès février, voire dès la semaine prochaine. De source ministérielle, Matignon veut en effet présenter une «réforme fanion» le 1er février, lors du prochain comité interministériel dédié à «Action publique 2022». Ce grand train de réformes de l'État, qui ne touchera pas seulement les fonctionnaires mais aussi l'action de l'État, doit générer 4,5 milliards d'euros d'économies par an à partir de 2020.

En attendant, Emmanuel Macron a fixé lundi les grands principes des mesures à venir dans la fonction publique: rendre l'administration, à commencer par les hauts fonctionnaires, «plus déconcentrée» et «plus responsabilisée». Le chef de l'État s'est toutefois gardé de rappeler son objectif de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires dans les trois fonctions publiques (État, collectivités et hôpital). Seuls 1.600, dans la seule sphère de l'État, ont été programmés en loi de finances pour cette année.

De jeunes énarques pour les priorités de l'État

Le président de la République a annoncé lundi devant la Cour des comptes qu'il voulait revoir le déroulement des débuts de carrière des diplômés de l'École nationale d'administration (ENA). «Je souhaite que la sortie de l'ENA puisse être modifiée pour tenir compte des priorités gouvernementales, a-t-il expliqué. Nous avons besoin de jeunes talents afin de rénover la politique du logement et aux affaires sociales.» Ces passages dans des ministères en pleine réforme seraient temporaires, a détaillé le chef de l'État en des termes militaires: «Nous devons profondément changer ces débuts de carrière en sachant valoriser ces campagnes - car oui nous menons une forme de guerre contre la mollesse et la langueur» dans la haute fonction publique. Aujourd'hui, les 15 premiers au classement de sortie de l'ENA débutent dans les grands corps de l'État que sont l'Inspection des finances, le Conseil d'État et la Cour des comptes. Au moins par deux fois depuis 2010, les gouvernements ont tenté de réformer ce système. En vain.

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